C’est une première : jamais un chef de gouvernement étranger n’avait assisté à un discours sur l’état de l’Union. Le Premier ministre canadien Mark Carney était l’invité d’honneur d’Ursula von der Leyen. Une présence symbolique, alors que la présidente de la Commission européenne a proposé au Canada de devenir le premier « membre associé » de l’Union européenne. « Tout reste à inventer », a-t-elle lancé. Le statut de « membre associé » n’existe en effet pas dans les traités européens. Il ne s’agit pas pour le Canada de rejoindre l’UE, mais de créer une nouvelle forme de partenariat avec l’Union.
« Ce n’est pas un partenariat contre qui que ce soit, mais en faveur de nos forces communes », a assuré Ursula von der Leyen. La proposition intervient néanmoins dans un contexte particulier. Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont fortement tendues sous Donald Trump, notamment à cause des droits de douane et des déclarations du président américain sur la souveraineté du Canada. Mark Carney cherche désormais à diversifier les partenariats de son pays. Une stratégie qui rencontre les intérêts européens, alors que les relations entre Bruxelles et Washington se sont elles aussi tendues, notamment sur le commerce.
« Nous voyons le monde avec les mêmes yeux », a poursuivi Ursula von der Leyen à propos du Canada, notamment sur la défense de la démocratie. Ottawa pourrait également rejoindre, avec le Royaume-Uni et la Norvège, un futur « Conseil européen de sécurité » que la présidente de la Commission souhaite créer.
Pour pouvoir réagir plus rapidement aux crises, aux cyberattaques et aux survols de drones, Ursula von der Leyen veut aussi doter l’Union d’un « protocole de sécurité d’urgence », inspiré de l’article 4 du traité de l’Otan, qui prévoit des consultations entre les membres de l’Alliance lorsqu’un d’entre eux estime que sa sécurité est menacée.
L’Europe veut pouvoir se protéger
Cet été, l’Europe a vu ses vulnérabilités. Ursula von der Leyen ne pouvait pas ne pas les évoquer. Le continent a été frappé par des vagues de chaleur à répétition et des incendies d’une ampleur exceptionnelle.
En France, plus de 96 000 hectares avaient brûlé depuis le début de l’année au 26 août, selon les données européennes de Copernicus, soit près de sept fois la moyenne annuelle observée depuis 2003.
Dans son discours, Ursula von der Leyen a promis un plan européen de préparation aux vagues de chaleur, une stratégie de résilience climatique pour une centaine de territoires vulnérables et une nouvelle stratégie européenne de l’eau.
« Nous avons besoin d’adaptation et de refroidissement au niveau des zones urbaines. Et nous devons soutenir les plus vulnérables », a-t-elle affirmé. Avant de conclure : « Nous tiendrons nos engagements en matière de climat ».
Protéger dans le monde numérique
La France demandait une interdiction européenne des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Ursula von der Leyen a retenu une limite plus basse, avec une interdiction pour les moins de 13 ans seulement. Pour les adolescents de 13 à 15 ans, elle a proposé des « mini-comptes », installés et surveillés par les parents, avec des fonctionnalités restreintes et une durée d’utilisation limitée.
Sur l’intelligence artificielle, la présidente de la Commission a reconnu les bénéfices de la technologie pour la productivité et la qualité de vie. Mais elle a surtout insisté sur les risques liés aux modèles les plus avancés. Selon elle, ils pourraient bientôt permettre des capacités de piratage d’un niveau inédit et tomber entre les mains d’acteurs hostiles.
Ursula von der Leyen a défendu l’AI Act, qui donne à l’Union européenne un cadre pour encadrer l’intelligence artificielle. Elle a également appelé à ralentir la course aux modèles les plus avancés : « J’inviterai les principaux laboratoires d’avant-garde à discuter du soutien à apporter aux efforts actuels de l’industrie pour ralentir la course. » Elle souhaite notamment travailler avec le Canada et le Royaume-Uni sur ces questions.
Se protéger économiquement et militairement
Face à la Chine, Ursula von der Leyen a dénoncé un déficit commercial qu’elle juge « insoutenable » : environ un milliard d’euros par jour. La présidente de la Commission a promis d’utiliser les instruments dont dispose l’Union pour rééquilibrer cette relation.
La dépendance aux matières premières critiques fait également partie des préoccupations de Bruxelles. L’UE veut créer une nouvelle structure chargée de sécuriser ses approvisionnements et de constituer des stocks de matières premières essentielles, notamment pour réduire sa dépendance aux terres rares chinoises.
Des annonces nombreuses, pour certaines précises et d’autres moins, qui doivent maintenant être traduites en lois. Après avoir tracé le cap, le plus gros du travail reste à faire : Ursula von der Leyen doit désormais trouver des majorités pour concrétiser chacune de ses annonces.