Budget 2027 : Sébastien Lecornu demande un nouvel effort sur les dépenses de l’État
Crédit : NICOLAS MESSYASZ / SIPA / 2609101733

Budget 2027 : Sébastien Lecornu demande un nouvel effort sur les dépenses de l’État

Dans un courrier adressé à ses ministres, le chef du gouvernement demande que les dépenses l’an prochain soient fixées « strictement au même niveau » de celles en vigueur pour 2026. En plein renchérissement du coût de la dette, Matignon cherche à garder des « marges de manœuvre » pour le débat parlementaire.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Le moment est assez inhabituel et témoigne de la fébrilité du gouvernement sur la séquence budgétaire à haut risque qui s’ouvre dans le pays. À trois semaines du dépôt du budget, Sébastien Lecornu est revenu sur des arbitrages que l’on pensait fixés depuis la mi-juillet dans le cadre des lettres-plafonds.

Dans un courrier transmis aux membres de son gouvernement, le Premier ministre a annoncé avoir rouvert ces fameuses lettres-plafonds, qui fixent le plafond maximum des dépenses de chaque ministère. Il resserre la vis, puisqu’il souhaite désormais que les dépenses des ministères l’an prochain soient « strictement au même niveau » de celles de 2026.

Concrètement, cette nouvelle orientation se traduira par un effort supplémentaire de 1,5 milliard d’euros, soit le montant de la maigre progression qui avait été accordée cet été au sein du périmètre des dépenses de l’État, hors trajectoires des dépenses militaires et charge de la dette. Le ministère des Comptes publics avait à l’époque particulièrement insisté sur l’importance de cet effort, qui revenait à limiter à 0,4 % la hausse des dépenses des ministères, une revalorisation inférieure de quatre fois à l’inflation.

« Nouveau choc »

Sébastien Lecornu justifie cet énième resserrement par la prolongation du conflit au Moyen-Orient et le « nouveau choc » sur les prix de l’énergie, qui pèse sur les entreprises et les ménages. Cet effort supplémentaire vise, selon lui, à « préserver des marges de manœuvre » dans le cadre de la discussion du budget au Parlement, qui s’annonce particulièrement difficile. La canicule va aussi peser l’exercice 2026, puisque l’exécutif doit débloquer 1,3 milliard d’euros pour les agriculteurs victimes de la sécheresse.

Mardi, le chef du gouvernement a également pris des engagements, à la hausse, dans le contexte de l’examen de la proposition de loi contre les violences sexuelles, consécutive à l’affaire Lyhanna. Il veut proposer un « socle de départ de près de 1,5 milliard d’euros contre les violences sexistes et sexuelles, réparti sur les budgets de l’Etat et de la Sécurité sociale » et porter le budget de la protection de l’enfance à 2,6 milliards d’euros.

La prudence gouvernementale s’inscrit aussi dans un contexte de fortes turbulences sur les taux d’intérêt. Le taux d’emprunt de la France sur 10 ans a dépassé les 4,5 %, alors qu’il était encore à 4 % il y a seulement un mois. La charge de la dette va augmenter sensiblement, et d’autant plus dans le contexte d’une croissance atone.

30 milliards d’euros d’efforts budgétaires

Dans le même temps, les propositions budgétaires s’esquissent, pour aboutir à une copie qui devrait représenter 30 milliards d’euros, nécessaires à tout emballement du déficit. Le gouvernement entend mettre à contribution les retraités à hauteur de 6 milliards d’euros, même s’ils « ne porteront pas l’effort central » du budget, a précisé la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon. Plusieurs pistes sont à l’étude : indexation des pensions les plus élevées par rapport à l’inflation ou la suppression partielle voire totale de l’abattement de 10% sur les pensions et rentes dont bénéficient les retraités, ou encore une hausse de la CSG sur les pensions. Sébastien Lecornu avait évoqué une « réforme » des arrêts maladie et engagé en août un déremboursement des médicaments jugés inefficaces.

Au niveau de la fiscalité, le Premier ministre s’est engagé à réduire la surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, qui rapporte 8 milliards d’euros par an. Reconduite en 2026 pour une seconde année, elle était censée ne s’appliquer qu’en 2025.

À ce stade, le gouvernement se veut rassurant sur l’impôt sur le revenu. « Nous proposerons l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation complète, pas en partie. Il est hors de question de geler ce qu’on appelle le barème », ce qui générerait « mécaniquement une hausse d’impôts pour l’ensemble des Français », a promis sur BFM TV la porte-parole du gouvernement.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

French firefighters conduct overnight patrols to prevent wildfire reignition in Gironde
5min

Économie

« En colère, désabusés » : les pompiers en grève ressortent peu convaincus du ministère de l’Intérieur 

Après un été marqué par des incendies d’une ampleur inédite, les sapeurs-pompiers sont à bout. Ce mardi 8 septembre, ils entament six semaines de mobilisations dans le but d’obtenir de meilleurs moyens financiers, matériels et humains. Place Beauvau, où ils étaient reçus ce matin, les syndicats de pompiers ne cachent pas leur mécontentement.

Le