Les électeurs seront-ils nombreux à se rendre dans les bureaux de vote ce dimanche ? Le niveau de la participation sera l’un des enjeux de ce premier tour des élections municipales 2026. On se souvient, le premier tour en 2020 avait été marqué par un effondrement de la participation, en raison de la progression rapide de la pandémie de coronavirus. Trois jours après l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, le scrutin n’avait attiré que 44,7 % des électeurs.
De nombreuses enquêtes d’opinion laissent apparaître un probable rebond de la participation dimanche. Toute la question est désormais de savoir à quelle hauteur celle-ci se situera. La tendance de fond est marquée depuis la fin des années 80 par une désaffectation lente et continue des électeurs. Des premières municipales de la Ve République en 1959 à celles de 1983, la participation oscillait entre 74 et 79 % des inscrits. Depuis cette date, l’affluence a systématiquement diminué à chaque élection municipale, avec par exemple un taux de votants de 69,4 % au premier tour en 1995, et 63,6 % en 2014.
« Passer la barre des 50 %, ce serait pas mal. En-dessous, ce serait catastrophique »
C’est dans ce contexte d’érosion structurelle que sera scruté l’affluence dans les urnes ce dimanche. « Si elle est supérieure ou égale à 60 %, c’est une bonne surprise. Aux environs de 55 %, c’est qu’il y a une dégradation, mais elle est atténuée », analysait ce jeudi l’institut Ipsos BVA. « Passer la barre des 50 %, ce serait pas mal. En-dessous, ce serait catastrophique », avance prudemment Brice Teinturier, le directeur général délégué d’Ipsos BVA. Ce serait le signe que la crise politique globale en France a « contaminé le local ».
« Le sentiment que l’on a, c’est qu’on va plutôt être à un niveau de participation inférieur à 2014, ce qui confirmerait l’érosion de participation des Français pour les municipales, que l’on observe depuis un quart de siècle. Cela s’inscrirait dans le cadre d’une baisse de la participation pour toutes les élections, les élections municipales n’y échappent pas », se projette François Kraus, directeur du pôle Politique et Actualités à l’Ifop. Le doyen des instituts de sondage, s’appuyant sur une vaste enquête menée durant la première semaine de février auprès de 10 000 personnes, tablait à l’époque sur une participation « autour de 60 % ». Mais comme de nombreux sondages, ce chiffre porte sur la France métropolitaine, où la participation est structurellement plus élevée qu’au niveau national.
Un scrutin qui « s’annonce comme un bon cru »
OpinionWay, dans une enquête réalisée entre du 25 février au 5 mars auprès de 3000 personnes, évaluait la participation à 63 %, soit un niveau légèrement en retrait par rapport à celui constaté en 2014. Une enquête menée par l’institut Elabe, du 24 au 25 février, laissait apparaître des intentions de participation plus importantes. Prudence toutefois, l’enquête a été menée auprès d’un échantillon trois fois moins important. Dans ce sondage, 56 % des personnes interrogées se disaient « tout à fait certaines d’aller voter » et 13 % envisagent d’y aller sérieusement, soit un indice de participation de 69 %.
Le scrutin 2026 « s’annonce comme un bon cru en termes de participation », anticipe Gaël Sliman, président d’Odoxa. Dans un sondage réalisé les 11 et 12 mars auprès d’environ mille personnes, l’institut établit un indicateur de participation à 68 %. « En intégrant les marges d’erreur statistiques, nous devrions nous situer dans une fourchette comprise entre 65 % et 71 % », précise Odoxa.
Prudence toutefois, certains instituts observent un tassement de l’intérêt des électeurs pour ces élections municipales. Selon la troisième vague mensuelle d’OpinionWay, le nombre de Français manifestant de l’intérêt pour le scrutin a diminué en mars, passant de 69 % à 67 %. Odoxa, de son côté, relève un intérêt plus marqué par rapport aux municipales de 2014, à 78 %, soit 14 points de plus par rapport à un sondage de mars 2014.
Si les derniers jours montrent une accélération classique de la campagne et une intensification des débats localement, une forte actualité a percuté comme il y a six ans ces élections. « La campagne a été invisibilisée par les affaires internationales, et cela s’est traduit par un taux de couverture dans les grands médias moins important », souligne François Kraus, de l’Ifop.
Nationalisation moins forte de l’enjeu ?
D’autres éléments pourraient limiter le rebond de participation par rapport à 2020. Ipsos BVA explique qu’il y a un « découplage entre les villes de plus de 30 000 habitants et le reste », les plus importantes étant marquées par une dimension de la politique plus importante en vue de 2027.
« En 1977 et 1983, la participation a été extrêmement forte car le levier principal de participation était de sanctionner le gouvernement. Cette année, plusieurs éléments atténueront ce phénomène puisque Renaissance a très peu d’incarnation au niveau local, et la plupart des élus macronistes ont été défaits en 2020, exception faite d’élus comme Édouard Philippe, mais qui ont pris leurs distances », remet en perspective François Kraus, de l’Ifop.
Le sondeur met aussi le doigt sur l’offre électorale. « Les deux tiers des communes, un quart des Français, n’ont qu’une seule liste. C’est une proportion supérieure à ce qu’on avait dans le passé. Tout cela ne peut que désintéresser des personnes, dans les milieux ruraux, à aller voter », évalue-t-il. Ipsos BVA considère aussi que la fin du panachage, dans les communes de moins de 1 000 habitants, fait partie des facteurs « qui plaident pour une baisse de la participation ».