Économie
L’avis est presque consensuel chez les économistes. L’agence de notation Moody’s devrait cette fois dégrader la note financière de la France, en raison de la situation budgétaire.
Le
Temps de lecture :
5 min
Publié le
Il n’y a pas qu’en France où il est difficile de trouver un accord sur le budget. A Bruxelles, la proposition de la Commission européenne d’un budget de 2000 milliards d’euros sur la période 2028-2034, soit 1,26 % de la richesse produite dans l’UE, ne satisfait pas grand-monde. Le Parlement européen souhaite un budget plus ambitieux tout comme une quinzaine d’Etats-membres, appelés les « amis de la cohésion », parmi lesquels la Pologne, l’Italie, l’Espagne, la Roumanie et la Grèce. Ils sont en désaccord avec les pays dits « frugaux », l’Allemagne et les Pays-Bas en tête, qui défendent une baisse du budget de l’Union européenne. Lors du dernier sommet du 15 octobre, les 27 ne sont pas parvenus à trouver un compromis sur cette enveloppe financière. « Nous sommes au début de la discussion, les uns et les autres affirment leurs positions », nuance Younous Omarjee, eurodéputé La France Insoumise, membre du groupe La Gauche et vice-président du Parlement européen, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. « J’espère que les positions vont se rapprocher face à l’urgence de doter l’Union européenne d’un budget qui permette de satisfaire à la fois aux objectifs en matière de solidarité, de compétitivité, de sécurité, en tenant compte du contexte dans lequel nous nous trouvons. »
Son collègue luxembourgeois Charles Goerens, membre du groupe centriste Renew Europe, a du mal à comprendre la position des pays frugaux. « Le budget de l’Union européenne ce n’est pas une simple logique arithmétique, c’est une logique politique qui s’inscrit dans un contexte très particulier » face aux menaces de Vladimir Poutine, de Donald Trump et du leader chinois Xi Jinping. « L’Europe n’a pas le droit à la moindre erreur. Ce qui est nouveau cette année, c’est que parmi les pays qui veulent plus d’argent pour la cohésion de l’Europe, il y a l’Espagne, l’Italie et la Grèce, qui naguère étaient des mauvais élèves sur le plan financier mais qui ont aujourd’hui une toute autre crédibilité. La situation de la Grèce est de loin meilleure que certains Etats qui croulent sous une dette écrasante. »
Le débat budgétaire européen porte aussi sur le calendrier de l’accord. Ce cadre financier pluriannuel est censé être prêt d’ici au 1er janvier 2028. Les dirigeants de l’UE espèrent un accord entre les 27 avant la fin de l’année 2026, de manière à lancer les négociations avec le Parlement européen, et sceller ce budget avant des élections importantes en Europe, au printemps en France et en Italie. Mais pour la candidate française à la présidentielle Marine Le Pen, conclure cet accord sur le budget européen avant ces élections cache « la volonté d’étouffer les choix démocratiques à venir ».
« Il faut se dépêcher de trouver un accord », estime Charles Goerens. « On sait très bien que Marine Le Pen veut réduire la contribution de la France au budget de l’Union européenne. » La candidate du Rassemblement national propose en effet de baisser cette contribution de la France au budget de l’UE, qui est actuellement de 25 milliards d’euros par an, pour que la France atteigne une contribution nette (la différence entre la contribution et l’argent européen perçu par la France) de 5 milliards d’euros. Le candidat de la France Insoumise propose lui une baisse de 5 milliards d’euros de cette contribution française, non pas pour faire des économies, mais comme un levier de négociation avec Bruxelles pour réorienter la politique européenne. « J’aimerais bien savoir s’ils sont prêts à expliquer aux agriculteurs français qu’ils auront moins d’argent européen pour les soutenir », s’indigne l’élu luxembourgeois. « A Bruxelles, je vois les eurodéputés RN réclamer plus d’argent pour l’agriculture. Quand on leur demande d’où viennent ces financements européens, ils restent muets. »
maintenir le budget de l’UE tout en diminuant les contributions nationales, l’une des pistes est de créer de nouvelles ressources propres pour l’Union, autrement dit de nouvelles taxes. Plusieurs propositions ont été mises sur la table par la Commission et le Parlement : taxes sur les multinationales, les géants du numérique, le tabac, les jeux en ligne, les émissions de carbone des importations…
L’eurodéputé luxembourgeois n’est pas contre une contribution supplémentaire des multinationales, même si son pays est vu comme un havre de paix fiscal pour ces grands groupes. « Si c’est une taxe applicable à l’ensemble de l’Union européenne, et mieux à tous les pays de l’OCDE, alors le Luxembourg ne fera pas obstacle. Il faut une situation de concurrence saine et non faussée », explique Charles Goerens.
« Au sein du groupe La Gauche, nous n’avons pas renoncé à une taxe sur les transactions financières », explique Younous Omarjee. « Elle rapporterait 50 milliards d’euros par an et donc 350 milliards d’euros sur 7 ans. On s’assied sur des possibilités de donner des moyens budgétaires à l’UE. Aujourd’hui il y a une dichotomie entre ceux qui affirment avoir une ambition pour l’Europe et ceux qui renoncent à lui donner les moyens de ces ambitions. »
Pour aller plus loin