Reprise de l’examen du budget : des sénateurs de gauche dénoncent un « coup de force contre la démocratie »

Plusieurs sénateurs de gauche ont fait des rappels au règlement ce 15 janvier, pour dénoncer la reprise des travaux parlementaires sur le projet de loi de finances, tel qu'il a été laissé en suspens en décembre.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Le redémarrage des travaux parlementaires sur le budget 2025, à partir du texte stoppé net le jour de l’adoption de la motion de censure contre le gouvernement Barnier, ne fait pas l’unanimité au Sénat. Juste après la déclaration de politique générale de François Bayrou, la réouverture des débats sur le projet de loi de finances pour 2025 a été l’occasion de plusieurs rappels au règlement.

Deux des trois groupes de gauche, les communistes et les écologistes, ont pris la parole au moment de la reprise de l’examen du volet dépenses, tel qu’il avait été suspendu au Sénat le 4 décembre dernier. « Nous assistons à un véritable coup de force contre la démocratie, le Parlement », a dénoncé la présidente des sénateurs communistes, Cécile Cukierman. Ne pas vouloir débattre d’un nouveau projet de loi, c’est « une nouvelle fois mépriser les électeurs », a considéré la parlementaire de la Loire, à l’occasion d’un rappel contre le gouvernement.

« Qui est responsable politiquement de ce budget ? » demande l’écologiste Thomas Dossus

Son groupe considère que les députés seront « très certainement privés de tout débat budgétaire ». À l’Assemblée nationale, les débats budgétaires n’ont pas été plus loin en hémicycle que la première partie relative aux recettes, rejetée. Cécile Cukierman redoute alors une commission mixte paritaire conclusive, qui les priverait de toute modification ultérieure.

« Vous savez que vous bâillonnez un vrai débat », a également déploré le sénateur communiste Pascal Savoldelli. Selon lui, le délai prévu à l’article 47 de la Constitution, en matière de vote du budget, est bel et bien expiré.

Les écologistes, par la voix de Thomas Dossus, ont exprimé le même agacement. « C’est une situation d’anomalie démocratique », s’est écrié le sénateur lyonnais. « Qui est responsable politiquement de ce budget construit par Gabriel Attal et porté par Michel Barnier, et maintenant avec des ministres qui vont devoir porter des arbitrages qui ne sont pas les leurs ? »

Une sénatrice de La Réunion et un sénateur de l’Union centriste regrettent la fermeture des amendements

Une contrainte procédurale a par ailleurs provoqué des remous : l’impossibilité de redéposer des amendements sur les premières missions budgétaires, sur lesquelles les sénateurs vont s’exprimer dans les prochaines heures. « Comment pouvons-nous entamer cette discussion alors qu’aucun d’entre nous n’a pas pu déposer d’amendement pour remédier au mieux à la catastrophe qui est arrivée à Mayotte », s’interroge Évelyne Corbière Naminzo (groupe Communiste Républicain Citoyen et Écologiste – Kanaky).

Le centriste Michel Canévet s’est ému du même problème. Outre l’impossibilité de déposer des amendements sur les articles débattus cette semaine, il déplore que les sénateurs ne puissent pas non plus ajouter des consignataires sur les amendements. Tout sauf un détail, puisque seuls les signataires d’un amendement ont la possibilité de le soutenir en séance. « Le droit des parlementaires à l’exercice de leur activité nécessiterait qu’il y ait un ajustement des délais », a-t-il demandé.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »
2min

Économie

Le rapporteur général de la commission des finances du Sénat réclame un projet de loi de finances rectificative, « sans délai »

Dans un communiqué, le sénateur LR Jean-François Husson appelle le gouvernement à agir, estimant que le cadre budgétaire voté en début d’année « n’est plus crédible ». Il considère que cela doit passer par un budget rectificatif, seul capable de redonner de la « visibilité à la Nation face aux incertitudes économiques et géopolitiques ».

Le

Reprise de l’examen du budget : des sénateurs de gauche dénoncent un « coup de force contre la démocratie »
7min

Économie

Banque de France : Emmanuel Moulin assure les sénateurs de son « indépendance » vis-à-vis « du pouvoir exécutif » et « des intérêts privés »

Nommé par Emmanuel Macron pour prendre la tête de la Banque de France, Emmanuel Moulin a assuré les sénateurs qui l’ont auditionné de sa totale « indépendance », s’il est bien confirmé à ce poste. « Homme libre », il juge que le « quoi qu’il en coûte », lors du covid, « aurait pu être désactivé plus tôt » et que les mesures de soutiens face au coût de l’énergie ont été « beaucoup trop élevées ».

Le

France Cannes 2026 Minotaur Red Carpet
9min

Économie

Tribune anti-Bolloré : le cinéma Français peut-il se passer de Canal + ?

La menace du patron de Canal+ d’écarter les signataires d’une tribune contre l’influence de Vincent Bolloré a provoqué une onde de choc à Cannes. Au-delà de la polémique politique, l’affaire met en lumière la place devenue incontournable du groupe dans le cinéma français. Premier financeur privé du secteur, diffuseur historique et désormais présent dans une partie de l’exploitation des salles via UGC, Canal+ s’impose à tous les niveaux de la chaîne de valeur d’une filière fragilisée et fortement dépendante de ses investissements.

Le

Guerre en Iran : pas de récession à ce stade, selon les économistes, mais un ralentissement mondial perceptible
10min

Économie

Guerre en Iran : pas de récession à ce stade, selon les économistes, mais un ralentissement mondial perceptible

Le sommet du G7 des ministres des Finances s’ouvre dans une période de grande inquiétude pour la croissance mondiale. Le blocage du détroit d’Ormuz, dans le Golfe Persique, s’il se prolongeait, pourrait accentuer les difficultés sur nombre d’économies du globe. Les marges de manœuvre, en dehors d’une résolution du conflit, sont par ailleurs limitées.

Le