« Le feu est hors de contrôle » : en Gironde, l’inquiétude des élus face à la progression des flammes vers le bassin d’Arcachon
Par Christian Mouly
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Jusqu’où iront les flammes ? La question taraude tout le bassin d’Arcachon, qui voit s’approcher à vitesse grand V le feu parti mercredi des alentours du village de Saumos, plus au nord de la Gironde. L’incendie a parcouru plus de 3 400 hectares, ravageant sans difficulté les massifs de pins de la forêt des Landes, transformés en allumettes en pleine sécheresse estivale. Les habitations et sites touristiques de Lège-Cap-Ferret ne sont plus bien loin. 20 000 personnes ont été évacuées, notamment depuis les nombreux campings des environs.
L’inquiétude est palpable chez les élus. « En Gironde, ça fait plus d’un mois qu’on n’a pas eu une goutte de pluie. Les fougères sont sèches, les rivières asséchées. Tout est propice à un tel feu », explique la sénatrice girondine Monique de Marco (écologiste), qui a vu le ciel se teinter de rouge toute la nuit depuis Andernos, à quelques kilomètres de là. La faute à un cocktail météo détonnant, connu sous le nom de « règle des trois 30 » : la température dépasse les 30 °C, le taux d’humidité est inférieur à 30 % et le vent souffle au-delà des 30 km/h.
Projections de brindilles et souffle des flammes
Dans ces conditions, impossible de maîtriser le feu. Ce, malgré les quelque 700 pompiers sur le pont, rejoints ce jeudi par 44 militaires de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Ils sont appuyés dans les airs par deux Canadair, deux Air Tractor et un Dash. Plus de 300 gendarmes participent également aux secours. Encore incertaine, l’origine du feu pourrait provenir d’un engin de débroussaillement.
Les prévisions de Météo-France n’invitent pas à l’optimisme : le mercure continue de grimper au-delà des 35°C. Tout juste espère-t-on une légère ondée vendredi soir. Les sautes de feu provoquées par les projections de brindilles ou de pommes de pin atteignent plusieurs centaines de mètres. Le souffle des flammes, lui, auto-entretient le sinistre.
« La situation est très critique, le feu crée son propre vent et peut-être asse incontrôlable. À l’heure où l’on se parle, le feu est hors de contrôle », indique la sénatrice de Gironde Nathalie Delattre (Rassemblement démocratique et social européen), qui a assisté ce jeudi à une réunion des maires des communes alentour, prêtes à recevoir les habitants évacués.
Des « réflexes de solidarité » hérités de 2022
Dès les premiers signaux d’alerte, une chaîne logistique s’est rapidement mise en place. 2022 est dans toutes les têtes. Cette année-là, plusieurs dizaines de milliers d’hectares de forêts avaient brûlé dans les Landes. « Il y a une forme de mémoire collective, affirme le socialiste Hervé Gillé, lui aussi sénateur du département. Donc les réflexes de solidarité et la prise en charge de la restauration et de l’hébergement fonctionnent très vite. Je vois que les réponses sont activées très rapidement, ça se déroule plutôt bien. » Les plans communaux pour faire face aux incendies se sont étoffés depuis 2022.
Bordeaux est allé jusqu’à ouvrir son Parc des Expositions, capable d’accueillir un millier de personnes. « Il vaut mieux avoir trop de place et anticiper. Beaucoup de gens vont trouver des solutions par leur famille ou leurs connaissances, mais les vacanciers vont utiliser les structures de rapatriement », reprend Nathalie Delattre. L’élue salue également l’appel précoce aux pompiers volontaires, qui ont pu disposer du temps nécessaire pour s’organiser et prévenir leurs employeurs. Un point majeur : environ 2/3 des interventions sont assurés par les volontaires.
Une seule route jusqu’au Cap-Ferret
La grande vigilance à l’œuvre s’explique par la situation très particulière de la zone urbaine de Lège-Cap-Ferret. « On arrive vers des zones où il y a des habitations. En Gironde, il y a le problème d’une forte densité de population », rappelle Florence Lassarade, sénatrice LR du département. Or, une seule route mène à la presqu’Ile depuis Bordeaux, ce qui rend un départ précipité très dangereux, voire impossible. Les autorités ont donc fermé cet axe dès mercredi soir pour éviter les arrivées et ouvrir la voie à des rapatriements. Le maire de Lège-Cap-Ferret, Philippe de Gonneville, alerte depuis des années sur la disposition des lieux, enclavés. Des simulations d’évacuation ont été organisées il y a deux ans afin d’anticiper les événements. Le dernier recours étant de quitter la zone par la mer.
Tous ces élus étaient en mandat lors du précédent de 2022. Ils soulignent unanimement l’augmentation des moyens, à la fois matériels et humains. Mais tous gardent en travers de la gorge la promesse avortée du gouvernement d’établir une seconde base de Canadairs dans le Sud-Ouest, à Mont-de-Marsan. Gérald Darmanin s’y était pourtant engagé devant les sénateurs. La flotte reste aujourd’hui cantonnée à la base de Nîmes.
« Sur de massifs comme les nôtres, avec les résineux, la progression du feu est considérable. L’urgence de l’intervention est primordiale. Il y a 30 minutes entre Nîmes et Mont-de-Marsan. C’est un laps de temps qui peut être décisif… », regrette le socialiste Hervé Gillé. L’écologiste Monique de Marco va plus loin : « Le gouvernement a failli. On met la poussière sous le tapis. En définitive, on est passé à côté de quelque chose de primordial. »
« Le retour d’expérience, on le fera »
Chacun constate aussi les limites et le manque d’application de la loi de 2023, adoptée dans la foulée des épisodes de l’été précédent. L’obligation de débroussaillage autour des habitations reste souvent lettre morte, entre problème de voisinage et manque de connaissance. La prévention demeure, de l’avis général, insuffisante : « Les gens ne sont pas suffisamment sensibilisés, il faudrait qu’il y ait comme des cours d’éducation civique. Nous, ici, on est peut-être plus sensibilisés que les autres, mais on a beaucoup de touristes… », rappelle Monique de Marco. Le chiffre est martelé à chaque catastrophe : 90 % des feux sont d’origine humaine. Et les élus font encore état de comportements inconscients, comme l’organisation de barbecues ou le jet de mégots.
« Le retour d’expérience, on le fera, comme en 2022 », assure Nathalie Delattre. En attendant, chacun fait comme il peut, dans l’urgence.
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