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Retailleau, Tondelier, Attal, Tanguy et Trouvé : comme un air de campagne au congrès des Jeunes agriculteurs

Les candidats à la présidentielle, du moins une partie de ceux déjà déclarés, ont passé leur Grand oral devant le congrès des Jeunes agriculteurs. Une présence qui montre que la question agricole sera l’un des enjeux de la présidentielle, alors que les crises se multiplient dans le secteur.
François Vignal

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Des candidats qui se succèdent sur un thème donné. Il n’y a pas de doute, la campagne de l’élection présidentielle a commencé. Mais il manque encore certains acteurs. Ce jeudi, c’est le congrès des Jeunes agriculteurs, à Bourg-en-Bresse, qui a fait passer à quelques candidats ou leurs représentants un grand oral, avec dans l’ordre : Bruno Retailleau, Marine Tondelier, Jean-Philippe Tanguy, Aurélie Trouvé et Gabriel Attal. Après les multiples crises, l’événement rappelle que l’agriculture aura voix au chapitre durant la campagne, alors que l’Assemblée a adopté mardi le projet de loi d’urgence agricole.

Bruno Retailleau : « Il faut arrêter d’emmerder les agriculteurs »

C’est le candidat LR, Bruno Retailleau, qui a ouvert le bal. D’emblée, pour marquer des points, il souligne que c’est lui « qui a fait inscrire la proposition de loi Duplomb » sur l’agriculture au Sénat. « Je suis un enfant de la ruralité », lance le candidat LR, « né dans une commune de 1600 habitants ».

Devant les « JA », il reprend ses engagements formulés lors du dernier Salon de l’agriculture : « produire plus », car « les agriculteurs ne sont pas des jardiniers, ce sont des chefs d’entreprise » ; « produire pour tous les Français » ; modification de la Constitution « pour supprimer le principe de précaution » ; « reprendre la main sur les agences », avec notamment la « suppression de l’OFB », l’office français de la biodiversité, et défense du stockage de l’eau.

Sur les produits phytosanitaires, « pas d’interdiction sans solution » et il faut « interdire les surtranspositions ». Concernant le cas de l’acétamipride, « il est incroyable que sur 27 pays européens, la molécule soit autorisée, et qu’on France, on ne l’autorise pas », lance le sénateur LR, pour qui, « à partir du moment où c’est autorisé ailleurs, je ne vois pas pourquoi on l’empêche en France ».

Enfin, il veut « protéger le modèle familial », « c’est le modèle français par excellence ». « Je le connais bien, je vis dans la maison, dans la ferme que mon grand-père avait achetée avant la guerre », raconte le candidat, qui joue à fond la fibre agricole. « Je suis un rural », ajoute Bruno Retailleau, qui lance : « Il faut arrêter d’emmerder les agriculteurs ».

Marine Tondelier : « Votre génération ne pourra plus tout continuer comme avant, sinon c’est le mûr »

Sur le papier, Marine Tondelier ne vient pas en terrain conquis. Mais la secrétaire nationale des Ecologistes souligne aussi ses origines terriennes. « Je viens d’une famille d’agriculteurs », dit-elle, évoquant « la ferme familiale ». « Ça ne fait pas de moi une agricultrice, mais j’ai vu avec mon grand-père les incompréhensions parfois entre les milieux agricoles et les milieux écologistes. Quand j’ai pris ma carte chez les Verts, en 2009, mon grand-père m’a dit qu’est-ce que je t’ai fait ? », raconte la candidate à la présidentielle.

Mais là, au Congrès des JA, elle constate des points communs. « On a beaucoup de convergences, beaucoup plus que j’aurais pensé en arrivant là », dit-elle. Elle va jusqu’à se mettre dans le même camp, celui des victimes du débat politique : « Les agriculteurs sont des boucs émissaires, nous aussi ».

Mais elle rappelle aussi les différences. « Nous proposons depuis des décennies autre chose. Le modèle agricole est aujourd’hui pour certaines filières clairement dans l’impasse », lance Marine Tondelier, qui ajoute qu’« il n’y a pas de transition écologique sans l’agriculture et sans les agricultrices et les agriculteurs », et à l’inverse, « il n’y a pas d’agriculture sans la transition écologique ». « Sans les sols et leurs qualités, sans la biodiversité, sans le climat », « l’avenir sera très compliqué », prévient la patronne des Ecologistes.

Rappelant son opposition aux traités de libre-échange, elle souligne que « les amis de Bruno Retailleau ont toujours voté pour au Parlement européen ». Une agriculture écolo et de gauche, c’est aussi vouloir « la justice sociale, y compris dans l’agriculture », quand « un agriculteur sur cinq vit sous le seuil de pauvreté ». Elle parle aussi « condition de travail », maladie et « droits aux vacances ».

« Sur les retenues, on va se le dire une bonne fois pour toutes : les Ecologistes ne sont pas contre le stockage de l’eau par principe. Moi-même, j’ai une réserve d’eau dans mon jardin. Par contre on a un problème sur des pratiques », comme la culture du maïs, « qui a besoin de chaleur et d’humidité, qui n’iront plus ensemble dans certaines régions », met en garde Marine Tondelier.

Concernant les pesticides, « sur le pas d’interdiction sans solution, je n’ai pas de problème, si on cherche des solutions », mais dans certaines filières, comme la noisette, la recherche privée n’est pas au rendez-vous, car ce « n’est pas assez rentable », regrette-t-elle. En même temps, Marine Tondelier l’assure : « J’en n’ai absolument pas rien à péter de la rentabilité des agriculteurs ». Mais la candidate prévient : « Votre génération ne pourra plus tout continuer comme avant, sinon c’est le mûr, et nous serons à vos côtés ».

Jean-Philippe Tanguy (RN) : « Vous n’avez pas besoin des hommes politiques, vous avez besoin qu’on vous laisse travailler »

Pour représenter Marine Le Pen ou Jordan Bardella, c’est le député RN Jean-Philippe Tanguy qui s’est déplacé. Changement de ton. « Si vous choisissez l’agriculture, c’est que vous croyez en la France », « par définition, vous êtes les premiers amoureux de la France et les premiers qui croient en la terre », soutient-il, appelant à laisser les agriculteurs travailler : « Si on vous libère de toutes ces mauvaises normes, du racket fiscal, qu’on vous protégera des lobbys et ces gens qui abusent et prennent une grande part de votre valeur ajoutée, l’agriculture française repartira immédiatement », lance Jean-Philippe Tanguy, qui ajoute : « Vous n’avez pas besoin des hommes politiques, vous avez besoin qu’on vous laisse travailler », « on doit apprendre à ne plus être sur votre dos, tout simplement », avec « des prix rémunérateurs, que vous puissiez vivre de notre métier ».

« L’Europe, il faut en parler. Ce n’est pas qu’il faut en sortir », soutient le député d’extrême droite, « mais il y a de la surtransposition », pointe Jean-Philippe Tanguy, dénonçant « l’écologie punitive ».

Sur la PAC, « le RN fera la politique du chéquier vide avec la Commission européenne », appelant à se « libérer de cette tutelle, de cette laisse de la Commission, qui n’est pas légitime ». Jean-Philippe Tanguy refuse l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, car « la concurrence sera presque criminelle », « l’Ukraine, ce sont des exploitations énormes ». Et « si elle rentre, on vous prendra une part considérable de votre PAC ».

Il appelle aussi à « supprimer le principe de précaution du bloc constitutionnel », réforme de « la droite » sous Jacques Chirac, rappelle le député. Pour la transmission, le RN propose de « supprimer la totalité des droits de succession, si l’agriculteur garde la ferme au moins 10 ans ». Autre mesure pour aider les agriculteurs : la baisse de la TVA de 5,5 % à 0 % sur un panier de 100 produits de première nécessité.

Aurélie Trouvé (LFI) : « Non, nous ne pourrons pas irriguer davantage demain »

La députée LFI, Aurélie Trouvé, représentante de Jean-Luc Mélenchon, met tout de suite les pieds dans le plat sur l’utilisation de l’eau : « L’été dernier encore, 78 départements étaient en restriction d’usage d’eau. Non, nous ne pourrons pas irriguer davantage demain, […] mais il ne faut pas laisser les agriculteurs seuls face à cet immense défi », soutient l’ancienne présidente de la commission des affaires économiques.

Grâce à la « recherche », il faudra « adopter des espèces et variétés beaucoup plus adaptées au changement climatique », utiliser « le goutte à goutte, la micro-irrigation ». « Il y a moyen de faire plus sobre », résume Aurélie Trouvé. Si elle n’est « pas contre les dispositifs de rétention d’eau », il ne faut en revanche « pas davantage irriguer ».

Dénonçant le « développement des agri firm en France », soit « les fermes usines » très grandes, la députée LFI affirme que « l’outil de production doit appartenir à la famille et non aux capitaux étrangers ». Appelant à « la régulation du marché », Aurélie Trouvé ajoute : « On arrive avec des agricultures capitalistes, qui n’appartiennent plus aux familles ».

Gabriel Attal : « La France doit s’affirmer comme la première puissance agricole d’Europe »

Nouveau changement de ton, avec Gabriel Attal. Dans cette campagne présidentielle, il confirme que l’enjeu agricole sera là. Mais pas toujours pour les bonnes raisons. « Les agriculteurs font l’objet de toutes les instrumentalisations par les politiques, […] et à l’époque présidentielle, ce n’est pas parti pour s’arranger », souligne le candidat, estimant que « vous avez des responsables politiques qui jettent l’opprobre sur les agriculteurs ». Il lance au passage une pique pour le RN : « Manifestement, l’événement n’était pas digne de Jordan Bardela ou de Marine Le Pen ».

Le candidat à la présidentielle rappelle que ses fonctions précédentes de ministre ou de premier ministre l’ont amené à s’impliquer dans les enjeux agricoles. Lors de la crise qu’il a connue à Matignon, il a eu « à prendre des mesures, évidemment imparfaites », comme sur « la simplification pour l’entretien des cours d’eau ». « On a lancé avec mon gouvernement les travaux de la loi d’orientation agricole », ajoute le patron de Renaissance.

Aujourd’hui, il assure de sa « détermination » sur l’agriculture. Il présentera « à l’automne » son programme sur le sujet, rappelant opportunément que l’eurodéputé Renaissance, Jérémy Decerle, est l’ancien président des Jeunes agriculteurs.

Il fixe un cap : « Que la France devienne la première puissance d’Europe », « mais pour ça, elle doit s’affirmer comme la première puissance agricole d’Europe ». « C’est possible, je ne crois pas à la fatalité », dit-il, reprenant l’esprit de son premier grand meeting, samedi dernier.

Avec « d’ici 2035, 60 % des agriculteurs qui auront plus de 65 ans », « pour moi, la question du renouvellement des générations est un enjeu majeur […] pour l’agriculture, il est vital », prévient Gabriel Attal.

Sur la PAC, « le déclencheur ne doit pas être le nombre d’hectares, mais l’actif agricole et le fait d’être soi-même agriculteur ». Le libéral Attal considère par ailleurs qu’« on ne doit pas se priver totalement des échanges commerciaux et d’accords commerciaux ». Mais « il faut que l’agriculture ne soit pas la variable d’ajustement de ces accords commerciaux ».

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