Quand on leur demande pourquoi la station porte le nom d’Hossegor… ses habitants sont bien embêtés. Non cela ne vient pas de « horse » le cheval en anglais, ni de « house of garde », la cabane des gardiens, quand l’Aquitaine était anglaise… C’est, confie un vieil homme, le nom du lac qui se trouvait là avant que Napoléon III ne transforme la région.
Lors d’un séjour sur la côte basque, son épouse Eugénie propose de relier ce fameux lac à l’océan Atlantique afin d’en faire un port de refuge pour les pêcheurs. Un canal creusé à la main qui permet aux locaux d’installer, dès 1878, des ports à huitres, dans cette nouvelle aire marine ainsi formée. « Pas de vague, pas de tempête mais en gardant les mêmes bienfaits que ceux de l’océan faisant d’Hossegor un lieu unique » explique Aurélie, ostréicultrice dont la famille vit depuis 5 générations dans cette partie des Landes.
« J’adore le lac au lever du jour, le silence, quand on n’entend que les poissons qui sautent, voir les mouettes se lever, la brume sur les étendues d’eau, c’est un moment de zenitude, de plénitude, on se sent petit et en même temps entier ».
Une plénitude qui a séduit les pionniers arrivés ici en 1901 parmi lesquels l’écrivain belge Rosny Jeune, futur président de l’Académie Goncourt.
Rosny Jeune : l’écrivain « fondateur » d’Hossegor
« Je cherchais un lieu de solitude et de méditation et j’ai été séduit par la sérénité, le calme, la paix simple et profonde de cette lagune qui a pris mon cœur » écrit Rosny Jeune. Il s’installe dans la maison du passeur, qui navigue sur le lac pour transporter les collecteurs de résine en l’absence de pont. Il est rejoint peu de temps après par un avocat, proche de la CGT, Maxime Leroy.
Ensemble ils entreprennent la construction de la première villa de la station, La pierre bleue, et ensemble toujours, créent l’association littéraire des amis du lac d’Hossegor. Paul Marguerite et Maurice Martin complètent cette équipe qui aime échanger « avec enthousiasme » sur les grands enjeux sociaux de leur époque…
« Des utopies nous venaient à l’esprit, nous refaisions le monde en nous abandonnant à nos espérances, comme les mouettes se laissent porter par le vent, sans effort » écrit alors Maurice Leroy.
A l’époque, ces utopistes ne sont pas les seuls à être séduits par les Landes, une bourgeoisie aisée est également conquise par les séjours balnéaires sur les rives d’Hossegor… Ainsi dès 1912, un pont de bois est construit pour faciliter les déplacements et une gare ferroviaire amène les vacanciers en plein cœur du village.
Jugeant que les luxueuses villas dénaturent son petit paradis, Rosny Jeune quitte Hossegor devenu un lieu à la mode en 1921. Resté sur place, le poète Maurice Martin ne cache pas non plus son inquiétude comme le rappelle le documentaire en citant ces vers : « L’implacable industrie et les chemins de fer, l’utile qui détruit sans merci ce qu’on aime, le progrès suborneur des forces de l’enfer, auront transfiguré le moindre paysage. Nous, du moins, nous aurons connu sur nos landes divines la simplicité, le calme, le bonheur. Chaque âge a ses besoins, chaque époque a son rêve, le beau n’est déjà plus qu’un songe défendu. Nos fils ne pourront plus dans les bois, sur la grève, poursuivre l’idéal d’un paradis perdu ».
Alferd Eluère, le saut dans la modernité architecturale
Alors que s’éteignent les idéaux des pionniers de la littérature, les bâtisseurs entrent en scène… Alferd Eluère crée en 1923 la société immobilière et artistique d’Hossegor signant ainsi la véritable naissance de la cité balnéaire. De grands travaux débutent employant près d’un tiers des Landais. Les agriculteurs délaissent la terre pour se former et assurer le grand saut de Hossegor vers la modernité tout en ayant pour ambition de créer une « cité jardin » mettant la nature au cœur des constructions…
400 villas sortent de terre dans le style « basco-landais », apprécié des riches acheteurs qui retrouvent dans cette architecture un rappel de la vie paysanne qu’ils idéalisent. Une sorte « d’utopie pastorale », nous rappelle le réalisateur Guillaume Estivi, « de paradis retrouvé ».
Dès lors, la cité balnéaire fascine et dès 1925 elle attire peintres, sculpteurs et autres artistes ravis d’y découvrir un terrain de jeux à ciel ouvert pour leurs créations, comme le peintre Jean-Roger Sourgen.
« Naissance d’un idéal de beauté, de santé et d’exaltation du corps »
Mais Hossegor attire aussi des sportifs désireux de profiter d’un cadre exceptionnel, entre nature et océan. Les plus huppés se retrouvent au Sporting Casino pour y pratiquer des activités nautiques et des parties de tennis, en compagnie de la championne Susan Lenglen ou des 4 mousquetaires, Lacoste, Borotra, Cochet et Brugnon arpentant la terre battue.
On assiste également à de chics rallyes autos, le mythe d’Hossegor repose désormais sur une idée de beauté, de santé et d’exaltation du corps, en aspiration avec l’air du temps.
Alferd Eluère, devenu maire en 1935, pousse Hossegor à rester aux avant-postes de la modernité grâce à des « coups de génie visionnaires » … Ainsi en 1958, apprenant que le Mexique annule l’organisation du championnat du monde de pelote, il propose de la candidature de la ville et construit en un temps record le plus grand fronton couvert du monde.
Mais que serait Hossegor sans ses vagues mythiques, dues à un canyon sous-marin de 300 kilomètres de long, le Gouf et domptées pour la première fois par Jacky Rott, un ébéniste qui construit en 1957 la première planche française.
Jacky Rott, l’inventeur de la planche de surf, made in France
Si à l’époque, elle était de dimensions impressionnantes, 3 mètres 42 de haut pour plus de 30 kilos, elle marque les débuts de l’ère du surf en France, sur la côte atlantique… Des cours sont organisés, des sportifs investissent les plages pour glisser sur les vagues. « Je suis content d’avoir prouvé aux incrédules que c’était possible » rapporte Jacky Rott faisant d’Hossegor un lieu d’avant-garde pour ce nouveau sport qui allait conquérir le monde.
Ainsi s’écrit l’histoire d’Hossegor, portée par des pionniers visionnaires, chacun dans leur domaine, des utopistes nourris par un même élan, profiter du cadre exceptionnel qu’offre ce littoral… Et si Rosny Jeune, Paul Eluère et Jacky Rott pourraient être surpris de visiter la cité balnéaire du XXIe siècle, nul doute qu’ils y reconnaitraient les passions qui jadis les ont animés.
Retrouvez le documentaire « Hossegor, histoires d’utopistes » de Guillaume Estivie jeudi 23 juillet à 17h puis en replay sur notre site internet ici.