Label « Les plus belles fêtes de France » : « Le concept était malhonnête », témoigne devant le Sénat, la maire de Bazas

Auditionnées la semaine dernière par la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques, Fanny Chappé et Isabelle Dexpert, respectivement maires de Paimpol et de Bazas, sont revenues sur les raisons qui les ont conduites à ne pas s’engager au sein du label « Les plus belles fêtes de France », une association éphémère financée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin qui proposait des aides financières aux communes pour organiser des évènements moyennant certaines contreparties.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En septembre 2024 une association « Les plus belles fêtes de France » est créée grâce à un financement de 81 000 euros en provenance du « fonds du Bien commun » appartenant au milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. Cette association a pour objectif de créer « un label, une marque « qui propose des subventions, des formations au mécénat, une mise en relation avec des sponsors pour permettre aux élus locaux d’organiser des fêtes ancrées dans la tradition de leur territoire », a résumé, la semaine dernière Colombe Brossel, la rapporteure socialiste de la commission d’enquête sur le financement des politiques publiques par des organismes privés, en introduction de l’audition de Fanny Chappé et Isabelle Dexpert, respectivement maires de Paimpol et de Bazas.

Les deux élues ont pu exposer la mauvaise expérience qu’elles ont vécue au contact de ce label qui n’a plus d’activité depuis. C’est par « bouche à oreille » qu’Isabelle Dexpert a entendu parler, la première fois  des « Plus belles fêtes de France ». Elle les sollicite en 2025 pour l’organisation de la traditionnelle Fête des Bœufs Gras prévue en février de l’année suivante. Elle se dit rassurée en voyant le logo du Sénat sur la plaquette de présentation de l’association. « Ça semblait sérieux », indique-t-elle. La subvention maximale est alléchante : 7 000 euros. Mais la ville ne pourra compter finalement que sur 1 000 euros. Cette subvention est néanmoins conditionnée au paiement de cotisations annuelles, l’obligation d’acheter des panneaux d’entrées de ville avec le logo du label et l’acquisition d’exemplaires du guide Michelin. « Nous étions donc sur une dépense pour la ville de Bazas de 1 400 euros pour une subvention de 1 000 euros. Ce n’est pas la meilleure affaire que j’ai pu faire », a-t-elle ironisé.

« On essayait de profiter de nous politiquement »

La maire a donc « dénoncé » la convention qui liait la ville au label « Les plus belles fêtes de France ». « J’ai considéré qu’on s’était moqué de nous », explique-t-elle. Elle est ensuite alertée par ses administrés sur l’origine de cette association. « J’ai considéré que le concept était malhonnête et qu’on essayait de profiter de nous politiquement et que notre fête, nos éleveurs, nos habitants ne méritaient pas ça ».

Fanny Chappé, la maire de Paimpol a eu affaire au label « Les plus belles fêtes de France » pour l’organisation de la fête des Islandais. « C’est le label qui est venu à nous sous forme d’appel à projet le 14 novembre 2024 […] Dans ce courrier, il est indiqué que les 10 communes lauréates bénéficieraient d’une bourse de 5000 euros, une invitation à une soirée escale du patrimoine vivant au Sénat, et un bon pour un reportage photo, vidéo », décrit-elle.

« Aujourd’hui, je ne sais pas comment aller chercher des partenaires privés »

La ville de Paimpol candidate et est retenue par l’association. Informée par le président du festival des Chants Marins sur les liens entre l’association et Pierre-Edouard Stérin, elle réunit son équipe municipale. « Et à la lecture d’articles dans la presse, nous avons envoyé un mail pour dire que nous nous retirions du label, sachant que le nom de la ville de Paimpol était déjà sur le site. Il n’y a eu aucun engagement de notre part, ni subvention accordée ».

Parmi les pistes qui pourraient sécuriser leur fonction de maires et la transparence nécessaire à leur prise de décision, les élus ont esquissé la piste d’une labélisation de l’Etat pour tout soutien et partenariat proposés aux collectivités.

Une proposition saluée par les élues. « Avec une baisse des dotations de l’Etat, si on veut soutenir les associations on nous pousse à aller chercher des soutiens privés. On ne m’y reprendra pas », indique la maire de Paimpol. Aujourd’hui, je ne sais pas comment aller chercher des partenaires privés, des mécènes. Je n’ai pas de filet. Je n’ai pas de formation. Je ne sais pas qu’elle filtre je dois poser. On n’a pas les moyens de faire des recherches et d’enquêter ».

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Grégoire 2
20min

Parlementaire

« On n'a jamais caché de pédophiles à la ville de Paris » : revivez l'audition d'Emmanuel Grégoire au Sénat sur le scandale du périscolaire

L'actuel maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, a été auditionné ce mercredi 16 septembre par la commission d’enquête du Sénat sur les violences sexuelles dans le périscolaire en France. Alors que les signalements ont explosé à Paris entre 2025 et 2026, l’édile est visé par des investigations pénales, notamment pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et non-dénonciation d’agression.

Le

Label « Les plus belles fêtes de France » : « Le concept était malhonnête », témoigne devant le Sénat, la maire de Bazas
5min

Parlementaire

« Jugez-nous sur nos résultats ! » : l’Ademe défend son périmètre face aux ambitions de la droite sénatoriale

Auditionné mardi 15 septembre par la commission spéciale chargée d’examiner la proposition de loi sur l’agencification, le président-directeur général de l’Ademe, Sylvain Waserman a fermement contesté l’idée d’une agence « hors de contrôle » et mis en garde contre une proposition de loi de la droite sénatoriale, qui, en la recentrant sur les seules entreprises, la priverait de son rôle auprès des collectivités.

Le

Label « Les plus belles fêtes de France » : « Le concept était malhonnête », témoigne devant le Sénat, la maire de Bazas
5min

Parlementaire

Périscolaire : Jean-Michel Blanquer défend une « vision globale du temps de l'enfant » devant le Sénat

Auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire, Jean-Michel Blanquer l’ancien ministre de l’Éducation nationale (2017-2022) est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythmes scolaires. Il a surtout plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances.

Le

Label « Les plus belles fêtes de France » : « Le concept était malhonnête », témoigne devant le Sénat, la maire de Bazas
6min

Parlementaire

Périscolaire : l’ancien ministre de l’Éducation, Vincent Peillon appelle à « retisser la confiance » sans désigner de boucs émissaires

Devant la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire, Vincent Peillon a défendu sa réforme des rythmes scolaires de 2013, tout en reconnaissant ses limites. Pour l'ancien ministre de l'Éducation nationale, le vrai problème reste ailleurs : le manque de reconnaissance, la précarité et l'insuffisante formation des animateurs chargés des enfants hors temps scolaire.

Le