IA : « Si on continue à investir dans notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, on va dans le mur », estime Philippe Baptiste

Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace a défendu l’action du gouvernement et la place de la France dans la course aux nouvelles technologies, notamment dans l’IA et le spatial. Il a appelé à financer l’innovation dans ces secteurs, plutôt que le modèle social.
Louis Mollier-Sabet

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« L’innovation et la technologie – l’espace, l’IA et bientôt le quantique – sont au cœur des bouleversements géostratégiques dans le monde, et ils doivent être au cœur de nos politiques publiques », a défendu le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace au micro de Public Sénat. « Il faut que ces sujets-là soient au cœur des débats de la prochaine élection, parce que c’est l’avenir de notre pays sur le moyen-long terme », a-t-il poursuivi en insistant sur le « moment de bascule » qui se dessine à l’approche de l’élection présidentielle.

« Soit on continue à investir sur notre modèle social en réduisant les dépenses d’avenir, et je crois vraiment qu’on va dans le mur. Soit on est capable de rééquilibrer les choses pour garantir ce modèle social, parce que c’est l’innovation qui va nourrir la croissance de demain », résume Philippe Baptiste. Une phrase qu’aurait pu faire sienne le professeur au collège de France et prix Nobel d’économie Philippe Aghion, auditionné le 16 avril dernier au Sénat. Le ministre de l’Enseignement supérieur regrette, comme l’économiste, que « ces sujets ne soient pas davantage au cœur de notre débat politique. »

Course américaine à l’espace : « Davantage un enjeu de puissance qu’un enjeu scientifique »

Mais derrière le retard dans le débat public, Philippe Baptiste se veut rassurant : le « réveil » de la France, sur l’intelligence artificielle notamment, « a déjà eu lieu. » À cet égard, le Premier ministre a annoncé 655 millions d’euros d’investissement supplémentaires dans l’intelligence artificielle, issus du programme d’investissement France 2 030.

« Selon les mesures, nous sommes le 4e ou 5e pays au monde en termes d’IA. Nous avons des atouts très importants : d’une part une électricité décarbonée à des coûts compétitifs et stables, et d’autre part des ingénieurs et des chercheurs de très grande qualité », a développé le ministre, en mettant en avant Mistral, « la seule alternative européenne » aux géants américains et chinois.

De même, sur l’espace, Philippe Baptiste admet que l’Europe ne met pas sur la table des budgets comparables aux États-Unis : en ordre de grandeur, l’UE investit environ huit fois moins dans le spatial que les Etats-Unis. L’ancien président du Centre national d’études spatiales souligne tout de même qu’historiquement, certains programmes américains représentent davantage un « enjeu de puissance » qu’un enjeu scientifique. « Les scientifiques expliquent que sur Mars, on a besoin de sondes, de robots. On n’a pas besoin d’envoyer des hommes », a-t-il expliqué.

« On est revenus dans la course sur les lanceurs. Ariane VI est là, a réussi tous ses premiers vols, et a une vitesse de montée en puissance jamais vue dans le monde. Les lanceurs c’est fondamental, cela garantit notre accès à l’espace », s’est par ailleurs félicité le ministre.

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