« Nous espérons avoir en France une politique de droite libérale conservatrice » : les temps forts de l’audition de Pierre-Edouard Stérin devant la commission d’enquête du Sénat

Le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin a été auditionné pendant une heure et demie en visioconférence, par la commission d’enquête sénatoriale sur le financement privé des politiques publiques. Il a été interrogé sur son projet « Périclès », ou encore son soutien à l’école de formation des candidats Politicae. La rapporteure estime que l’audition n’a pas permis de lever toutes les interrogations, notamment sur le choix de soutiens financiers sous forme de prêts plutôt que de dons.
Simon Barbarit

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La commission d’enquête sénatoriale cherche à faire la lumière sur « les mécanismes de financement des politiques publiques par des organisations privées » ainsi que sur les risques « d’influence, d’absence de transparence financière et d’entrave au fonctionnement de la démocratie » arrive à un moment clé de ses travaux.

Les sénateurs qui s’intéressent particulièrement aux investissements de structures privées : fondations, fonds ou associations, dans les domaines démocratique, culturel ou éducatif auditionnent, ce matin le milliardaire ultraconservateur Pierre-Edouard Stérin. Au cœur de leurs interrogations figure notamment son projet « Périclès ». Durant l’été 2024, le quotidien L’Humanité avait révélé un document stratégique détaillant les ambitions politiques de ce projet. Selon ces révélations, 150 millions d’euros devaient être consacrés à la promotion d’idées d’extrême droite afin de favoriser une victoire de « l’union des droites » lors de prochaines échéances électorales

Exilé en Belgique, opposé à l’avortement et défenseur de la « remigration », Pierre-Édouard Stérin affiche ouvertement ses convictions ultralibérales, traditionalistes et identitaires. L’entrepreneur affirme vouloir « servir et sauver la France » en mettant sa fortune au service de ses idées. Son nom est également associé à la « Nuit du Bien commun », un événement caritatif organisé dans plusieurs villes françaises et régulièrement critiqué par la gauche locale pour son soutien à des associations conservatrices.

L’évènement est à suivre à partir de 11h30 sur les antennes de Public Sénat.

 

12h35

« Je ne rentrerai pas dans ces débats », rétorque Pierre-Edouard Stérin, interpellé sur ses soutiens à des organismes opposés à l’avortement

« Est-ce que vous considérez que vous êtes un antirépublicain ? » demande la sénatrice écologiste Mélanie Vogel, en pointant du doigt l’opposition du milliardaire au droit à l’avortement, mais aussi son appel à la « ré-migration », qui équivaut à la « déportation de dizaines de millions de personnes au niveau européen », selon elle. Pierre-Édouard Stérin évacue ces sujets. « Je ne suis pas là pour polémiquer. Cette commission d’enquête, ce n’est Pas une commission qui a vocation à donner lieu à un débat d’idées. Donc, si vous voulez qu’on prenne un café pour discuter de ces sujets-là, je suis à votre disposition », donne le milliardaire en guise de réponse.
Laurence Rossignol le relance également sur le premier point. « Vous êtes très impliqué dans des structures dissuasives de l’accès des femmes à l’interruption volontaire de grossesse. Or, cette intervention volontaire de grossesse est maintenant une liberté constitutionnelle. Est-ce que vous ne pensez pas qu’à une contradiction entre le respect de la Constitution et l’activisme dans des structures anti-IVG ? » Le patron de Smartbox ne dévie pas de son axe de défense. « Vous connaissez tout à fait ma position sur ces sujets-là, et donc à nouveau je ne rentrerai pas dans ces débats. »
12h30

« Le cadre juridique français nous a forcé à créer de la complexité »

 La présidente de la commission, la centriste Sonia de la Prévôté, pointe la difficulté à identifier avec précision l’écosystème qui gravite autour de holding de tête que pilote Pierre-Edouard Stérin, et qui est basée en Belgique. « La complexité, on le sait bien, est un faux nez. Elle ne permet pas de regarder avec sérénité à l’intérieur du moteur. »

« Aujourd’hui, je suis actionnaire d’un peu plus de 120 entreprises. Tout cela créée une complexité qui n’est pas voulue, mais subie, elle est le fait de la taille de notre organisation », se défend le milliardaire. « Cette complexité a un coût, juridique, comptable… Si l’on pouvait s’en passer, on le ferait. Le cadre juridique français nous a forcé à créer cette complexité. »

Autre sujet d’inquiétude pour Sonia de la Provôté : la capacité pour Pierre-Edoaurd Stérin à identifier des activités potentiellement illicites parmi la masse d’associations et d’entreprises financées. « La frontière entre l’influence et l’intérêt général est parfois difficile à identifier. Est-ce que vous avez mis en place des moyens de contrôles ? On est sur un essaimage assez massif de structures, et donc de personnes et de politiques publiques touchées », interroge-t-elle.

Réponse assez vague de l’entrepreneur : « Quand on décide de soutenir telle ou telle structure, on s’assure qu’elle est légale et cohérente. On la suit dans le temps, mais on ne suit pas tous les jours ce qu’elle fait. » Relance, un brin agacée, de la présidente : « Ma question est simple : c’est celle des alertes, des warnings, est-ce que cela a lieu. Y a-t-il une cellule de veille ? »

« Mes associés me remontent les sujets clefs dès qu’il y a des alertes sur le caractère légal ou illégal de ce que pourraient faire certaines associations que nous soutenons », finit par répondre Pierre-Edouard Stérin. « Il y a dû avoir quelques sujets, je pense aux écoles hors contrats qui ont pu être challengées sur leurs orientations idéologiques, mais rien de majeur à ma connaissance. »

12h13

Pierre-Edouard Stérin dément toute « collusion » entre le projet politique Périclès et ses autres activités

Interrogé sur l’existence d’éventuelles procédures judiciaires, le milliardaire indique qu’aucune action n’est actuellement menée contre le fonds du Bien Commun, ni contre Périclès. Il tient à marquer la différence entre ces deux activités, la première étant présentée comme philanthropique et la deuxième pleinement politique « pour populariser les idées libérales-conservatrices ».

Ce, alors que les sénateurs s’inquiètent d’un possible dévoiement de ses activités philanthropiques pour servir son projet politique. « Il n’y a jamais de caractère politique dans les actions et décisions du fonds du Bien commun », assure-t-il, revendiquant une philanthropie à dimension sociale en faveur de différentes causes (« éducation, pauvreté et handicap »). « La frontière est extrêmement importante, il n’y a pas de collusion des genres », insiste-t-il.

12h02

« On considère qu’il est utile de contribuer au renouvellement du personnel politique français », répond Pierre Pierre-Édouard Stérin, interrogé sur l’institut Politicae

La commission aborde désormais la question de Politicae, l’institut de formation de candidats, financé par le milliardaire. Dans une interview publiée par le New York Times le 22 mars, jour du second tour des élections municipales, l’entrepreneur avait indiqué que l’organisme qu’il soutient financièrement avait formé près de 4000 candidats.
« Bien que vous fassiez tous le maximum pour faire en sorte que les choses aillent mieux dans notre pays, on considère, on considérait, on considère toujours, qu’il est utile de contribuer à l’amélioration, au renouvellement du personnel politique français. Et c’est dans ce cadre-là que Politicae, je crois, a vu le jour […] Politicae, que je suis très heureux de soutenir, vise à aider des personnes issues de la société civile à suivre des formations pour éventuellement derrière s’engager en politique », a-t-il répondu. Il affirme que les élèves suivent les formations « avec un agenda complètement apartisan ». Selon lui, la quasi-totalité des candidats passés par cette école « se sont présentés sans aucune étiquette politique ». Pour les autres, c’était « plutôt à droite qu’à gauche, bien qu’il y ait des exceptions ».
11h55

« Périclès n’est pas un projet politique », défend Pierre-Edouard Stérin

Interrogé sur les objectifs de Périclès, Pierre-Édouard Stérin revendique vouloir diffuser « les idées libérales conservatrices » auprès du plus grand nombre afin que les électeurs puissent ensuite « voter en cohérence » avec ces convictions. « Nous espérons, dans les prochains mois, prochaines années, avoir en France une politique de droite libérale conservatrice. »
Le milliardaire refuse toutefois de qualifier Périclès de projet politique. « Périclès, ce n’est pas un projet politique, c’est un projet métapolitique. » Il compare son initiative à celle de think tanks, assurant que son objectif est d’influencer le débat d’idées plutôt que de soutenir directement une formation politique.
11h52

Le milliardaire assume son ambition : faire gagner les idées « libérales conservatrices »

« Nous espérons avoir en France une politique de droite libérale conservatrice. » Interrogé sur les objectifs du projet Périclès, révélés en 2024 par L’Humanité, Pierre-Édouard Stérin ne renie pas la finalité politique de son engagement. Il affirme vouloir diffuser des idées « libérales conservatrices » afin que les électeurs votent ensuite « en cohérence » avec celles-ci. Pour Colombe Brossel, cette réponse confirme l’existence d’une ambition politique derrière le projet. « Il y a donc bien un projet avec une dimension de victoire politique. »
11h46

Pierre-Edouard Stérin mis au défi d’expliquer les flux financiers de son empire philanthropique

« Cet argent, il est où ? Il va où ? Il sert à quoi ? », interroge la rapporteure Colombe Brossel. La sénatrice revient sur les montages financiers du Fonds du Bien Commun, qualifiés d’« atypiques » lors de précédentes auditions. Elle souligne l’incapacité des collaborateurs de Pierre-Édouard Stérin à expliquer clairement l’origine et la circulation des dizaines de millions d’euros annoncés chaque année.
Face aux interrogations, Pierre-Édouard Stérin décrit une organisation articulée autour de sa holding belge, qui redistribuerait les profits de ses activités entrepreneuriales vers ses structures philanthropiques. Sur les aspects techniques, il admet toutefois ne pas être en mesure de répondre précisément et promet des explications ultérieures. « Je n’ai pas la réponse technique à cette question. »
11h43

« Les 5 000 euros que m’ont prêtés mes parents sont devenus un peu plus de 1,4 milliard d’euros »

En 2003, Pierre-Edouard Stérin lance « Smartbox », inspiré d’un concept belge de coffrets cadeaux, dont il reprend la licence « avec 5 000 euros que [lui] avaient prêtés [s] es parents ». « En 10 ans, j’ai fait passer ces 5 000 euros de 0 à 500 millions d’euros de chiffres d’affaires, de 0 à 50 millions d’euros de résultats par an, de 0 à plus de 1 000 collaborateurs sur une dizaine de pays en Europe », fait valoir l’homme d’affaires.

« Les 5 000 euros que m’ont prêtés mes parents en 2003 sont devenus en 2026 un peu plus de 1,4 milliard d’euros. Je ne suis pas né milliardaire, je le suis devenu grâce à mon ambition, ma volonté, et ma capacité de travail très importante », se félicite Pierre-Edouard Stérin. « J’ai une vie tout à fait classique de cadre supérieur. On doit dépenser avec mon épouse et mes cinq enfants entre 150 et 200 000 euros par an, ce qui est beaucoup d’argent mais ce qui est très loin de ce que pourrait me permettre de faire le patrimoine que j’ai accumulé », explique-t-il, indiquant ne pas être intéressé par « l’accumulation de biens matériels ».

De l’entreprenariat à la philanthropie

 

En 2013, Pierre-Edouard Stérin démissionne de son poste de directeur général de Smartbox : « J’avais atteint le seuil limite de compétences, je n’avais plus le niveau de diriger cette entreprise », explique-t-il. Depuis une douzaine d’années, le milliardaire indique se consacrer à deux activités : « Crée des entreprises. Je lance chaque année une dizaine de projets, et en parallèle j’investis les dividendes de Smartbox, et des autres entreprises que j’ai pu développer, dans différents secteurs », détaille-t-il.

« J’ai aussi décidé de continuer à faire de l’argent pour faire le bien. J’ai créé deux entités, la première est le Fonds du bien commun, il y a 4 -5 ans, qui soutient des projets d’intérêt général, et le deuxième projet que j’ai créé, c’est Périclès, qui est un projet métapolitique, qui vise à diffuser en France des idées libérales conservatrices. »

« Politiquement, je dirais que je suis au centre de la droite »

 

Pierre-Edouard Stérin a également tenu à nuancer la proximité qu’on lui prête avec l’extrême droite. « Je suis souvent caricaturé par une certaine presse, mais s’il fallait me définir politiquement, je dirais que je suis au centre de la droite. J’ai été militant RPR dans les années 1980 », a-t-il voulu rappeler. « Je préfère de loin la vie des affaires aux histoires philanthropiques et métapolitiques, aujourd’hui, j’y consacre moins de 10 % de mon temps », assure-t-il.

11h38

« Je n’aime pas les socialo-communistes, c’est ce qui m’a donné l’occasion de déménager »

Pierre-Édouard Stérin commence par se présenter comme étant issu de la « génération François Hollande » et « exilé fiscal ». « François Hollande n’aime pas les riches, et moi je n’aime pas les socialo-communistes, c’est ce qui m’a donné l’occasion de déménager », attaque l’entrepreneur de 52 ans, précisant avoir économisé trois millions d’euros depuis, grâce à un système fiscal plus favorable. Il affirme avoir redistribué « 150 millions d’euros en France à des projets d’intérêt général ou à des projets métapolitiques ».
Se décrivant comme originaire de la « classe moyenne », malgré un père expert-comptable ayant racheté son cabinet puis une petite usine réalisant « quelques petits millions d’euros de chiffre d’affaires », Pierre-Édouard Stérin a brossé la trajectoire de sa jeunesse. « Parcours scolaire très compliqué », descriptions de ses petits boulots, l’homme d’affaires est revenu sur son premier commerce en ligne, relatif aux jeux vidéo, avant d’évoquer une « vingtaine d’échecs » au début des années 2000, avant le développement de Smartbox.
« Je ne suis pas né milliardaire, je le suis devenu »
11h35

Pierre-Édouard Stérin : « Je suis un exilé fiscal […] Je vis en Belgique ».

11h32

L’audition débute : Pierre-Edouard Stérin est présent en visioconférence

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