Vous ne le savez peut-être pas, mais les sénateurs et les députés ne sont pas élus de la même manière. Les prochaines élections sénatoriales se tiendront le dimanche 27 septembre, et ce scrutin est l’un des rares dans le système politique français qui ne se déroule pas selon les règles du suffrage universel direct. Cela veut dire que tous les citoyens ne sont pas appelés aux urnes.
En France, les sénateurs sont élus par un collège de « grands électeurs ». On en compte 162 000. Ce système a été mis en place au début de la IIIe République. Avec un objectif précis : rassurer les conservateurs, à une époque où les partisans d’une monarchie sont encore nombreux. En effet, le retour d’un régime républicain, après la chute du Second empire, effraie une partie de la société. L’idée était donc de tempérer les ardeurs de l’Assemblée nationale, avec une seconde chambre, plutôt composée de notables grâce à un électorat plus restreint.
Ces grands électeurs se divisent en deux catégories :
D’abord, il y a les délégués de droit. Ce sont vos élus locaux et nationaux : les parlementaires – députés et sénateurs -, les conseillers régionaux, les conseillers généraux, et les conseillers municipaux.
Ensuite, il y a les délégués élus. Il s’agit de citoyens choisis par les conseils municipaux pour voter au nom de leur commune. Cette catégorie a été créée pour renforcer le poids des grandes villes face aux petites et moyennes communes, qui sont beaucoup plus nombreuses. Les conseillers municipaux et leurs délégués représentent à eux seuls 95 % des grands électeurs, ce qui explique l’importance de l’échelon municipal pour les sénatoriales.
Le poids des conseils municipaux
Plus une ville compte d’habitants, plus le nombre de délégués supplémentaires désignés par le conseil municipal sera important pour renforcer sa représentativité. La règle est la suivante : au-delà de 30 000 habitants, on nomme un délégué supplémentaire par tranche de 800 administrés. Ainsi, une ville comme Nice compte environ 410 délégués pour 353 701 habitants. À Paris, ils sont près de 2 600 pour un peu plus de 2,1 millions d’habitants.
Ces délégués sont choisis parmi les électeurs inscrits sur les listes électorales de la commune, via un vote des conseillers municipaux qui se tient quelques mois avant les sénatoriales. Cette année, ce sera le 5 juin. Généralement, la proximité politique des électeurs avec les membres de la majorité municipale en place – lorsqu’elle est identifiée -, joue pour beaucoup dans le choix des délégués.
En clair : le vote des conseillers municipaux a tendance à se porter sur des personnalités avec lesquelles ils se savent une certaine affinité d’opinions, et qui seront donc susceptibles de soutenir le même candidat qu’eux le jour des sénatoriales. C’est aussi la raison pour laquelle le résultat des municipales est souvent considéré comme un excellent baromètre pour prédire la composition du Sénat.