Relations Etats-Unis/ UE : « L’Europe doit savoir parler le langage de la brutalité et du rapport de force » 

Invité de la matinale de Public Sénat, François Heisbourg conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique revient sur la nécessité pour l’Europe de s’affirmer face aux Etats-Unis notamment en matière de défense.
Henri Clavier

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Les tensions entre les Etats-Unis et les pays européens ont atteint un nouveau pic lorsque le président américain a annoncé, le 1er mai, le retrait de 5 000 soldats postés en Allemagne. Depuis, Donald Trump a menacé d’aller encore plus loin et d’accélérer le retrait des troupes américaines présentes en Europe. Un choix qui ressemble à un coup de pression adressé aux Européens afin de les pousser à soutenir l’opération américaine contre l’Iran alors que l’administration américaine agite régulièrement la menace d’un retrait des 86 000 troupes américaines présentes en Europe. Un bras de fer permanent qui illustre, selon François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, le « mépris absolu » de Donald Trump pour les Européens. 

Créer un rapport de force 

Pour François Heisbourg, auteur de « L’Europe face aux prédateurs » (Odile Jacob), les Etats-Unis et l’administration Trump ont fait de l’Europe un adversaire stratégique et commercial. Selon ce dernier, avec le retrait des soldats américains en Allemagne, Donald Trump à chercher à punir les Européens et spécifiquement « l’Allemagne qui est nettement plus vulnérable ». Compte tenu de ces méthodes, « l’Europe doit savoir parler le langage de la brutalité et du rapport de force », estime François Heisbourg. C’est d’ailleurs cette approche qui a permis d’éviter une prise de contrôle américaine du Groenland. « Les Européens l’ont empêché de s’emparer du Groenland » car « ils ont joué le rapport de force », rappelle François Heisbourg. 

L’Europe reste dépendante des Etats-Unis en matière d’armements 

La capacité des Européens à imposer un rapport de force est cependant minimisée par la dépendance européenne en matière de défense et de sécurité. En effet, 48 % des armes importées par des pays européens proviennent des Etats-Unis, un chiffre qui monte à 64 % pour les pays européens appartenant à l’Otan. Le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, a d’ailleurs assuré que les Européens avaient reçu « cinq sur cinq » le message de Donald Trump. 

Néanmoins, la guerre en Iran a accaparé les capacités de production américaine au détriment de ses partenaires européens. « Le fait est que les Etats-Unis nous ont aussi indiqué que les Européens ne seraient pas livrés de sitôt pour des armes qu’ils ont déjà payées », explique François Heisbourg. Fin avril, les Etats-Unis ont reporté la livraison d’armements destinés à certains pays baltes et scandinaves. « Les Etats-Unis ne sont même pas en mesure de fournir la carotte avec laquelle certains espèrent maintenir les liens. Nous sommes dans l’obligation de nous débrouiller par nous-mêmes », constate François Heisbourg. Des évolutions qui, selon le chercheur, démontrent que la France, en ayant voulu développer le concept d’autonomie stratégique, a « gagné la bataille intellectuelle et conceptuelle ».

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