Chèque énergie : le Sénat adopte une réduction budgétaire de 180 millions d’euros et vote la réforme du dispositif

Dans le cadre de l’examen du budget 2025, le Sénat a voté en faveur de la réforme du chèque énergie. Critiquée car elle mettait initialement fin à l’automaticité du versement de l’aide, elle a été améliorée en séance par un amendement du gouvernement, soutenu par une large majorité de sénateurs.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Dans la nuit du 20 au 21 janvier, les sénateurs ont adopté un article du budget 2025, un peu passé sous les radars, prévoyant une réforme du chèque énergie. Ce dispositif, créé en 2018 pour faire face à la hausse des prix de l’énergie, permet aux ménages les plus modestes de bénéficier d’une aide – entre 50 et 277 euros par an – pour payer leurs factures.

En apparence technique, la réforme votée par les sénateurs a suscité les débats. Elle modifie en effet les modalités de versement du chèque. Jusqu’à présent, les ménages éligibles étaient identifiés automatiquement par un croisement de leur revenu fiscal et de leur taxe d’habitation. Avec la suppression de cette dernière, ces données ne peuvent plus être utilisées pour envoyer le chèque, sans besoin d’en faire la demande, aux près de 6 millions de foyers qui peuvent en bénéficier.

Une réforme qui préserve l’automaticité du versement

Initialement, le gouvernement prévoyait de vérifier l’éligibilité des ménages au chèque énergie en croisant leur revenu fiscal avec leur numéro de compteur électrique. Une méthode qui demandait à tous les nouveaux bénéficiaires de formuler une demande sur une plateforme ou par courrier pour toucher le chèque, au risque d’accroître les non-recours. Au Sénat, le dispositif a donc été vivement est critiqué, aussi bien sur les bancs de la gauche que par la commission des affaires économiques. « Ce sont encore une fois les plus précaires qui seront en difficulté », a dénoncé le sénateur communiste Jean-Pierre Corbizet.

Face à la montée des critiques sur cette réforme, le gouvernement a décidé de l’améliorer en séance, en déposant un amendement permettant de conserver l’automaticité du versement du chèque énergie. Pour identifier les bénéficiaires, l’Etat croisera désormais les données fiscales avec la liste des points de livraison d’électricité, établie par les gestionnaires du réseau électrique. « C’est un progrès en termes de simplicité et de protection des près de 6 millions de ménages bénéficiaires », a salué le ministre de l’Energie Marc Ferracci.

Le dispositif amputé de 180 millions d’euros

Au-delà de cette réforme contestée, le budget alloué au chèque énergie pour 2025 est également en baisse. Sur le plateau de BFMTV ce 15 janvier, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin préparait déjà les esprits à une « réduction de la voilure », en raison de la baisse des tarifs réglementés de l’électricité attendue en février prochain. Concrètement, dans sa copie, le gouvernement prévoit une diminution de 180 millions d’euros des crédits alloués au dispositif, par rapport à 2024.

Une nouvelle coupe budgétaire qui suscite la colère des sénateurs de gauche, réclamant dans plusieurs amendements le rétablissement du budget de l’an passé, à hauteur de 900 millions d’euros. « La réforme du gouvernement se traduit par la réalisation d’économies sur le dos des ménages en situation de précarité énergétique, du fait de l’accroissement du taux de non-recours », a dénoncé le sénateur socialiste Franck Montaugé. De son côté, Yannick Jadot a défendu un amendement prévoyant de relever le plafond d’éligibilité au chèque énergie au niveau du SMIC. « Le plafond actuel est bien trop bas, il ne permet pas de toucher toutes les personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, ou les personnes au-dessus du plafond mais qui vivent dans des passoires thermiques », a observé le sénateur écologiste.

Pour le ministre de l’Energie, toute hausse des crédits pour le chèque énergie ne pourra être discutée qu’ « au moment où nous aurons du recul sur la réforme qui va être mise en œuvre cette année ». Dans un contexte budgétaire contraint, la mesure n’a pas non plus reçu le soutien de la commission des finances. Pour la rapporteure spéciale Christine Lavarde, c’est l’ensemble de la politique d’aide de l’Etat en faveur des foyers en situation de précarité énergétique qu’il faudrait revoir. « Il faudrait accroître nos moyens vers ce qui a un impact à long terme, c’est-à-dire une vraie rénovation de l’enveloppe thermique des bâtiments, plutôt que de donner des chèques pour diminuer le coût de la facture », a estimé la sénatrice Les Républicains.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Chèque énergie : le Sénat adopte une réduction budgétaire de 180 millions d’euros et vote la réforme du dispositif
8min

Environnement

« Déni démocratique », « faute », « roulette russe » : le service après-vente laborieux du gouvernement au Sénat sur la programmation énergétique

S’estimant mis de côté avec une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publiée par décret, le Sénat a provoqué un débat sur ces choix stratégiques de long terme. Le ministre Roland Lescure a dû faire face à des critiques, nourries, sur la méthode. Sur le fond, une grande partie du Sénat salue la réorientation en matière d’énergie, avec une relance du nucléaire, et un déploiement moins massif de l'éolien terrestre et du solaire.

Le

Chèque énergie : le Sénat adopte une réduction budgétaire de 180 millions d’euros et vote la réforme du dispositif
5min

Environnement

« Une position de déni complet » : l’avertissement de Valérie Masson-Delmotte sur le rôle des États-Unis dans la diplomatie climatique

Auditionnée par le Sénat dans le cadre d’une mission d’information sur « la diplomatie climatique française à l’épreuve du monde en tension », la climatologue Valérie Masson-Delmotte a alerté sur un diplomatie climatique mis à l’épreuve des tensions géopolitiques. Dans un contexte marqué par le retrait des Etats-Unis de plusieurs organisations internationales autour du climat sous l’égide de Donald Trump, elle a dressé un constat sans ambiguïté : réchauffement inédit, marginalisation de l’expertise scientifique, rivalités géopolitiques croissantes.

Le

France eoliennes offshore 9th of november 2025
8min

Environnement

Programmation pluriannuelle de l’énergie : l’exécutif, sous pression, maintient le flou

La programmation pluriannuelle de l’énergie est un texte plus qu’attendu, depuis plusieurs années, par les filières françaises de l’énergie. La crise énergétique suite à la guerre en Ukraine, puis l’instabilité politique, ont décalé à de nombreuses reprises sa publication. Maintenant que le budget est en passe d’être adopté, elle revient sur le haut de la pile des dossiers chauds du gouvernement. Mais les doutes subsistent quant à la forme qu’elle prendra et à son contenu.

Le

Zones a Faibles Emissions de la Metropole Nice Cote d Azur
6min

Environnement

Après l’accord trouvé au Parlement, les ZFE vont-elles vraiment être supprimées ?

Réunis en commission mixte paritaire sur le projet de loi de « simplification de la vie économique », députés et sénateurs se sont accordés pour maintenir la suppression des zones à faibles émissions. Un choix vivement contesté à gauche, qui dénonce un sujet de santé publique traité « au détour d’un amendement », tandis que la droite assume une mesure jugée nécessaire, mais appelée à être arbitrée.

Le