Capture d’écran du documentaire « Le Chambon-sur-Lignon, un legs pour l’Histoire » de Jérôme Lévy
Capture d'écran du documentaire « Le Chambon-sur-Lignon, un legs pour l'Histoire » de Jérôme Lévy

Les « docus de l’été » : « Face à la conspiration du mal, le bien peut vaincre » l’exemple de la commune du Chambon-sur-Lignon

Terre de refuge pour les protestants persécutés lors des guerres de religions, puis lieu d’accueil pour les républicains espagnols fuyant le régime de Franco et enfin village refuge pour les juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, la commune du Chambon-sur-Lignon et ses habitants ont dans leur histoire souvent aidé les personnes persécutées. En mémoire de cet engagement, il y a quelques années, un homme a fait du village son héritier. Mais qui était-il ? Pourquoi a-t-il fait ce legs ? Et qu’est-ce que cela nous dit que ceux qui ont lutté discrètement contre les nazis durant plusieurs années, c’est ce que raconte le documentaire "Le Chambon-sur-Lignon, un legs pour l'Histoire", de Jérôme Lévy diffusé cet été sur Public Sénat.
Marie Lebon

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5 min

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Novembre 2021, se tient au Chambon-sur-Lignon, petite ville de Haute-Loire de 2 500 habitants, une séance du conseil municipal pour le moins surprenante…Que va faire la commune des 3 millions 475 000 euros dont elle vient d’hériter, l’équivalent d’un an de budget, mais surtout d’où vient cet argent ? Une manne financière n’est pas tombée du ciel mais qui appartenait à Erich Schwam, un autrichien de 90 ans résidant dans la région lyonnaise avec son épouse et qui à sa mort en décembre 2020 a décidé de léguer la quasi-totalité de sa fortune au Chambon-sur-Lignon…

Un leg pour l’histoire 

« Mars 1938, Hitler envahit l’Autriche sans que le pays ne réagisse » rappelle Doron Rabinovici, spécialiste de l’histoire des juifs viennois, c’est l’Anschluss, et c’est aussi le début de l’histoire mouvementée d’Erich Schwam qui n’a alors que 8 ans… Pour raconter cette vie singulière et nous éclairer sur la grande Histoire, Jérôme Lévy réalisateur du documentaire interroge historiens, journalistes, élus et habitants du Chambon-sur Lignon, et nous livre une enquête passionnante.

La fuite d’une famille juive de l’Autriche au sud de la France

Ainsi, Jean-Baptiste Chastand, correspondant du Monde à Vienne, ville de naissance d’Erich Schawm en 1930 raconte : « J’ai trouvé aux archives des documents de la famille Schwam émanant de l’administration nazie qui documentait son œuvre d’appropriation des biens, l’expulsion et l’extermination des juifs, tout était écrit ‘pseudo légalement’ », c’est donc « légalement » que la famille bourgeoise s’est retrouvée spolié de ses biens et a pris les routes de l’exil.

La famille prend la direction de la Belgique d’abord puis direction le sud de la France où le jeune Erich et sa maman passent 18 mois au camp de Rivesaltes dans des conditions de vie très difficiles et où ils échappent in extremis à la déportation pour le camp d’Auschwitz en août 1942.
C’est Friedel Bohny-Reiter, infirmière du Secours suisse qui, prise d’affection pour le jeune garçon et sa mère, enlève leurs noms de la liste et les aide à quitter le camp pour gagner le Chambon-sur-Lignon où son fiancé accueille des réfugiés.

Une commune de « Justes parmi les Nations »

Rejoint par le père de famille, c’est ici que les Schwam passent la fin de la guerre, « passant de fermes en fermes, pas toujours au même endroit… pas toujours toute la famille ensemble ».
Pour brouiller les pistes en cas de rafles des Allemands, ils ne restent jamais trop longtemps au même endroit et passent une partie de leur exil caché chez un modeste paysan… Aujourd’hui son petit neveu témoigne, « ce qu’a fait mon grand-oncle Hyppolite, c’était quelque chose de juste, de bien, on n’en parlait pas dans la famille, je l’ai su tard mais j’en suis fier ». Aujourd’hui, il fait visiter au réalisateur du film le grenier où Erich et ses parents avaient trouvé refuge, avec une fenêtre ouverte sur la campagne environnante pour surveiller l’extérieur.

En 1944 la fin de la guerre approche, Denise Vallat, actuelle adjointe à la Culture du Chambon-sur-Lignon raconte « l’immense majorité des réfugiés sont partis et les seuls pratiquement qui restent, à notre connaissance, ce sont les Schwam qui donnent l’impression de vouloir rester en France ». Erich fréquente désormais le collège Cévenol, situé sur la commune, où il passera son bac en 1949, à l’âge de 19 ans.
Bac en poche et alors que ses parents regagnent l’Autriche, Erich poursuit des études de pharmacie à Lyon, et bataille pour obtenir la nationalité française.

Transmettre aux générations futures la tradition d’accueil qui a sauvé des vies

C’est seulement quelques années avant son décès que le retraité décidera de léguer sa fortune à la commune qui l’a accueilli et protégé de la folle traque des juifs par les nazis. A l’époque il s’en ouvre alors à la maire du village, Éliane Wauquiez qui témoigne : « J’ai reçu un appel téléphonique et j’ai décidé d’aller le rencontrer et il m’a dit : ‘Je veux soutenir l’avenir les enfants du Chambon, comme j’ai pu moi-même bénéficier de l’hébergement qui m’a sauvé et ensuite de la scolarisation qui m’a permis de faire des études et une belle carrière…Pour moi, c’est le futur de la commune qui me mobilise’ ».

La municipalité doit maintenant faire vivre la mémoire Erich Schwam autant qu’elle doit gérer l’argent du legs, ce qui suscite parfois des critiques.
« Aider les jeunes à faire des études supérieures, rénover les écoles, les installations sportives, en faisant vivre cette tradition d’accueil et en apprenant aux générations futures que face à la conspiration du mal, le bien peut vaincre », c’est la feuille de route que s’est fixé Jean-Michel Eyraud, maire d’une commune si particulière, puisque c’est le seul village français honoré du titre de « juste » parmi les nations.

Retrouvez le documentaire « Le Chambon-sur-Lignon, un legs pour l’Histoire » de Jérôme Lévy lundi 3 août à 22h puis en replay sur notre site internet ici.

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