Un bonnet d’âne pour la France ? Les résultats des élèves français à la dernière enquête internationale Pisa (2025), qui mesure l’efficacité des systèmes éducatifs, sont les plus bas jamais mesurés depuis la création de ce système d’évaluation en 2000. Néanmoins, « la France est toujours dans la moyenne des pays de l’OCDE » en mathématiques, compréhension de l’écrit et sciences, les trois matières évaluées par ce test, mais « les scores sont de plus en plus bas », a détaillé Éric Charbonnier, spécialiste de l’éducation au sein de l’organisation, à l’occasion de la publication de l’étude ce mardi 8 septembre.
Tous les trois ans, ce test international de référence mesure les acquis scolaires des jeunes de 15 ans au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques, et permet notamment de comparer le niveau des élèves entre pays. 91 pays ont été testés. Les exercices qui constituent cette étude ont été soumis à 6 500 élèves français dans 289 écoles. Le cru 2025 mettait plus particulièrement l’accent sur les sciences.
Les pays asiatiques dominent le classement, la France dégringole
Par rapport à la dernière édition, en 2022, les résultats en sciences ont baissé de 4 points, de 16 points en mathématiques et de 18 points en compréhension de l’écrit. L’OCDE considère que 20 points représentent environ une année de scolarité. Entre 2012 et 2025, les résultats sont passés en sciences de 499 points à 483, contre 486 pour la moyenne des pays de l’OCDE, de 505 à 456 en lecture, contre 466 pour l’OCDE, et de 484 à 458 en mathématiques, contre 469 pour l’OCDE.
En compréhension écrite, Singapour, la Chine et Taïwan caracolent en tête du classement PISA, tandis que la France se classe à la 28e place. En mathématiques, la France tombe à la 34e place, au même niveau que le Luxembourg et l’Espagne, et loin du podium de tête, occupé par la Chine, Singapour et la région autonome de Macao. Enfin, la France arrive au 27e rang en ce qui concerne les sciences.
Depuis 2015, l’écart de performance entre les élèves les plus favorisés sur le plan socio-économique et les plus défavorisés tend à se réduire : les résultats des élèves favorisés ont diminué tandis qu’ils sont restés stables parmi les élèves défavorisés. Les performances en mathématiques ont ainsi chuté de 22 points parmi les élèves les plus défavorisés, mais de 38 points chez les élèves favorisés.
Au cours de la dernière décennie, le pourcentage d’élèves très performants a également diminué en mathématiques (5 % des élèves en 2025, contre 11 % en 2015) et en compréhension de l’écrit (5 % contre 13 % en 2015).
« Notre système éducatif a vraisemblablement des difficultés qui se sont généralisées parmi les élèves favorisés », relève Éric Charbonnier. Ces difficultés se cristallisent notamment sur la compréhension de l’écrit. « Les élèves, en France comme dans beaucoup de pays, ont beaucoup plus de difficultés à répondre aux questions qui demandent des processus cognitifs complexes, de la réflexion, de la lecture de textes longs (400 mots), de la concentration », pointe Éric Charbonnier.
Des réformes en rafale et des parents de moins en moins investis dans la réussite éducative de leurs enfants
Cette baisse des performances ne trahit pas nécessairement un manque d’investissement, la France enregistrant un niveau de dépenses relativement élevé en matière d’éducation au regard des résultats obtenus. Éric Charbonnier recommande « surtout » de « bien investir l’argent ». La chute des performances n’est « pas due à l’immigration » non plus, l’écart de performance entre les adolescents « issus de l’immigration » et les « non-immigrés » est stable depuis 2015.
L’OCDE considère également qu’il est difficile de mesurer l’effet des réformes éducatives menées ces dernières années, en raison de leur « va-et-vient ». Pour mémoire, sept ministres se sont succédé au portefeuille de l’éducation depuis 2022.
Néanmoins, les élèves qui ont passé le test en 2025 sont nés en 2009, ils sont entrés à l’école primaire en 2015, et au collège en 2020. Ils n’ont donc pas connu le dédoublement des classes dans les petits niveaux en zone d’éducation prioritaire mis en place progressivement depuis 2017. Ils ont en revanche vécu la réforme de l’ancien ministre de l’Education Vincent Peillon de quatre jours et demi à l’école à partir de 2013, puis le retour de quatre jours décidé par Jean-Michel Blanquer en 2017.
Par ailleurs, L’OCDE s’alarme du soutien des parents qui s’affaiblit en France, « alors qu’ils ont un rôle à jouer dans la réussite des enfants » et de la baisse de la compréhension de l’écrit chez les garçons des milieux les plus favorisés, une nouveauté. « Est-ce parce que l’intelligence artificielle est plus entrée chez les familles favorisées ? C’est une des hypothèses qui méritent d’être mises sur la table », interroge Éric Charbonnier. 46 % des élèves de l’OCDE déclarent avoir recours au moins une fois par semaine ou plus à l’IA pour les aider à apprendre.
L’étude PISA met également en évidence une augmentation des absences de professeurs en France : 45 % des chefs d’établissement déclarent manquer d’enseignants, contre 17 % en 2015.
(Avec AFP)