Pouvoir d’achat : pourquoi le Smic a de fortes chances d’augmenter d’au moins 2 % en juin
Crédit : Mathieu Pattier / SIPA / 2002281059

Pouvoir d’achat : pourquoi le Smic a de fortes chances d’augmenter d’au moins 2 % en juin

Conséquence de l’augmentation des prix à la consommation en avril, le salaire minimum devrait être revalorisé dans les mêmes proportion au 1er juin, si les estimations préliminaires de l’Insee se confirment dans une prochaine publication.
Guillaume Jacquot

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Ce n’était plus arrivé depuis le printemps 2023. Le Smic est bien parti pour être revalorisé en cours d’année, cinq mois après la hausse automatique du 1er janvier. Cette augmentation pourrait intervenir en raison de la remontée de l’inflation en avril, mesurée par l’Insee. L’évolution des prix à la consommation sur un an a été de 2,2 % selon une estimation communiquée la semaine dernière par l’institut statistique.

Or, selon le Code du Travail, dès que cet indice augmente de plus de 2 %, le Smic doit être relevé d’autant. Il faudra néanmoins attendre les chiffres définitifs de l’inflation d’avril, au moment de la publication de la prochaine note de conjoncture. Interrogé le 30 avril sur RTL, le ministre de l’Économie Roland Lescure avait souligné cette possibilité. « Si ce chiffre se confirme le 13 mai, on aura au 1er juin une augmentation du Smic d’au moins 2 % », avait-il indiqué. Et de poursuivre : « Cela veut dire que les faibles rémunérations sont protégées contre la hausse de l’inflation. » En revanche, il n’y aura pas de « coup de pouce » pour le Smic en plus de la probable augmentation automatique.

Un gain potentiel de 36 euros mensuels pour les salariés rémunérés au salaire minimum

En janvier, le Smic brut horaire avait été porté à 12,02 euros (hausse de 1,18 %), soit 1823,03 euros pour un temps plein (35 heures hebdomadaires) pour un mois. Une hausse d’au moins 2 % porterait le salaire horaire minimum brut à 12,26 euros, et son niveau mensuel à 1859,49 euros, soit une progression de 36,46 euros.

La dernière fois qu’une actualisation du Smic s’était produite en cours d’année remonte au 1er mai 2023. La vigueur de l’inflation à l’époque avait conduit l’exécutif à rehausser automatiquement le salaire minimum de 2,22 %.

Rappelons que le salaire minimum sert de référence pour le calcul de plusieurs allocations ou prestations sociales (prime d’activité notamment), d’indemnités (de stage ou d’apprentissage) ou de plafonds de ressources, utilisés pour fixer des plafonds d’éligibilité à certaines aides sociales (comme les indemnités journalières, pour les arrêts maladie), ou encore les seuils d’exonérations de cotisations sociales.

Des conséquences financières potentiellement fortes sur le financement de la Sécurité sociale

Si la hausse du Smic va permettre de protéger en partie le pouvoir d’achat, elle risque d’alourdir en parallèle le coût des politiques d’exonérations pour la Sécurité sociale, si le salaire minimum augmente plus vite que le salaire moyen. Les allègements généraux de cotisation, instaurer pour doper la création d’emplois, se concentrent massivement au niveau du Smic.

En septembre 2025, le rapport sur le financement de la Sécurité sociale des sénatrices Élisabeth Doineau (Union centriste) et Raymonde Poncet Monge (écologiste) relevait que les « fortes revalorisations du Smic », de ces dernières années, avaient conduit à « augmenter les allégements généraux plus rapidement que la masse salariale ». Le coût des allégements généraux de cotisations patronales est passé de 50 milliards d’euros en 2020 à 65 milliards d’euros en 2023. Pour cette année, le manque à gagner pour les comptes sociaux pourrait représenter une somme de l’ordre du milliard et demi d’euros. « Ce qu’on a fait pas l’an dernier, en termes de dépenses en moins ou de recettes supplémentaires, s’ajoute à ce qu’il faudra faire pour répondre à la dynamique des dépenses, et la charge supplémentaire que représente l’augmentation du Smic sur les allocations et les prestations sociales », se projette Élisabeth Doineau, rapporteure générale de la commission des affaires sociales du Sénat.

La mécanique est la suivante : de nombreux salariés supplémentaires se font rattraper par le niveau du Smic, revalorisé du fait de l’inflation, d’où cette hausse tendancielle.

Selon le dernier rapport du groupe d’experts sur le Smic, au 1er janvier 2023 près de 17,3 % des salariés étaient concernés par la revalorisation du Smic, alors qu’ils n’étaient que 12 % début 2021. Les négociations annuelles dans les entreprises et les branches interviendront avec un décalage. Les prochains mois pourraient être marqués par le retour du débat sur la smicardisation et les phénomènes de trappes à bas salaires.

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