Un avion ukrainien Antonov à l’aéroport de Leipzig-Halle, le 25 août. Photo: Hendrik Schmidt/dpa
Un avion ukrainien Antonov à l'aéroport de Leipzig-Halle, le 25 août. Photo: Hendrik Schmidt/dpa

Attentat à l’aéroport allemand de Leipzig : « Un cap a été franchi par la Russie, c’est une attaque militaire classique contre un pays de l’OTAN »

Le gouvernement allemand a décidé mardi de prendre des sanctions contre la Russie qu’elle accuse officiellement d’avoir organisé un attentat sur son sol. Début août, à l’aéroport de Leipzig, deux drones chargés d’explosifs ont été retrouvés à proximité d’avions ukrainiens.  « Un cap a été franchi », selon le spécialiste des questions de défense, Guillaume Ancel.
Alexandre Poussart

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L’Allemagne a annoncé mardi des mesures de rétorsion contre la Russie, après l’avoir accusée d’avoir envoyé un drone chargé d’explosifs début août à l’aéroport de Leipzig, une plateforme militaire capitale pour l’armée allemande et pour l’Otan. 

Début août, ce drone chargé d’explosifs avait été découvert dans la zone sécurisée des opérations de fret de l’aéroport de Leipzig-Halle, à proximité de plusieurs avions-cargos ukrainiens, et un deuxième engin aurait heurté un avion-cargo de DHL quelques minutes plus tard.

« Dans l’ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d’attentat à l’aéroport de Leipzig », a déclaré le ministre de l’Intérieur allemand Alexander Dobrindt. La police criminelle allemande a identifié l’ADN de deux hommes au passeport russe suspectés d’avoir posé ces drones, ont rapporté trois médias allemands, mercredi.

« Un cap a été franchi par la Russie. Ce n’est plus une attaque hybride, c’est une attaque militaire classique contre un pays de l’OTAN », estime Guillaume Ancel, ancien officier de l’armée française, spécialiste des questions de défense, et auteur du site Ne pas subir. « Après une enquête minutieuse d’un mois, le gouvernement allemand attribue officiellement à la Russie, avec certitude, l’origine d’une attaque sur son sol. Cela change la donne par rapport à des attaques cyber passées dont un faisceau d’indices menait à la Russe », réagit Ronan Le Gleut, président du groupe d’amitié France-Allemagne au Sénat et sénateur Les Républicains. 

« Un acte de terrorisme soutenu par un Etat » estime l’Union européenne

Mardi, les condamnations de cette tentative d’attentat se sont multipliées côté européen. « La Russie doit désormais comprendre que sa voie, consistant à rechercher des solutions militaires et à imposer ses revendications par la violence, y compris par des moyens hybrides, a échoué », a déclaré le ministre des affaires étrangères d’Outre-Rhin Johann Wadephul. 

L’UE se tient « pleinement » aux côtés de l’Allemagne, a écrit la présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen sur X, tandis que l’Otan « continuera à renforcer sa capacité à dissuader et à défendre tous les Alliés contre toute menace », a promis son chef Mark Rutte. 

Cette attaque porte « les caractéristiques d’un acte de terrorisme soutenu par un Etat », a estimé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. 

La France a de son côté convoqué le chargé d’affaires russe à Paris pour « protester très vivement » contre « l’attaque hybride » imputée à la Russie, a annoncé le ministre de l’Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. « Il est très clair qu’une fois encore c’est une ingérence », a réagi Emmanuel Macron.

L’aéroport de Leipzig essentiel dans le soutien à l’Ukraine

« Le but de cette attaque était de viser les avions ukrainiens Antonov, les plus grands avions du monde, qui transportent du matériel militaire pour l’Ukraine », explique Ronan Le Gleut. « Après l’invasion russe, l’entreprise Antonov a délocalisé son siège historique de Kiev à Leipzig, qui est un hub logistique important pour l’Allemagne, siège de la compagnie allemande DHL par exemple. » « C’est un avion ukrainien qui a été visé par les Russes, mais c’est une manière aussi de donner une leçon à l’Allemagne qui transporte une grande partie des équipements dédiés à la résistance ukrainienne », explique Guillaume Ancel. L’eurodéputé écologiste allemand Daniel Freund rappelle que « l’Allemagne est le pays européen qui soutient l’Ukraine le plus fortement au niveau financier ». 

De nouvelles sanctions contre la Russie

En réaction à cette attaque, l’Allemagne va fermer le dernier consulat russe sur son territoire, à Bonn (ouest), et le centre culturel russe de Berlin, aussi appelé « Maison russe », soupçonné d’héberger des espions du Kremlin. Berlin va par ailleurs proposer d’inscrire de nouvelles personnes de nationalité russe sur les listes de sanctions européennes.

Le ministre des affaires étrangères allemand a en outre promis de « renforcer la pression sur la flotte fantôme russe », désignant un ensemble de navires vieillissants au statut juridique opaque que la Russie utilise pour contourner les sanctions occidentales. Le gouvernement français proposera de nouvelles sanctions européennes à l’encontre de cette flotte fantôme. 

« D’autres mesures seront prises par les Européens, mais pas mises sur la table tout de suite, comme d’aider les Ukrainiens à mener des frappes encore plus sensibles sur l’économie russe et leur montrer qu’ils ont tout intérêt à s’arrêter », estime Guillaume Ancel. « Si le directeur de la CIA s’est déplacé à Moscou récemment c’est pour parler aux Russes de cette attaque et leur dire « ça suffit » et que sinon ils allaient obliger l’OTAN à riposter et à les entraîner dans une guerre dont personne ne veut. »

« L’Allemagne fait une erreur grossière », réagit Vladimir Poutine

Dans un communiqué publié sur Telegram, l’ambassadeur russe en Allemagne Sergueï Netchaïev a qualifié les « accusations » de Berlin de « non fondées, absurdes et contraires au bon sens », ajoutant que les sanctions constituaient « une escalade sans précédent des relations russo-allemandes et ne seront pas sans conséquences ».

« La provocation hâtivement montée à l’aéroport de Leipzig sert exclusivement les objectifs du régime de Kiev, de l’aile militariste de la classe politique européenne et des magnats du complexe militaro-industriel intéressés à alimenter le conflit ukrainien », a-t-il affirmé.

« Je pense que c’est une nouvelle erreur grossière. Et, à mon avis, elle va clairement à l’encontre des intérêts du peuple allemand », a renchéri le président russe Vladimir Poutine, depuis Bichkek au Kirghizstan.

D’autres attaques de ce type depuis 2022

Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, l’Allemagne et plusieurs autres Etats européens imputent régulièrement au Kremlin des opérations de déstabilisation, d’espionnage et de sabotage sur leur sol.

« La Russie teste constamment l’OTAN, l’Union européenne, observe quelle est leur réaction, quelle est la protection de leur espace aérien. Des drones et des missiles tombent, soi-disant par erreur, en Estonie, en Bulgarie, en Pologne… », rappelle Daniel Freund. 

Mardi, un engin explosif artisanal a endommagé plusieurs lignes électriques près d’une centrale thermique de l’est de l’Allemagne, a annoncé la police sans en dire davantage sur les suspects.

« Les Russes espèrent créer des divisions au sein des pays européens avec ce type d’attaque. Il va y avoir des élections régionales dans l’est de l’Allemagne et ils ont choisi ce moment pour attaquer », analyse l’eurodéputé allemand. « Les responsables politiques allemands espèrent que cette attaque ne va pas avoir trop de retentissement dans le pays et impacter ces élections (du 6 et 20 septembre). » Un scrutin où le parti d’extrême droite AFD, pro-russe, a une forte chance de conquérir un Land, ce qui serait une première dans l’histoire allemande depuis la Seconde guerre mondiale. 

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