Israel US Netanyahu trip
FILE - President Donald Trump answers a question from a reporter at the end of a news conference with Israel's Prime Minister Benjamin Netanyahu at Mar-a-Lago, Dec. 29, 2025, in Palm Beach, Fla. (AP Photo/Alex Brandon, file)/NYPS210/26040486643425/FILE/2602091440

Trump insulte Netanyahou : « Israël n’a ni les moyens, ni l’intention de rompre avec les États-Unis »

Selon le média américain Axios, Donald Trump a qualifié Benjamin Netanyahou de « complètement fou » au cours d’une conversation téléphonique, et l’a accusé de mettre en péril les négociations avec l’Iran. Pour André Kaspi, historien et spécialiste de la politique américaine, cette brusque montée de tension illustre les divergences d’intérêts entre les deux pays sur la guerre au Moyen-Orient.
Steve Jourdin

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Tout d’abord, est-ce que cette information du média américain Axios vous semble crédible ?

Oui, mais la vraie question est de savoir comment cette conversation est arrivée jusqu’à Axios. En général, lorsque Trump téléphone à Netanyahou, il n’invite pas le public à écouter l’échange. Les deux hommes sont très proches. Pour Netanyahou, Trump est une connaissance ancienne. Pour Trump, Netanyahou est l’un des alliés les plus fidèles, mais aussi un dirigeant politique fragilisé, menacé de perdre le pouvoir lors des prochaines élections israéliennes.

Cette fuite semble provenir de l’administration Trump. Il faut néanmoins constater que la situation est complexe : Israël considère toujours que le nord du pays est menacé par les missiles du Hezbollah. De son côté, le Liban fait partie des négociations que Trump mène avec l’Iran, lequel ne souhaite pas abandonner ses positions d’influence au Pays du Cèdre.

 

Cela illustre-t-il des différences de ligne entre les deux pays sur la guerre contre lIran ?

Les intérêts israéliens ne sont pas exactement les mêmes que les intérêts américains. Pour les deux dirigeants, l’Iran est un adversaire. Mais pour Trump, c’est surtout un adversaire avec lequel il faut parvenir à un accord. L’absence de négociation perturbe son calendrier politique.

La fermeture durable du détroit d’Ormuz, par exemple, constituerait une catastrophe pour l’économie mondiale et américaine. Pour les Israéliens, la priorité est davantage le Liban, pays voisin où le Hezbollah, malgré l’élimination d’Hassan Nasrallah et les revers qu’il a subis, semble aujourd’hui se reconstituer progressivement.

 

Que sait-on de la relation entre les deux hommes ?

Tous les responsables politiques se servent de leurs alliances, mais pour Netanyahou, avoir Trump à la Maison-Blanche constitue un atout majeur : c’est un allié sur lequel il peut compter. Pour Trump également, Netanyahou représente un partenaire relativement fiable dans une région instable.

Cependant, Netanyahou défend avant tout les intérêts d’Israël, tandis que Trump défend ceux des États-Unis. Lorsque ces intérêts convergent, tout se passe bien. Lorsqu’ils divergent, des tensions apparaissent naturellement.

 

La relation entre les États-Unis et Israël est-elle en péril ?

Israël n’a ni les moyens, ni l’intention de rompre avec les États-Unis. La sécurité israélienne repose à la fois sur ses propres capacités militaires et sur le soutien américain. Une rupture affaiblirait considérablement son indépendance stratégique.

Pour les États-Unis, la situation est différente. Israël est un allié essentiel, mais Washington poursuit aussi d’autres objectifs dans la région : maintenir sa présence dans le Golfe, préserver la liberté de circulation maritime, sécuriser l’accès aux ressources énergétiques et encourager les États arabes à rejoindre les accords d’Abraham.

Pour Israël, l’alliance américaine est fondamentale. Pour les États-Unis, Israël n’est qu’un élément d’une stratégie régionale plus large.

 

Un nouveau cycle de négociations entre émissaires libanais et israéliens doit se tenir mardi à Washington. Donald Trump peut-il sortir renforcé dun éventuel accord ?

La vraie question est de savoir jusqu’à quel point le Liban est maître de son destin. Le pays reste relativement démocratique, mais le Hezbollah y occupe une place croissante. Certes, plusieurs de ses principaux dirigeants ont été éliminés ces derniers mois, mais l’organisation semble retrouver progressivement des capacités d’action. Or, plus le Hezbollah est fort, plus l’État libanais est faible.

Les discussions sont encouragées par les États-Unis, mais les Israéliens considèrent que tant que le Hezbollah restera présent et armé sur le territoire libanais, leur sécurité ne sera pas pleinement garantie.

 

Donald Trump lie-t-il laccord avec lIran à un arrêt des hostilités entre Israël et le Liban ?

Trump ne se préoccupe pas particulièrement du Liban en lui-même. Sa priorité est de parvenir à un accord avec l’Iran. Pour y parvenir, il a besoin d’un environnement régional stable, aussi bien dans le Golfe qu’au Liban. Tout ce qui peut compromettre les négociations avec Téhéran devient donc un problème pour lui.

 

Que pourrait présenter Donald Trump à son électorat comme une victoire à lapproche des élections de mi-mandat ?

Une victoire serait, à ses yeux, un accord dans lequel l’Iran renoncerait à son programme nucléaire militaire et accepterait de remettre son stock d’uranium enrichi. Mais connaissant Trump, pratiquement n’importe quel accord pourrait être présenté comme un succès.

Il affirmerait avoir rétabli la paix dans la région et obtenu ce que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à obtenir. Il a besoin d’afficher des résultats, notamment à l’approche du 250e anniversaire de l’indépendance américaine et des élections de mi-mandat. Son intérêt politique est de mettre fin à ce conflit avec l’Iran, qui devait durer quelques jours, mais qui se prolonge désormais depuis plusieurs mois.

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