« Un point de rupture ». C’est en ces termes que les Nations unies ont qualifié le mois dernier la hausse des violences commises par des colons israéliens contre les habitants palestiniens de la Cisjordanie occupée.
Selon le récent rapport de l’ONG internationale Human Rights Watch, « la violence des colons a connu un pic en mars et avril 2026, avec des meurtres, y compris d’enfants, ainsi que des agressions, des violences sexuelles, des maltraitances physiques et psychologiques, des détentions arbitraires, des incendies criminels, des destructions de biens et des vols. »
Cet été, l’opinion occidentale et notamment américaine a été marquée par l’appel à l’aide d’un Américano-Palestinien Louai Abu Ridi qui possède l’une des trois maisons que des colons ont assiégées dans le village de Qusra, proche de Naplouse (nord).
Ces violences virent parfois au bain de sang. Vendredi 24 juillet, 4 Palestiniens et 2 Israéliens ont été tués dans un affrontement meurtrier à Tell, dans le nord de la Cisjordanie occupée, après l’assaut d’une vingtaine de colons dans le village.
Les militants israéliens qui viennent en aide aux habitants palestiniens sont aussi attaqués régulièrement par les colons, comme ce fut le cas mardi 25 août dans le village de Jannatah, près de Bethléem, lors d’une visite de solidarité de ces militants. Trois journalistes de l’Agence France Presse qui couvraient l’événement ont subi également des jets de pierre de la part des colons et ont vu leurs véhicules endommagés.
Des violences en hausse depuis fin 2022
« Depuis fin 2022 et la création de la coalition de gouvernement entre Benjamin Netanyahou et l’extrême droite israélienne, on constate une hausse des violences physiques des colons israéliens contre la population palestinienne de Cisjordanie occupée », analyse Damien Simonneau, maître de conférences à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales). « Ces violences des colons ne sont pas nouvelles, mais ce qui a changé, c’est qu’elles provoquent de nombreux déplacements de populations palestiniennes. Un exemple, les violences et les destructions de logements ont forcé à partir l’an dernier des habitants du village Masafer Yatta, près d’Hébron, au sud de la Cisjordanie. Ce qui fait craindre un nettoyage ethnique. Plusieurs rapports des Nations Unies ou d’associations sur place en attestent. »
Pour rappel, 700 000 Israéliens vivent en Cisjordanie, territoire occupé illégalement depuis 1967 selon le droit international, et qui compte 3 millions d’habitants palestiniens.
Parmi ces colons israéliens, il faut distinguer plusieurs groupes sociologiques selon le chercheur. « Il y a les colons institutionnalisés qui parlent directement avec le gouvernement, comme les conseils de maires des colonies, ensuite vous avez des lobbys de colons issus de la société civile et puis des petites milices insaisissables composés de jeunes, souvent en rupture avec leurs familles, et qui sont tombés dans un délire de revivre comme aux temps bibliques. »
Face à ces groupes de colons violents, que fait l’armée israélienne ?
« C’est l’une des grandes questions des observateurs de ce territoire, quel est le niveau d’implication de l’armée dans ces violences ? », reconnaît Damien Simonneau. « Si on prend l’exemple du siège du village de Qusra cet été par les colons israéliens, des images du média israélien Haaretz ont clairement montré que les soldats de Tsahal avaient participé à la fermeture du village. L’armée a des liens avec les colons. Elle les forme à la sécurité civile. Ensuite vous avez des soldats qui sur le plan idéologique ne cachent pas qu’ils sont favorables à la colonisation de la Cisjordanie. »
En campagne électorale, Netanyahu appelle à « une grande vague d’immigration » en Cisjordanie
Cette montée des violences en Cisjordanie est aussi alimentée par la campagne des élections législatives en Israël (le scrutin aura lieu le 27 octobre) qui s’annoncent très serrées. « Selon les sondages actuels, le parti Likoud de Benjamin Netanyahu n’a pas de majorité seul et va peut-être devoir reformer une coalition avec l’extrême droite israélienne représentée notamment par l’actuel ministre des Finances et colon Bezalel Smotrich qui prône tout simplement l’annexion de la Cisjordanie et son nettoyage ethnique », analyse Damien Simonneau.
Mardi soir, le Premier ministre israélien, lors d’un événement organisé à Jérusalem par des maires de colonies, a d’ailleurs salué la création de près de 300 colonies et avant-postes agricoles en Cisjordanie occupée depuis l’arrivée de son gouvernement au pouvoir. S’adressant au public, il a martelé : « Vous réalisez la vision de la Terre d’Israël, et cette terre est la nôtre. Vous préparez le terrain pour une grande vague d’immigration qui arrivera », a-t-il ajouté, saluant « un effort considérable du gouvernement pour réaliser la vision de générations ».
Quelle réaction occidentale ?
Face à cette colonisation violente en Cisjordanie, la réaction occidentale ne semble produire aucun effet. « Plusieurs pays européens dont la France ont condamné récemment le projet immobilier E1, jouxtant Jérusalem Est, qui va couper la Cisjordanie en deux du nord au sud. Mais cela reste du déclaratif », observe le maître de conférences de l’INALCO. « Néanmoins, l’Union européenne a élargi la liste des colons israéliens violents dont les visas ont été retirés et les avoirs gelés. Le seul pays qui peut avoir une influence sur Israël, ce sont les Etats-Unis de Donald Trump. Et ils semblent dans l’expectative sur ce sujet de la colonisation. »
Toujours est-il que dans ce contexte, la solution à 2 Etats, défendue par de nombreux pays occidentaux, dont la France, qui a reconnu l’an dernier l’Etat palestinien, semble s’éloigner de plus en plus. Selon Damien Simonneau, « cette solution à 2 Etats n’est désormais portée que par très peu de partis politiques lors de ces élections israéliennes, tant le traumatisme du 7 octobre reste fort pour l’opinion publique… »