Prédation du loup : « Les éleveurs nous lancent un cri d’alarme », alertent les sénateurs, qui veulent retirer l’animal de la liste des espèces protégées
Par Christian Mouly
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« C’est un sujet qui menace l’avenir du pastoralisme ». Le loup s’est invité au cœur de la mission d’information sénatorial consacré à ce modèle d’élevage traditionnel, qui consiste à profiter des ressources fourragères spontanément disponibles dans la nature, souvent en se déplaçant avec son troupeau au gré des saisons et des éléments. Dans leur rapport voté ce mercredi par la commission des affaires économiques, les sénateurs appellent à défaire les règles de protection de l’animal, poussant pour aller plus loin encore que les récents assouplissements.
Une question de vie ou de mort pour l’économie pastorale, assurent-ils. « Sans pression du loup, on aurait un métier attractif », affirme le socialiste Yves Bleunven, l’un des trois rapporteurs de cette étude transpartisane, que seuls les écologistes n’ont pas approuvée. Invitant à « dépasser l’image d’Épinal » du berger isolé, les sénateurs insistent sur l’importance économique et environnementale de cette activité, qui couvre 20 % du territoire, principalement dans les zones rurales et montagneuses. 27 millions de vaches, moutons et chèvres sont concernés par cet élevage à l’impact positif en matière écologique et de bien-être animal.
10 % d’attaques en plus en 2025
Pourtant, note le rapport, les contraintes sont grandissantes, entre le morcellement du foncier, l’accès difficile à l’eau et la cohabitation parfois délicate avec les touristes, promeneurs et autres chasseurs. Mais le loup fait figure de principal épouvantail. « Les éleveurs nous ont exprimé une grande détresse, nous ont lancé un véritable cri d’alarme, alerte Jean-Marc Boyer (LR). Il faut réaliser l’impact psychologique des attaques sur les bergers, l’état d’angoisse permanent. »
Il faut dire que le loup a largement accru sa présence depuis sa réapparition dans l’hexagone au début des années 1990. Environ un millier de bêtes sillonnent aujourd’hui une soixantaine de départements. Et le nombre d’attaques a augmenté de 10 % en 2025, rappellent les sénateurs, entraînant la mort de plus de 12 000 animaux sur l’année.
Compensation du ministère de l’environnement
Ce qui pose la question de l’indemnisation des éleveurs. Le montant des compensations publiques suite à des attaques s’élève à 42 millions d’euros en 2025, mais un reste à charge de 20 % s’applique aux propriétaires des bêtes blessées ou tués. Les rapporteurs proposent de le supprimer et le substituer par une prise charge du ministère de l’environnement, accusé, en creux, de ne pas payer sa juste part, la majorité des frais d’indemnisation étant porté par le portefeuille de l’agriculture. « On considère qu’il y a un déséquilibre au niveau financier. C’est facile de demander des mesures de protection du loup quand ce sont les autres qui payent », tacle Jean-Marc Boyer.
Également dans le viseur de la majorité sénatoriale, l’Office français de la biodiversité (OFB), la police de l’environnement, présenterait des diagnostics trop flous sur les circonstances de la mort d’animaux d’élevage. En clair, la responsabilité du loup serait trop souvent diluée. En cas d’incertitude lors d’un décès, comme c’est majoritairement le cas, « on veut que le loup soit présumé, plus que coupable, responsable. C’est un changement de vision sur l’impact du loup sur l’ensemble des attaques », propose Jean-Marc Boyer.
Il s’agirait d’effacer la catégorie « origine indéterminée » des rapports de l’OFB. Une mesure symbolique puisqu’en matière de décès d’animaux, le doute sur la responsabilité réelle du loup profite à l’éleveur en matière d’indemnisation.
Les sénateurs en appellent au « courage » de l’État français
Mais au-delà, c’est à l’architecture de régulation du loup que les rapporteurs veulent s’attaquer. Au sein de l’Union européenne, le loup a vu l’an passé son niveau de protection réduit, passant d’espèce strictement protégée à espèce protégée. Les sénateurs veulent aller plus loin. « L’État français doit avoir le courage de mettre sur la table le sujet d’un nouvel abaissement du niveau de protection du loup à l’échelle du Conseil de l’Europe et de l’Union européenne », est-il écrit dans le rapport. L’objectif : retirer purement et simplement le loup de la liste des espèces protégées.
Conformément à cette directive européenne, la France a également pris en février dernier un arrêté les conditions de tirs de défense et d’élimination. Celui-ci fait passer le nombre maximal de loups pouvant être éliminés chaque année de 19 % de la population (192 loups) à 21 % (227 loups). Selon certaines conditions, ce taux peut être porté à 23 %.
Insuffisant, là encore, pour les rapporteurs. « On est loin d’une proposition qui donne satisfaction aux éleveurs », regrette Jean-Marc Boyer, qui estime à 500 le seuil de viabilité démographique de la population de loup. Les spécialistes l’estiment davantage compris entre 2000 et 3000. Un rapport codirigé en 2025 par l’OFB, le Muséum d’histoire naturelle et le CNRS pointe d’ailleurs un risque de décroissance de la population sous l’effet des dérogations de tirs. Le nombre de loups tend d’ailleurs à se stabiliser depuis plusieurs années, après la forte croissance de la décennie 2010.
« Il ne s’agit pas d’extermination du loup, mais de rééquilibrage »
Jugeant le loup désormais à l’abri, les rapporteurs veulent déterminer le nombre d’éliminations de loups « en fonction non seulement de l’estimation de la population mais aussi de la pression de prédation ». Autant de propositions qui suscitent l’ire des associations de défense animale. « Il ne s’agit pas d’extermination du loup, mais de rééquilibrage. Il y a un sentiment de déséquilibre entre la protection apportée au loup et le manque de protection de l’activité de pastoralisme », balaye le socialiste Yves Bleunven.
Le rapport fait également écho à des mesures votées en première lecture par les députés dans le projet de loi d’urgence agricole. Il appelle par exemple à autoriser les tirs d’effarouchement et de défense dans les réserves naturelles et les parcs nationaux où la chasse est déjà autorisée, interdits jusque-là. La présidente de la commission des affaires économiques, Dominique Estrosi Sassone, l’a confirmé : le texte, qui supprime aussi l’autorisation pour effectuer des tirs de défense lors d’attaques de bovins, devrait arriver dans l’hémicycle du sénat le 29 juin.
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