Enfants placés : le combat du sénateur Xavier Iacovelli pour leurs droits

Longtemps, les enfants de l’aide sociale à l’enfance n’ont pas intéressé grand monde. Mais ces dernières années, à la suite de drames, et grâce la mobilisation d’anciens enfants placés, les choses bougent. Le sénateur RDPI des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli a fait de ces enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) son combat politique. Des Hauts-de-Seine jusqu’au Sénat, il se bat désormais pour leurs droits.
Jérôme Rabier

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Pour Xavier Iacovelli, le 12 décembre 2019 est gravé dans sa mémoire. Ce jour-là, dans sa ville de Suresnes, où il vit et est élu municipal, un drame survient. Un jeune de 17 ans meurt poignardé par un autre jeune de 15 ans, dans un hôtel social de la ville.

Le sénateur des Hauts-de-Seine découvre alors que dernière ce meurtre, une autre tragédie se déroule. Jess, la victime, comme son agresseur, sont des jeunes de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) logés dans cet hôtel qui accueille aussi des sans domicile fixe. Pire, ils sont 29 mineurs à vivre là, presque en autonomie, les éducateurs passant parfois pour leur donner des tickets-restaurant.

Un électrochoc pour Xavier Iacovelli, qui découvre une réalité : le département des Hauts-de-Seine, présidé alors par Patrick Devedjian, loge ainsi près de 600 mineurs dont il a la responsabilité. Le département est pourtant l’un des plus riches de France.

« Ce drame qui s’est passé à proximité de chez moi m’a poussé à m’engager complètement dans la protection de l’enfance et à faire de cette cause, celle de mon mandat » explique le sénateur, qui passe encore régulièrement devant les lieux du drame, situé à quelques encablures de sa permanence parlementaire.

Une politique longtemps délaissée

Le drame servira aussi de révélateur pour les pouvoirs publics. Des enquêtes administratives sont ordonnées. Elles révèlent que dans le pays, 10 000 à 20 000 mineurs sont logés dans des structures précaires, hôtels ou même parfois campings. Placés là par des départements qui n’ont pas développé les structures à même de les accueillir dans de bonnes conditions.

Car ce sont bien les départements qui ont cette charge de protection de l’enfance. En particulier des jeunes retirés de leur milieu familial, et que la justice a décidé de confier à l’ASE. Ils sont plus de 220 000 dans ce cas.

Depuis ce drame de Suresnes, les choses bougent. L’hébergement en hôtel a été interdit en 2022, par la loi Taquet, du nom du secrétaire d’Etat à l’Enfance Adrien Taquet. La mesure est devenue effective en 2024.

Une nouvelle politique dans les Hauts-de-Seine

Dans les Hauts-de-Seine aussi, l’aide sociale à l’enfance est redevenue une priorité. C’est d’ailleurs depuis peu le premier budget du département, qui y consacre 250 millions d’euros en 2026. « Parce que le président Georges Siffredi en a fait une priorité » assure Xavier Iacovelli, qui se désespère que cela dépende du bon vouloir des présidents de départements, provoquant des inégalités territoriales. Dans les Hauts-de-Seine, un grand plan d’investissement a été lancé, pour ouvrir des structures, en rénover d’autres, et recruter du personnel.

La pouponnière du Plessis-Robinson, elle, est l’héritière d’une institution quasi centenaire. Depuis 1927, cette structure existe dans le département, même si elle a déménagé d’Antony en 2000. Elle accueille les enfants retirés à leurs parents dès leur plus jeune âge. De 7 jours à 3 ans.

C’est la deuxième fois que Xavier Iacovelli y vient rencontrer les équipes, pour échanger sur les conditions de travail et les moyens alloués à la structure. Si le bâtiment a bien besoin d’une rénovation d’ampleur, déjà programmée, l’accueil des enfants se fait ici dans de bonnes conditions.

En salle de motricité, le sénateur vient partager un moment avec quelques enfants placés ici, et leurs auxiliaires de puériculture. Alison Duarte est rentrée comme stagiaire à la pouponnière, et n’a jamais voulu repartir. « Quand on fait ce métier avec ces enfants, on le fait par conviction » dit-elle.

L’idéal, pour ces enfants, est de rester un court moment en pouponnière, avant d’espérer un placement en famille d’accueil, plus individualisé. Mais dans son groupe de 5 enfants, seulement un doit avoir cette chance dans les prochaines semaines. « On manque de familles d’accueil ? » interroge Xavier Iacovelli. « Oui » lui confirme l’auxiliaire de puériculture, qui déplore qu’« avant on en avait beaucoup plus, et c’est ce qui est préconisé, bien mieux que la collectivité ».

Normalement, un placement en pouponnière est prévu pour quatre mois, renouvelable une fois. Mais dans les faits, il n’est pas rare que l’attente se prolonge. Le département en est conscient, et cherche à recruter des assistants familiaux. Y compris hors du département.

Pour le sénateur, il faut surtout revaloriser ce métier, et mieux accompagner les familles d’accueil. S’il le faut, en leur offrant des moments de répit, sans enfant placé sous leur responsabilité, alors que leur fonction est très prenante. Ce droit, prévu initialement dans la loi Taquet de 2022, est finalement devenu optionnel dans la version définitive de la loi. Un chantier que le gouvernement a promis de rouvrir, sans effet pour l’instant.

 

L’intégralité du reportage « Xavier Iacovelli, son combat pour les enfants placés », est à retrouver sur cette page.

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