Germany Extreme Weather Heat
Des ouvriers à Francfort, en Allemagne. (AP Photo/Michael Probst)

Espagne, Italie, Pays-Bas, Allemagne… Quelles mesures prennent les autres pays européens pour s’adapter aux fortes chaleurs ?

Dans toute l’Europe, les records de chaleur tombent et l’adaptation des infrastructures au réchauffement climatique fait débat. En France, les critiques se concentrent beaucoup sur l’école et les lieux de travail, où plusieurs de nos voisins ont adopté des règles précises et contraignantes.
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La France n’est pas la seule à suffoquer. C’est toute l’Europe occidentale qui est touchée depuis une semaine par une spectaculaire vague de chaleur, un mois seulement après la dernière, déjà inédite pour un mois de mai. Jeudi, environ 100 millions d’Européens ont affronté des températures supérieures à 35 °C. Et hors Turquie, quasiment tout le Vieux continent a connu au moins un pic au-dessus des 30 °C. Après la France, c’est le Royaume-Uni qui a battu un record de chaleur sur une journée mercredi.

Ce qui pousse les pays européens à engager depuis plusieurs années de nouveaux dispositifs pour s’adapter à ces envolées caniculaires. Écoles, hôpitaux, lieux de travail, centres urbains… tour d’horizons des mesures prises par nos voisins et de leurs difficultés pour maintenir les corps à l’abri de la chaleur.

Congé climatique et îlots de fraîcheur, le « modèle » espagnol

Plus habituée aux étés brûlants que ses voisins, l’Espagne est souvent citée comme un modèle. Ce qui n’a pas empêché la survenue de 212 décès pouvant être attribués à la canicule entre le 21 et le 24 juin, selon l’Institut de santé Carlos III à Madrid.

Le dispositif le plus connu, que les Écologistes français souhaitent aujourd’hui reprendre, n’est pas spécifique aux fortes chaleurs mais peut s’y appliquer : il s’agit du congé climatique, instauré en 2024 dans la foulée des inondations meurtrières qui ont ravagé le sud-est de l’Espagne et provoqué le décès de 230 personnes. Depuis, les salariés espagnols peuvent bénéficier jusqu’à quatre jours de congés payés lorsque les autorités recommandent de ne pas se déplacer en raison d’un phénomène météorologique extrême.

Le congé est ouvert aux salariés en cas d’alerte orange ou rouge déclenchée par l’Agence de météorologie espagnole, ou lorsque la Protection civile estime qu’il est impossible d’exercer son activité en toute sécurité. C’est actuellement le cas puisque quasiment l’intégralité du territoire est a minima en alerte orange. Du 15 juin au 15 septembre, les services publics et entreprises peuvent également aménager la journée de travail, en décalant les horaires de 8h à 15h.

L’Espagne est aussi pionnière dans la mise en place d’îlots de fraîcheur dans les grandes villes. Barcelone est en l’exemple le plus éclatant : la ville a décidé de s’appuyer sur un maillage très resserré de lieux maintenus au frais et ouvert au public. Bibliothèques, salles de sport, parcs, cours d’écoles, centres culturels… ces de plus de 400 refuges climatiques parsèment la ville. Désormais, 99 % des Barcelonais se trouvent à moins de 10 minutes à pied d’un de ces lieux. C’est aussi l’objectif que se fixent de nombreuses communes.

Reste que le pays demeure en retard sur la climatisation de ses installations scolaires, un enjeu loin d‘être propre à la France. L’enveloppe de 70 millions d’euros que lui consacre l’exécutif espagnol reste modeste.

En Italie, l’épineuse question des congés scolaires

Confronté au même problème, l’Italie réfléchit à fermer ses classes face aux températures estivales intenables. Lors de la rentrée 2025, marquée par un mercure frôlant les 30 °C, les syndicats ont réclamé un allongement des congés. Une solution délicate à mettre en œuvre puisque les élèves italiens bénéficient déjà des vacances d’été les plus longues d’Europe (de début juin à mi-septembre). L’idée de repousser la rentrée au 1er octobre a finalement été écartée, principalement en raison de l’impossibilité pour les parents de garder les enfants.

Côté entreprise, un accord national a été conclu en juillet 2025. Il permet désormais de déclencher un dispositif de chômage technique dès que la température dépasse les 35 °C, garantissant l’indemnisation des heures non travaillées. Une mesure visant à protéger la santé des salariés lors des pics de chaleur tout en atténuant le choc économique pour les employeurs. Dans plusieurs régions, cette règle s’est traduite par une interdiction stricte de travailler entre 12 h 30 et 16h. Une restriction qui cible en priorité les secteurs les plus exposés comme le BTP, l’agriculture et la logistique.

Priorité à la végétalisation des villes aux Pays-Bas

Le pays est précurseur dans la végétalisation des centres urbains, une politique d’abord mise en œuvre pour le bien-être des piétons et cyclistes puis étoffée depuis une dizaine d’années pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Se développent ainsi des « tiny forests », soit des petits forets au cœur des zones les plus bétonnés, capable de faire gagner plusieurs degrés. La capitale, Amsterdam, est à la pointe. Les espaces verts représentent ainsi environ 12 % de la surface de la ville, ce qui correspond à une fourchette de 360 000 à 400 000 arbres.

En Allemagne, des seuils de température fixés dans la loi

Contrairement au droit français, qui ne fait mention d’aucun seuil de chaleur, le Code du travail allemand prévoit des règles précises lorsque certaines températures sont dépassées. Trois seuils sont précisés (26, 30 et 35 °C), chacun débloquant de mesures obligatoires que doivent prendre les employeurs. Il peut s’agir de dispositions très diverses, allant de l’installation de ventilateurs à l’aménagement des horaires.

Pour l’école, ce sont les différentes régions, les fameux « Länder », qui ont la main et fixent les seuils de température. À elles de placer le curseur de chaleur qui ouvre aux élèves le « hitzfrei » – soit la dispense pour raison de chaleur. Il s’agit généralement d’une dispense pour les cours de l’après-midi.

Toute l’Europe concernée

Autant de mesures essentielles alors que ce genre de coup de chaud a toutes les chances de se reproduire fréquemment, possiblement en pire, dans les prochaines décennies. La tendance s’accélère déjà : le World Weather Attribution, un réseau de scientifiques capable de déterminer dans quelle mesure un événement météorologique est attribuable au réchauffement climatique, note ce vendredi que la canicule actuelle n’avait quasiment aucune chance de se produire il y a cinquante ans. Le surplus de température lié au réchauffement de la planète est évalué à 3,5 °C, soit peu ou prou ce qu’estimait une première étude de chercheurs du CNRS.

Rien d’étonnant puisque si la Terre connaît une température moyenne supérieure de 1,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, ce chiffre grimpe à 2,4 °C pour l’Europe. Le continent subit le phénomène plus que n’importe quel autre.

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