Le Pen ok
Crédit : SEBA/SIPA

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».
François Vignal

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Il n’y a pas de hasard. C’est en plein milieu du débat entre candidats à la présidentielle, au Medef, que l’information est tombée. François Durvye, conseiller économique du président du RN, Jordan Bardella, « ne participera pas à la campagne de Marine Le Pen », a révélé Le Figaro. Au même moment, la candidate du parti à la flamme répond aux questions des chefs d’entreprise… Le timing laisse songeur.

Marine Le Pen affirme avoir « souhaité » qu’il ne participe pas à la campagne

Ce sera donc sans lui. Ce membre de l’équipe Bardella ne sera pas dans l’équipe de campagne. S’il n’est pas connu du grand public, François Durvye jouait un rôle important ces derniers mois sur les sujets économiques, en aidant le parti d’extrême droite à resserrer ses liens avec les milieux entrepreneuriaux, en jouant le rôle de pont. Mais ce polytechnicien de 43 ans ne pouvait pas défendre devant les milieux économiques la ligne de la candidate, notamment sur les retraites.

Les raisons du départ du conseiller ne sont pas claires. Car Marine Le Pen soutient que ce n’est pas lui qui part… mais elle qui le vire. Le déplore-t-elle ? « Non, parce que je l’ai souhaité. Donc je ne le déplore pas », a assuré au micro de BFMTV la candidate. Pour un proche de Marine Le Pen contacté par publicsenat.fr, l’épisode n’aurait rien d’exceptionnel. « Il n’est pas d’accord avec la ligne. Rien de très original. Il est remercié », résume ce responsable du Rassemblement national.

« Les retraites sont un prétexte »

« Il faut y voir le signe peut-être d’un désaccord personnel entre Marine Le Pen et François Durvye sur un plan programmatique », ajoute pour sa part le sénateur RN du Nord, Joshua Hochart, qui pense que « c’est surtout une histoire de personnes, il faut une équipe resserrée, qui s’entend bien avec la candidate ». Et ne plus travailler ensemble, « si les deux personnes ne s’entendent pas, c’est mieux », ajoute le sénateur RN.

La question des retraites est évoquée comme point de crispation. Le conseiller voulait supprimer la référence à l’âge dans un projet de nouvelle réforme. « Peut-être que c’est lié aux retraites, avec un désaccord entre Marine Le Pen et François Durvye, qu’il ne voulait pas défendre. Visiblement, il n’y avait pas consensus », pense encore Joshua Hochart. Mais selon un proche de Marine Le Pen, « les retraites sont un prétexte. Si un jour sont publiées les notes qu’il faisait… tout le monde verra que le problème n’était pas programmatique », lâche ce fidèle, sans vouloir en dire plus.

Peau de banane

Reste que sortir cette info, alors que Marine Le Pen fait son grand oral devant le Medef, constitue une belle peau de banane pour celle qui a besoin encore de convaincre dans le domaine. On se souvient que les commentateurs avaient pointé son manque de solidité sur l’économie lors du débat d’entre-deux-tours avec Emmanuel Macron, en 2017. « Le fait que ça sorte en plein débat, ça prouve qu’il n’était pas fiable, c’est le moins qu’on puisse dire… Et ça révèle un trait de caractère qui le suivra toute sa carrière. Ses futurs amis ou employeurs pourront se méfier », tacle le même proche de la candidate, cité plus haut.

Mais faut-il voir derrière François Durvye l’ombre de Jordan Bardella ? Il avait été embauché par le président du RN, qui était d’ailleurs absent au Medef. Hypothèse tentante, mais battue en brèche au parti. « Mais non enfin, Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point », recadre ce responsable RN. Un autre élu « ne pense pas » non plus qu’il s’agisse « d’une vacherie du camp Bardella », qui serait resté amer de ne pouvoir être le candidat.

« La haute fonction publique et les milieux financiers sont quelquefois en très grand décalage avec la réalité de terrain »

Ce départ rappelle aussi les deux lignes qui sont petit à petit apparues, au sein du RN, sur le plan économique, entre un Jordan Bardella, plus libéral et pro-business, et une Marine Le Pen, qui serait plus étatiste. Avec le départ de François Durvye, est-ce définitivement cette dernière vision qui l’emporterait ? « Je ne dirais pas ça. Je dirais simplement que la haute fonction publique et les milieux financiers sont quelquefois en très grand décalage avec la réalité de terrain », répond un historique du RN.

Pour un autre cadre du parti d’extrême droite, le départ – ou l’exclusion – du conseiller de la campagne ne change rien sur le fond. « Contrairement à ce que laisse étendre le papier du Figaro, la non-participation (et non le départ…) n’est pas une question de changement de ligne, puisque François Durvye avait notamment participé à la rédaction du livret éco et qu’il n’y a pas de rupture avec cette vision », soutient un cadre du parti d’extrême droite.

La ligne Le Pen ? « Du néo-gaullisme social : souveraineté/indépendance/Etat/solidarité nationale »

Reste qu’il y a pourtant bien deux sensibilités différentes au RN sur l’économie. « Il peut y avoir des débats », reconnaît Joshua Hochart, mais « comme il y en a quelques fois le mardi matin aux réunions de groupe ». « C’est le rôle des conseillers, tout le monde n’a pas à être d’accord dans une équipe. Puis c’est celle qui porte le projet, qui décide et qui tranche », ajoute le sénateur. Autrement dit, rien d’insurmontable.

Mais c’est quoi, au juste, la ligne économique de Marine Le Pen ? Au RN, un fidèle de la quadruple candidate à l’élection présidentielle la définit ainsi : « Du néo-gaullisme social : souveraineté/indépendance/Etat/solidarité nationale ». « C’est une ligne qui a fait la gloire du RN dans les territoires comme le Nord et le Pas-de-Calais, où Marine est élue. Mais aussi dans d’autres départements, à tendance plus libérale, du sud », souligne Joshua Hochart.

« Sa réforme des retraites ne plaît peut-être pas aux grandes entreprises »

Reste que sur le sujet des retraites, Marine Le Pen ne risque-t-elle pas de déplaire aux entreprises et de perdre le travail effectué ? Elle promet de rétablir un âge de départ minimal à 62 ans, voire 60 ans pour les personnes ayant occupé « un premier emploi significatif » à 20 ans ou moins. « Je ne suis pas sûr que les patrons de TPE/PME soient totalement opposés à la ligne de Marine Le Pen. Sa réforme des retraites ne plaît peut-être pas aux grandes entreprises, mais le problème, ce serait de changer en fonction de son auditoire en face », rétorque Joshua Hochart. Ou du conseiller du moment.

Marine Le Pen assure que ses liens avec les entrepreneurs n’en seront en rien changés. « Je ne m’étalerai pas dessus, mais nous avons beaucoup de contacts avec les chefs d’entreprise et nous continuerons à en avoir beaucoup, car ils sont importants pour la création de richesses dans notre pays, qui est absolument nécessaire pour le maintien d’un système de protection sociale efficient », a expliqué après le débat la candidate RN. Mais cette volonté de séduire les patrons montre la difficulté de l’une des équations à résoudre pour le RN : continuer à parler au plus grand nombre et aux classes populaires – la position sur les retraites en est l’illustration – tout en évitant de faire peur au monde de l’entreprise, en cas d’arrivée au pouvoir.

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