UMPC university before closure
Les bâtiments du campus Pierre et Marie Curie de la faculté des sciences et ingénierie de Sorbonne Université, à Paris, en mars 2020.

Fin du droit d’accès pour les bacheliers, hausse des frais d’inscription, refonte des bourses… Le traitement de choc du Sénat pour redresser l’université

Le rapport de la commission d’enquête sur l’excellence universitaire préconise de durcir la sélection à l’entrée à l’université pour les élèves qui n’auraient pas le niveau. Ce document porté par la sénatrice LR Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau, formule 10 recommandations pour sortir le système universitaire français du déclin. Il n’a pas reçu l’approbation du président de la commission, le communiste Pierre Ouzoulias, ni des autres élus de gauche qui ont participé à ces travaux.
Romain David

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Les sénateurs ont sorti l’artillerie lourde. Mettre fin au droit d’accès à l’enseignement supérieur pour l’ensemble des bacheliers, multiplier par cinq les droits d’inscription en licence, réguler l’accueil des étudiants internationaux en favorisant certains territoires plutôt que d’autres… Voici quelques-unes des dix mesures chocs égrenées dans un rapport du Sénat sur l’excellence universitaire. Rendu public ce mercredi 9 septembre, ce document, qui invite à « lever le tabou de la sélection à l’entrée à l’université », vient mettre un point final aux travaux de la commission d’enquête initiée par la droite sénatoriale sur la capacité des universités françaises à assurer une formation publique de haute qualité.

« Nos universités n’atteindront pas l’excellence sans viser l’excellence », explique la sénatrice LR Laurence Garnier, rapporteure de cette commission d’enquête. Elle évoque les injonctions contradictoires de l’enseignement supérieur public, tiraillé entre « le droit à la poursuite des études » et « le caractère sélectif des formations auquel sont attachés les présidents d’universités ». « Aujourd’hui, on demande à nos universités de courir un marathon avec un sac de 13 kg sur le dos, et d’être les premières sur la ligne d’arrivée ». L’élue dénonce notamment l’accès indifférencié aux premières années de licence pour les titulaires du baccalauréat, ce qui aurait tendance à favoriser l’échec et à limiter les chances d’insertion professionnelle des étudiants.

Notons que les conclusions de ce rapport n’ont pas fait l’unanimité au Sénat. Selon nos informations, les cinq élus de gauche que comptaient les 23 membres de la commission d’enquête ont tous voté « contre ». Pierre Ouzoulias, le président communiste de cette commission (l’usage voulant qu’une commission d’enquête soit présidée par un élu issu d’une autre famille politique que celle qui l’a initiée), a fait valoir son désaccord. « Il y a un consensus politique sur le déclassement très net de la France, à la fois dans le domaine de la recherche et de l’enseignement supérieur, et qui est bien documenté dans ce rapport. En revanche, je ne partage pas les enseignements et les recommandations qu’a voulu en tirer la rapporteure », explique-t-il à Public Sénat.

Des chiffres alarmants

Si 62 % des Français ont une bonne opinion de l’université, ils ne sont que 15 % à l’associer spontanément à la notion d’excellence, selon un sondage commandé par le Sénat. Alors qu’elle est considérée comme un espace de formation des élites dans de nombreux pays, « l’université pâtit en France d’un système tricéphale, coincée entre d’un côté les grandes écoles et les formations privées, de l’autre les laboratoires de recherche ». Ce déficit d’image se traduit par une baisse sensible de la fréquentation des amphithéâtres : en 2018, 60 % des étudiants du supérieur étaient accueillis à l’université, en 2024 ils n’étaient plus que 54 %. « L’université cède ainsi du terrain à des formations qui ont davantage su valoriser la promesse d’encadrement et d’emploi », notamment les écoles d’ingénieurs et de commerce, lit-on dans le rapport du Sénat.

Les élus font également état d’un « échec étudiant massif » à l’université, pour un coût évalué à 534 millions d’euros annuels par la Cour des comptes. À titre d’exemple : 47 % des étudiants qui étaient inscrits en L1 en 2019 n’ont obtenu aucun diplôme cinq ans plus tard, selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur. Ils ne sont qu’un tiers à obtenir leur licence en trois ans. En outre, seuls 2 % des étudiants français vont jusqu’au doctorat, contre 5,2 % en Allemagne.

Cette publication alerte également sur « la dégradation » de certains marqueurs, avec le recul de la France dans plusieurs classements internationaux. Elle se situe à la dixième place dans l’édition 2026 du classement de Shanghai qui dresse la liste des 1 000 meilleures universités mondiales. « Les universités ne parviennent plus à attirer et à retenir les meilleurs profils d’étudiants et de chercheurs étrangers. Alors que la France était en 1980 le deuxième pays d’accueil des étudiants internationaux, elle se classe désormais au huitième rang des pays les plus attractifs, et ce sont désormais les écoles de commerce et les écoles d’ingénieurs qui tirent la dynamique d’accueil. »

Elaborer un système plus sélectif

Pour renforcer le niveau de réussite des universités, le rapport propose de faire sauter le « verrou » du baccalauréat, aujourd’hui considéré comme le « premier grade de l’enseignement supérieur », et qui ouvre de droit l’accès aux études universitaires. « 17 % des étudiants inscrits en licence sont issus d’un bac pro ou technologique, mais leur taux de réussite à l’université avoisine seulement les 5 % », pointe Laurence Garnier. « Nous avons un dévoiement du système, chaque étudiant doit être remis sur les bons rails pour avoir les meilleures chances de réussir son parcours dans le supérieur », ajoute celle qui vient d’être nommée porte-parole de la campagne de Bruno Retailleau.

L’idée est de laisser aux universités la possibilité de définir elles-mêmes les modalités d’accès aux formations de premiers cycles, et de proposer « une année de propédeutique » aux candidats qui ne disposent pas des prérequis nécessaires. La rapporteure souhaite également retirer au recteur d’académie le pouvoir d’inscrire en premier cycle un élève qui n’aurait pas trouvé de formation via la procédure Parcoursup. « Il faut mettre fin à des inscriptions qui n’ont aucune chance d’aboutir. On voit des étudiants STAPS demander une option équitation, sans être jamais montés sur un cheval », fustige Laurence Garnier.

« De fait, cette sélection existe déjà, ne serait-ce que parce qu’il y a plus de candidats que de places dans la plupart des formations », nuance Pierre Ouzoulias. « Bien souvent, le baccalauréat n’y joue qu’un rôle minime puisque les notes arrivent trop tard, ce sont donc les résultats du contrôle continu qui sont examinés par les universités. »

Réguler l’accueil des étudiants étrangers

Le rapport consacre également une trentaine de pages à l’accueil des étudiants internationaux. Laurence Garnier dénonce « une stratégie quantitative ». « On cherche à faire du chiffre en accueillant le plus possible, plutôt que de viser l’excellence. Les étudiants que l’on accueille sont majoritairement ceux qui, à l’université, réussissent le moins bien », explique-t-elle.

Le rapport insiste sur la « nette surreprésentation » chez les internationaux des étudiants originaires de l’Afrique du Nord-Moyen-Orient (27 %) et de l’Afrique subsaharienne (26 %), face aux étudiants venus d’Asie-Océanie (13 %) et des Amériques (8 %). Ce sont également les étudiants originaires d’Afrique qui enregistrent les taux d’échec les plus importants : seulement 28 % de réussite en licence, contre 38 % pour l’ensemble des étudiants étrangers, et 47 % pour les internationaux venus d’Asie-Océanie. La rapporteure préconise de renforcer les exigences en matière de maîtrise de la langue française, mais aussi de recentrer les politiques d’accueil vers les étudiants asiatiques et américains.

Pierre Ouzoulias déplore une présentation « biaisée » des chiffres. « Il est faux de dire que les étudiants africains sont les plus mauvais. Au cours des auditions, plusieurs présidents d’université nous ont expliqué que les étudiants marocains avaient, par exemple, un bien meilleur niveau en mathématiques que les étudiants français », souligne-t-il. « Si la France décide d’investir moins sur l’accueil des étudiants du Maghreb, d’autres s’en chargeront. Je pense à la Chine mais surtout à l’Arabie saoudite, mais ce ne sera certainement pas pour professer la philosophie des Lumières. Le risque avec ce type de mesure, c’est d’accompagner la perte d’influence dans le monde d’une certaine pensée française, notamment sur les valeurs d’humanisme et de laïcité. »

Passer de 178 à 900 euros de frais d’inscription en licence

Autre recommandation, qui vient nourrir cette fois l’épineux débat sur le financement des universités : la très forte hausse des droits d’inscription. Ils sont actuellement de 178 euros en licence et de 254 euros en master, « une contribution presque symbolique, qui demeure sans rapport avec le coût réel des formations et ne permet, à elle seule, de financer aucune amélioration significative des conditions d’enseignement », épingle le rapport. Laurence Garnier souhaite donc les porter respectivement à 900 et 1 300 euros.

« Les assises du financement des universités prévoient un déficit cumulé à 2 milliards d’euros à l’horizon 2030 pour les établissements français. Budgétairement, ce n’est pas une augmentation des frais d’inscription qui va apporter une solution pérenne au sous-investissement chronique », étrille Pierre Ouzoulias.

La rapporteure propose également une réforme du système boursier, avec une meilleure prise en compte du mérite, et des montants qui seraient dorénavant indexés sur l’inflation.

Davantage d’autonomie

Le rapport revient sur la gouvernance des universités, considérant que les réformes d’autonomisation conduites à la fin des années 2000 ne sont pas allées assez loin. Il est toutefois question de refonder les relations entre l’Etat et les établissements autour d’une « logique de contractualisation », qui permettrait de définir une trajectoire pluriannuelle en termes de financement » avec « des objectifs stratégiques et des indicateurs associés ».

Enfin, pour renforcer la marge de manœuvre des présidents d’université, Laurence Garnier propose de réduire la taille des conseils d’administration, avec un moindre rôle des représentants du corps des enseignants-chercheurs et des étudiants. Pierre Ouzoulias estime pour sa part que ces différentes recommandations trahissent une forme d’hésitation « entre la vision libérale défendue Valérie Pécresse lorsqu’elle était ministre de l’Enseignement supérieur, et le modèle plus autoritaire que prône le candidat Retailleau. »

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