Canicule : « Je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers une violence verbale », répond Sébastien Lecornu aux sénateurs écologistes

Au lendemain d’un échange vif avec Cyrielle Chatelain, présidente des députés écologistes, sur le bilan humain de la canicule de juin, le Premier ministre a été interpellé à nouveau par leurs homologues sénateurs. Disposé à travailler « de bonne foi » avec les « contraintes budgétaires », Sébastien Lecornu a estimé que l’on ferait « fausse route » si la logique politique était d’obtenir la censure du gouvernement.
Guillaume Jacquot

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Le ton au Sénat était beaucoup plus calme qu’à l’Assemblée nationale hier, où le Premier ministre était sorti de ses gonds face à la présidente du groupe écologiste, Cyrielle Chatelain. Au cours d’une intervention teintée d’un rare emportement, le chef du gouvernement avait dénoncé le bilan « scandaleux » et « faux » de 10 000 morts dû à la canicule, mis en avant la semaine dernière par des écologistes, comme la députée Sandrine Rousseau, ou Guillaume Gontard. Ce dernier a depuis nuancé ses propos.

Alors que les députés écologistes ont annoncé leur intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement pour dénoncer « son impréparation » à la canicule, le sénateur de l’Isère a remis le sujet sur la table lors des questions d’actualité au gouvernement ce 1er juillet. « Pas de mauvaise polémique entre nous. La canicule n’a pas fait 10000 morts, mais comme d’éminents spécialistes, nous redoutons un bilan terrible », a-t-il clarifié d’entrée de jeu. « Nous saluons la mobilisation des agents de l’État et nous associons à la peine des familles, mais nous le répétons : la canicule était prévisible et beaucoup de ces morts étaient évitables », a-t-il ajouté, jugeant que le gouvernement avait la « responsabilité » d’adapter le pays au dérèglement climatique.

« Gouverner ce n’est pas compter les morts »

« Réduire MaPrimeRénov’, siphonner le Fonds Vert, revenir sur le ZAN, remettre sur le marché des passoires thermiques, acheter des climatiseurs en urgence et prolonger les soldes n’est pas une politique d’adaptation », s’est-il indigné, appelant le chef du gouvernement à se « ressaisir » et à faire de l’adaptation « une priorité nationale ». « Gouverner ce n’est pas compter les morts, c’est empêcher qu’ils meurent », a-t-il conclu.

Sébastien Lecornu a commencé par remercier le parlementaire de l’Isère pour la « tonalité » de sa question et son soutien aux services de l’État, avant de revenir sur le climat politique des dernières heures, celui d’une « escalade verbale » d’un « certain nombre » d’écologistes. « Je ne souhaite pas que le débat politique continue de dériver vers une violence verbale qui va jusqu’à des spéculations sur un bilan humain. Et ce qui s’est passé hier à l’Assemblée nationale n’était pas raisonnable pour le débat démocratique. »

Sébastien Lecornu favorable à un débat au Parlement

Sur le fond, le Premier ministre a indiqué que le « débat entre atténuation et adaptation » était « derrière nous » et qu’il fallait « désormais faire les deux en même temps ». Sébastien Lecornu s’est engagé à de nouvelles annonces en faveur des hôpitaux « dans les 48 prochaines heures », tout en pointant aussi une « urgence en matière de sécurité civile », qu’il faudra « durcir ».

Le locataire de Matignon se montre aussi ouvert à accéder à la demande des socialistes d’un débat au Parlement sur l’adaptation nécessaire au réchauffement climatique. « J’en discuterai avec le président du Sénat dans un instant. J’y suis évidemment favorable. Cela permet peut-être d’objectiver le bilan, ne pas le caricaturer, et être en situation d’en tirer des conclusions, y compris pour le projet de loi de finances pour l’année prochaine. »

Dans un propos plus politique, Sébastien Lecornu a interrogé les écologistes sur leurs véritables intentions. « Si votre question c’était, est ce que le gouvernement est disposé disponible à travailler de bonne foi dans la mesure des moyens des contraintes budgétaires qui sont les nôtres […] nous sommes présents. Si l’objet est, malheureusement, comme j’ai pu le comprendre hier, plus politicien, si la question c’est l’avenir de la relation entre telle ou telle formation politique et la France insoumise, si le but de tout cela n’était que de déposer une motion de censure […] là, je crois que pour le coup on fait fausse route », a-t-il averti.

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