La succession d’Ali Khamenei a été annoncée ce matin par l’Assemblée des experts iranienne. Et, sans surprise, « la mort d’Ali Khamenei ne signifie pas la mort du régime iranien », selon Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques. D’après ce spécialiste, l’avènement d’une figure réformiste et modérée était difficile à imaginer.
Mojtaba Khamenei, un religieux iranien influent dans la sphère politique
Second fils d’Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei est un religieux iranien âgé de 56 ans. Proche des Gardiens de la Révolution, il n’a fait que peu d’apparitions publiques et n’a pas occupé de fonction exécutive avant d’être désigné guide suprême ce 9 mars. Membre du clergé chiite, il est resté discret mais a été l’un des proches conseillers de son père. Sa nomination concorde avec son élévation au rang d’ayatollah, plus haut rang religieux chiite.
L’Assemblée des experts, collège de 88 membres du clergé chargé de nommer le successeur d’Ali Khamenei, a assuré « ne pas avoir hésité une minute » à désigner Mojtaba Khamenei. Les frappes israéliennes du 3 mars ayant visé le siège du collège n’auront donc pas empêché le processus de transition.
Après l’annonce de la nomination à vie de Mojtaba Khamenei, les principales forces et institutions du pays ont soutenu son investiture : les Gardiens de la Révolution (armée idéologique iranienne), les forces armées et la police lui ont immédiatement prêté allégeance. Au-delà des frontières iraniennes, plusieurs alliés du régime ont successivement prêté serment au nouveau guide suprême : le Hezbollah au Liban, les rebelles houthis du Yémen et trois factions armées irakiennes.
« [Si] l’un des fils d’Ali Khamenei est [désigné], c’est la certitude que le conflit va durer », expliquait Pierre Razoux au Sénat le 4 mars dernier. Durant les frappes du 28 février, le nouveau guide suprême iranien a non seulement perdu ses deux parents, mais aussi son épouse et son fils. Proche des Gardiens de la Révolution, Mojtaba Khamenei devrait perpétuer l’exercice ferme du pouvoir iranien sur le modèle de son père.
Alors que Donald Trump prétend avoir un droit de regard sur la succession du pouvoir iranien, Israéliens et Américains ont déjà prévenu que « le nouveau guide suprême serait une cible ‘automatique’et ‘légitime’ ». Par ailleurs, Donald Trump a averti qu’il refuserait l’avènement au pouvoir de Mojtaba Khamenei.
Dès l’annonce de sa nomination, Mojtaba Khamenei a ordonné des frappes sur Israël et sur les infrastructures pétrolières des monarchies du Golfe, notamment à Bahreïn et en Arabie saoudite. Son arrivée au pouvoir ne laisse donc pas présager une pacification du conflit dans la région, alors que Donald Trump réclame une « capitulation inconditionnelle » du pouvoir iranien. Pour Pierre Razoux, une telle continuité du régime devrait conduire l’Iran à ouvrir « de nouveaux fronts : le terrorisme, la dimension économique, l’énergie et notamment le pétrole. En faisant remonter les prix du pétrole, l’Iran pénalisera les Etats-Unis qui seront sommés de mettre un terme à la guerre. »
La déstabilisation durable du Moyen-Orient s’acte également par l’avènement d’un régime « davantage militarisé, beaucoup plus nationaliste et moins idéologue » comme le décrypte Pierre Razoux. La capacité du régime iranien à rester en place malgré la mort d’Ali Khamenei démontre, selon le directeur académique, que « les Gardiens de la Révolution garderont une place centrale dans le régime ».
Seul espoir de pacification pour le spécialiste : la mort du nouveau guide suprême et l’avènement d’un « guide réformiste et modéré qui pourrait arriver pour négocier ».