Photo illustration bois de sapin pour le chauffage
Credit:Mourad Allili/SIPA/2606191553

Climat : les forêts françaises, « puits de carbone » en danger, alerte l’ONG Canopée

Dans un rapport publié ce lundi, l'association de protection des forêts Canopée pointe la réduction de la surface des forêts françaises, puits de carbone qui compensent les émissions de CO2, et indispensables à l'objectif de neutralité carbone à horizon 2050. Une hausse des prélèvements de bois qui s'explique notamment par une hausse des usages énergétiques.
Simon Barbarit

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Alors que la France commence à sortir d’un épisode caniculaire, un rapport, rendu public ce lundi, entend mettre en lumière un « angle mort du débat public sur le climat ». L’association de protection des forêts Canopée alerte, dans ce document, sur la chute des puits de carbone naturels, les forêts, indispensables à l’objectif de neutralité carbone à horizon 2050, issu de l’accord de Paris et depuis intégré dans notre droit. « Atteindre la neutralité carbone suppose de disposer de puits naturels suffisants pour absorber les émissions résiduelles incompressibles. » « Avec 51 millions de tonnes en équivalent CO2 (MtCO2) absorbées par an, contre seulement 4,2 pour les prairies, la forêt est de loin le principal de ces puits », rappelle l’ONG.

Mais selon le Citepa, l’organisme de référence chargé du suivi des émissions, la quantité de carbone absorbée par les forêts françaises a baissé de plus de moitié depuis le début des années 2000. Une chute qui s’explique par trois facteurs : la hausse de la mortalité des arbres, leur croissance plus lente et l’augmentation des « prélèvements » (coupes), explique Canopée.

Or, pour les auteurs du rapport, « la chute du puits de carbone forestier » est « pour une part significative, le résultat de choix politiques identifiables et réversibles ». Dans son viseur, la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), un document régulièrement amendé par le gouvernement qui vise à permettre à la France d’atteindre en 2050, un équilibre entre émissions de carbone et absorption du carbone de l’atmosphère, soit la définition de la neutralité carbone.

L’ONG reproche à la dernière version de la SNBC, soumise à consultation publique, de prévoir « une augmentation de la récolte en forêt » de plus de 13% d’ici à 2030, qui va « dégrader le puits de carbone » de 11 millions de tonnes équivalent CO2 par an, selon ses calculs.

« C’est une politique publique prioritaire », assure Mathieu Lefèvre

Interrogé dans la matinale de Public Sénat, le ministre délégué chargé de la transition écologique, Mathieu Lefèvre s’est défendu en rappelant que le gouvernement avait investi « 650 millions d’euros dans le renouvellement forestier depuis 2022 ». « C’est une politique publique prioritaire. Elle l’est budgétairement », a-t-il assuré avant d’ajouter : « Il faut aussi penser à la filière bois qui est une filière d’excellence ».

Mathieu Lefèvre reprend ainsi l’un des constats de l’ONG. Selon elle, l’augmentation des prélèvements est le fait d’une hausse de la demande en bois pour des usages énergétiques, mais aussi par l’utilisation du bois comme d’une ressource censée participer à la baisse des émissions. « Huit projets industriels concentrent déjà près de 70 % du bois-énergie supplémentaire prévu par la SNBC 3 », souligne le rapport, citant la centrale biomasse de Provence, ou encore l’usine de granulés de bois à Guéret.

Suspension du dispositif d’aide au renouvellement forestier

« La France a fait un effort important c’est vrai, mais malheureusement ils ont été remis en cause il y a quelques jours par la suspension du dispositif d’aide au renouvellement forestier », rappelle Anne-Catherine Loisier, sénatrice centriste de la Côte-d’Or, présidente du Groupe d’études Forêt et filière bois et co-autrice en 2025 du rapport d’information « sur la compétitivité de la filière bois française ». Ce dispositif mis en place en 2024 permet d’accompagner l’adaptation des forêts françaises au changement climatique, par une aide financière aux propriétaires forestiers, publics et privés, à renouveler, enrichir et améliorer leurs forêts.

« En matière de bois, il faut respecter la hiérarchie des usages. D’abord les usages les plus longs possibles avec la construction, un bois qui séquestre le carbone, pour aller vers le bois de chauffage. En ce moment, il y a moins de construction donc moins de pression sur la demande. Mais il faut être vigilant sur les exportations et privilégier les contrats avec les entreprises françaises », met en avant la sénatrice.

« Ce rapport est instructif car on observe qu’une grande partie de l’augmentation des prélèvements est liée à un fort soutien de l’État, et à une forte demande vers la bioénergie. Il y a, au contraire, très peu de projets subventionnés pour le bois d’œuvre ou de construction. On ne peut rien faire contre les sécheresses les incendies et les maladies, donc le seul levier d’action, c’est de pouvoir réduire un peu les prélèvements. Ce que propose le rapport est scientifiquement correct », valide Philippe Ciais, directeur de recherche au laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement.

Réduire les prélèvements des forêts de 53 à 50 millions de m3 par an

Alors que le « Haut Conseil pour le climat estime qu’il manquera environ 16 MtCO2/an à la France pour respecter ses engagements sur les puits », l’ONG Canopée propose de réduire les prélèvements des forêts de 53 à 50 millions de m3 par an. La future Stratégie nationale bas carbone prévoit au contraire d’augmenter la récolte de 53 à 60 millions de m3. « L’écart entre ces deux trajectoires atteint 15,7 MtCO2 e/an — soit précisément l’ordre de grandeur du déficit identifié par le Haut Conseil pour le climat », note le rapport.

L’objectif d’Emmanuel Macron, annoncé en 2022, visant à planter un milliard d’arbres en dix ans est également au cœur des critiques de l’association. « Le bilan du plan de relance forestier a révélé que 87 % des projets financés impliquaient des coupes rases. De plus, pour les plantations de moins de 10 hectares, le plan de relance n’exigeait aucune diversification », a analysé Canopée. La publication du nouveau cahier des charges de ce plan a été renvoyée au début de l’année 2028.

Dans leur rapport, Anne-Catherine Loisier et Serge Mérillou (PS) conseillaient à « l’industrie de s’adapter à la forêt de demain ». « La forêt, soumise à des stress hydrique, thermique et donc parasitaire, doit en priorité s’adapter au changement climatique, ce qui peut l’éloigner des besoins normalisés de l’industrie. Il convient en effet de rester humble et pragmatique sur le choix d’essences d’avenir à planter, notamment en promouvant la diversification et en se gardant d’une sélection en vue d’usages du siècle prochain aujourd’hui impossibles à prédire ».

 

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