Marine Le Pen campaign in Cavignac
Crédit : UGO AMEZ / ALAIN ROBERT //SIPA

Elections sénatoriales : le RN compte envoyer certains de ses députés au Sénat

Le Rassemblement national espère avoir un groupe, soit au moins dix sénateurs, après les sénatoriales de septembre prochain. Mais pour aller chercher les sièges qui lui manquent, le RN compte sur quelques députés bien implantés, pour faire mentir les chiffres. « Pour ça, il faut de bonnes locomotives », résume un cadre du parti. Et quelques noms circulent déjà…
François Vignal

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Et si le RN comptait sur ses députés pour élire des sénateurs ? Les élections sénatoriales passent sous les radars du grand public, mais le Rassemblement national, comme les autres formations, est en train de finaliser ses investitures. Et le parti entend réussir le scrutin. « Pour nous, ce n’est pas une petite élection, on la prend au sérieux », assure un proche de Marine Le Pen. Comme nous l’expliquions, le parti d’extrême droite vise un groupe au Sénat. Le RN ne compte aujourd’hui que trois sénateurs – Christopher Szczurek (Pas-de-Calais), Joshua Hochart (Nord) et Aymeric Durox (Seine-et-Marne), sans oublier Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône), ex-RN et ex-Reconquête – et doit donc en avoir six ou sept de plus pour atteindre le seuil, fixé à dix membres au Sénat.

« Quelqu’un qui a plus de surface »

Dans un scrutin où ce sont les grands électeurs, composés à environ 95 % des conseillers municipaux, qui élisent les sénateurs, les municipales déterminent le visage du Sénat. Or le scrutin de mars a été globalement synonyme de gains pour le RN. Si le parti a connu des déconvenues dans des grandes villes comme à Toulon, Marseille ou Nîmes, le parti revendique 70 communes et 3.000 conseillers municipaux. Sans compter l’allié UDR, le parti d’Eric Ciotti, qui a remporté Nice dans les Alpes-Maritimes.

Mais pour espérer créer un groupe, le RN ne peut compter sur les seuls sièges assurés. Il doit en grappiller quelques-uns. C’est là où les députés entrent en jeu. Pour espérer aller chercher la victoire, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen compte sur quelques élus de l’Assemblée nationale, déjà connus localement. « Il y a des départements dans lesquels il y a une possibilité de faire un siège. Et pour ça, il faut de bonnes locomotives », explique un haut cadre du parti. « Là où c’est sûr de faire un siège, il n’y a pas besoin de député. On a déjà des élus locaux qui peuvent faire le siège », explique ce proche de Marine Le Pen. Mais dans les terres de conquête, « il faut quelqu’un qui a plus de surface ».

« Peut-être 5 ou 6 députés têtes de liste pour les sénatoriales »

Plus précisément, « on aura peut-être 5 ou 6 députés têtes de liste pour les sénatoriales. Et il y en aura aussi en fin de liste, pour les pousser », glisse un responsable du RN, mais ça restera « assez marginal », tempère le même. Mais si ce n’est pas la grande transhumance, quelques-uns des 122 députés RN sont prêts à faire la navette entre les deux chambres.

« J’ai entendu des députés qui se disent qu’ils iraient bien aux sénatoriales. Il y a un côté création de groupe, qui est assez sympa », raconte un cadre du RN côté l’Assemblée. Le même ajoute : « Avec les sénatoriales, on a des électeurs qu’on connaît tous personnellement. C’est là où on devient un parti comme les autres, un parti d’élus où on va voir les autres ». « Des députés proposent leurs services », confirme un responsable. « Mais ils n’y vont pas par confort » mais plutôt « pour rendre service au mouvement ».

Edwige Diaz candidate en Gironde… et Marie Caroline Le Pen dans la Sarthe ?

Un nom circule déjà : celui d’Edwige Diaz, députée de Gironde et vice-présidente du RN, comme l’écrivait Politico. Une source interne « confirme » à publicsenat.fr qu’elle sera candidate. Mais contactée, Edwige Diaz ne fait pour l’heure pas de commentaire. Mais elle illustre la stratégie du RN : « En Gironde, c’est ric-rac pour faire un siège. On considère qu’Edwige est une bonne locomotive, car elle est dynamique, implantée, elle a une bonne notoriété. Elle a la capacité à ramener des voix au-delà des grands électeurs. Elle peut nous aider à faire un siège », pense un chapeau à plumes du RN.

Si elle n’est pas députée, à noter qu’une autre personnalité pourrait se présenter aux sénatoriales : une certaine Marie Caroline Le Pen. « Elle sera candidate dans la Sarthe », soutient une source RN bien informée, qui reconnaît que « ce sera difficile, mais on va essayer ». La sœur aînée de Marine Le Pen, battue sur le fil lors des législatives 2024 dans la Sarthe, est la déléguée départementale du RN. Mais une autre responsable du Rassemblement national tempère, sans exclure sa candidature : « Ce n’est pas validé encore. Mais c’est une possibilité, car c’est la patronne du département ».

« Les maires amènent des députés et des sénateurs et inversement »

Pour ces sénatoriales 2026, le RN espère donc surfer sur la vague bleu marine. « On est dans une bonne spirale : les maires amènent des députés et des sénateurs et inversement », lance un responsable. Mais si son implantation locale progresse, elle ne suffit pas. Pour dépasser son nombre théorique de grands électeurs, Le RN compte, comme lors du scrutin de 2020, sur une forme de vote caché, chez les élus.

« C’est toujours le cas. Et ça pourrait être un peu plus important cette fois-ci. Il y a beaucoup de gens élus sans étiquette et qui, dans le secret de l’isoloir, votent pour le RN comme ils le font à titre privé », souligne un stratège du parti. D’autant que « dans des villages où le RN fait 70 % aux élections, on peut imaginer qu’on retrouve cette proportion au sein du conseil municipal ».

Dans les Alpes-Maritimes, « il serait légitime qu’on soit ensemble » avec l’UDR d’Eric Ciotti

Dans les Bouches du Rhône, où le RN est fort, pas la peine d’appeler à la rescousse un député. Après les municipales, le parti compte faire « un siège, mais si on a une bonne dynamique, on fait un deuxième », espère un dirigeant.

Le département vers lequel les regards vont se tourner sera bien sûr les Alpes-Maritimes, où l’allié Eric Ciotti a pris Nice, ville de 350.000 habitants. « On est en négo’ avec l’UDR. Dans le département, on a gagné de notre côté Menton, Cagnes-sur-Mer, deux grosses villes. Et de leur côté, Nice assure d’emblée un siège. On est en train de voir comment on articule nos forces : va-t-on faire deux listes ou une seule liste ? » s’interroge un cadre du RN. L’UDR pourrait-elle mener la liste, en cas d’union ? « Ce serait légitime. Tout comme il serait légitime qu’on soit ensemble. On peut faire deux sièges, c’est sûr, mais peut-être trois sièges » avance-t-on au RN.

« Des surprises dans ce scrutin »

« Soit on fait une liste commune UDR/RN, ce qui est plus intéressant pour faire un élu en plus, soit des listes indépendantes », confirme un cadre de l’Union des droites pour la République, qui souligne que les négociations ont « commencé dans d’autres départements que les Alpes-Maritimes. Et selon les forces, on décide d’envoyer un candidat ». « Dans les départements à fortes implantations, la logique, c’est qu’on revendique le leadership », avance ce responsable du parti d’Eric Ciotti. Exemple dans le Tarn-et-Garonne, où le nom de l’ex-députée UDR, Brigitte Barèges, est avancé pour être candidate aux sénatoriales. Du côté de l’UDR, on compte aussi être une force d’appoint pour certains sénateurs LR, qui pourraient avoir besoin des voix des élus UDR, pour être réélus. « Il y a des contacts officieux, faute de pouvoir assumer publiquement », glisse un responsable du parti.

Au-delà de ces départements, le parti compte sur « des surprises dans ce scrutin », comme « dans l’Aisne, où il y a quelque chose à aller chercher ». Le RN surveillera aussi l’Eure, le Gard, l’Hérault, « où on a pris Agde et on a un réseau d’élus et maires RN-compatibles assez important », le Tarn-et-Garonne, le Var, le Vaucluse ou encore le Bas-Rhin.

« Avoir un groupe au Sénat montrerait que rien ne nous arrête »

Si le RN arrive à constituer un groupe après les sénatoriales, l’enjeu est certes symbolique, mais pas seulement. « Ça montrerait qu’encore un plafond est traversé. Car on nous dit sans arrêt qu’on a des plafonds de verre, mais on les a tous traversés. Traversons celui-là et installons-nous dans la Chambre haute. Et dans la perspective de la présidentielle, si demain on est majoritaire à l’Assemblée, on a besoin d’un groupe au Sénat pour relayer notre politique et être en dialogue, convaincre d’autres sénateurs. C’est très important pour la présidentielle », soutient un cadre du RN, qui insiste : « Avoir un groupe au Sénat montrerait que rien ne nous arrête ». Passer du Palais du Luxembourg au Palais de l’Elysée, c’est le rêve du RN.

François Vignal et Stephane Duguet

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