Grande distribution : le patron de Nestlé France regrette une « relation très axée sur le prix bas »

Auditionné au Sénat par la commission d’enquête sur les marges dans la grande distribution et ses fournisseurs, le directeur général de Nestlé France, mastodonte de l’agroalimentaire, a dénoncé les travers créés par les négociations commerciales avec les grandes centrales d’achat européennes.
Guillaume Jacquot

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Le jeu de répliques se poursuit entre la grande distribution et les industriels, devant la commission d’enquête du Sénat chargée d’étudier la construction des marges des uns et des autres. Malgré sa dimension de premier groupe agroalimentaire mondial, Nestlé a estimé que le rapport de force restait inégal à l’égard des distributeurs, et notamment de leurs trois grandes alliances européennes à l’achat. Nestlé France pèse « entre 23 et 33 % de son chiffre d’affaires » dans le segment des hypermarchés et supermarchés, « alors que notre poids au sein de chaque alliance de distributeur est en moyenne de 3 % de leur chiffre d’affaires », a comparé Marc Butot, directeur général délégué au commerce de Nestlé France, lors de son audition le 31 mars.

« La matière première agricole, dans une discussion purement sur le prix, est oubliée on va dire »

Le dirigeant considère que l’émergence de ces centrales « met à mal » la loi Egalim (Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation), et notamment son principe cardinal, à savoir la sanctuarisation de la matière première agricole dans les négociations commerciales. « À la fin, on voit que la matière première agricole, dans une discussion purement sur le prix, est oubliée on va dire », a déploré Marc Butot.

Ce n’est pas tout, le directeur général redoute également que les mauvaises pratiques à la française ne s’exportent chez nos voisins, à la faveur de ces centrales d’achat européennes, où les grands noms de la distribution en France se sont alliés avec d’autres enseignes des pays voisins. « Nos méthodes en France sont exportées dans les autres pays, ce qui met un peu de tension, puisque maintenant on a des négociations globales avec différents pays comme l’Allemagne, la Hollande, l’Espagne, etc. »

Le prix bas, « on parle plus que de ça ! »

Groupe international, Nestlé note qu’en France les relations commerciales sont « très très axées sur le prix, un prix bas ». « Maintenant on parle plus que de ça […] La destruction de valeur c’est pour nous mortifère », a dénoncé Marc Butot. « Après 9 années de déflation continue, les hausses de prix mises en œuvre de 2022 à 2025 sont loin de couvrir l’intégralité de nos hausses de coûts », a-t-il également porté à la connaissance des sénateurs.

Invité par la rapporteure Antoinette Guhl à témoigner sur l’existence d’éventuelles mesures de rétorsion en période de négociations des prix avec la grande distribution, le directeur général a affirmé que son entreprise a été victime de « suspensions ». « Votre code n’est plus commandable pour les magasins. Eh oui, ça arrive », a-t-il exposé face aux sénateurs. L’entreprise n’a pas fourni davantage de détails dans la partie publique de l’audition. Les informations confidentielles, notamment celles relavant du secret des affaires, ont été réservées à des échanges à huis clos.

Près des deux tiers des matières premières agricoles proviennent de France

Interrogé sur ses relations avec l’amont, Nestlé France a par ailleurs souligné son ancrage historique en France, son deuxième marché en Europe. Elle s’est décrite comme un « transformateur de matières premières cultivées sur le territoire français ». Près des deux tiers des matières premières agricoles utilisées (lait, blé, maïs, sucre) sont sourcées en France, au plus proche de ses treize sites de production. Parmi le tiers ne provenant pas de France figure des produits comme le cacao ou le café.

« L’approvisionnement durable en matières premières françaises n’est pas une contrainte, c’est un choix délibéré auquel nous sommes attachés afin d’assurer des revenus justes et stables aux filières agricoles françaises, de contribuer à leur résilience et la sécurité de nos approvisionnements », a insisté Marc Butot.

Cinq semaines plus tôt, Michel-Édouard Leclerc, le président du comité stratégique centres E. Leclerc, avait mis en doute l’origine des produits fournis par le géant. « Êtes-vous sûrs que les produits Nestlé que je vends en France proviennent d’ici ? » avait-il demandé.

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