Après Jean-Luc Mélenchon, reçu le 5 octobre, Bruno Retailleau était, mardi 27 octobre, le deuxième candidat à l’Élysée invité par HEC Débats en partenariat avec Public Sénat, sur le campus de Jouy-en-Josas (Yvelines). Candidat à la présidentielle des Républicains, sénateur de Vendée et ancien ministre de l’Intérieur (septembre 2024 – octobre 2025), il s’est adressé à une génération que tous les candidats cherchent à séduire, dans un débat animé par les étudiants eux-mêmes.
« La loi de la jungle »
Interrogé sur la contestation lycéenne qui secoue le pays, Bruno Retailleau a d’abord tracé une ligne de partage. Il dit n’avoir « jamais confondu » les lycéens « qui ont des convictions à porter » avec les pillards et les casseurs.
À l’opposé de Jean-Luc Mélenchon, qui avait dénoncé les violences policières devant les étudiants d’HEC le 5 octobre, il a pris la défense des forces de l’ordre. Les policiers, a-t-il rappelé, sont d’abord là « pour que les manifestants puissent manifester tranquillement ». Il a cité une jeune policière à la hanche fracturée, un fonctionnaire au visage touché par un projectile, une mâchoire brisée, et y voit une violence qui vise désormais l’uniforme, « la haine anti-flic ». Si policiers et gendarmes cessaient d’être soutenus, a-t-il averti, « ils poseraient casques et boucliers ». Reprenant sa conception de l’autorité de l’État, il a rappelé que celui-ci détient le « monopole de la force légitime ». Sans policiers ni gendarmes en mesure d’assurer leur mission, a-t-il averti, la situation pourrait basculer dans « la loi de la jungle ».
« Je vais vous choquer »
C’est sur les revendications des lycéens que le candidat a déployé son argumentaire. Il a reconnu des « trous », une réforme du bac aux multiples combinaisons, des locaux dégradés. Il a décrit Parcoursup comme « une boîte noire » et réclamé plus de transparence. Puis il a lancé : « Je vais vous choquer, beaucoup de ces revendications portent sur des moyens, et je pense que la crise de l’école n’est pas une crise de moyens. » Un argument qui laisse entière la question des lycéens, dont les demandes portent, il l’a admis lui-même, en grande partie sur des moyens. Pour l’étayer, il a mis en avant le niveau de la dépense publique, qu’il juge « la plus élevée d’Europe ».
Il y voit surtout une promesse non tenue. « On a menti », a-t-il affirmé, après le « bac pour tous », le « master pour tous » ne fonctionne pas. Il a demandé : « Qui aurait le courage de dire que la moitié des étudiants entrent à l’université et qu’une moitié en ressort, cinq ans plus tard, sans diplôme ? » Derrière cette critique, Bruno Retailleau pointe l’angoisse des jeunes et de leurs parents, pour qui les études ne garantissent plus nécessairement l’insertion professionnelle. Il estime que la réponse ne peut se limiter à l’augmentation des moyens, mais doit passer par une transformation des parcours scolaires.
« Une école méritocratique »
Pour sortir de la crise, Bruno Retailleau propose une rupture nette avec le modèle scolaire actuel. Son premier chantier : « casser le collège unique » et le remplacer par des groupes de niveau, au motif que les élèves n’ont ni les mêmes aptitudes ni les mêmes besoins. « Ils ne sont pas tous coulés dans le même moule », a-t-il plaidé. Rien ne justifie, selon lui, de vouloir mener « 85 % d’une classe d’âge au bac ». Il voudrait aussi bâtir une filière professionnelle en alternance, confiée aux régions plutôt qu’à l’Éducation nationale, et donner davantage d’autonomie aux établissements.
Il retourne aussi l’argument des inégalités. Si l’école française est la plus inégalitaire, comme le montrerait l’enquête Pisa, c’est parce qu’elle a « abdiqué l’effort », dit-il. Il promet « une école méritocratique » pour chaque enfant, « qu’il soit fils d’immigré ou non, peu importe sa religion », et veut restituer l’autorité aux enseignants et aux chefs d’établissement : « Le professeur n’est pas l’égal de l’élève. » Faute de changement, prévient-il, « on va dans le mur ».
« On va jouer gros »
Pour conclure, le candidat a laissé de côté les propositions pour s’adresser directement aux étudiants. « Nous allons et vous allez vivre un moment historique », a-t-il lancé, voyant la France à la croisée des chemins. Quelles que soient leurs convictions, il les a pressés de prendre part au débat politique, « comme bon vous semble », pour pouvoir un jour « regarder leurs enfants dans les yeux et convoquer le souvenir de ceux qui les ont précédés ».
« On va jouer gros », a-t-il insisté, qualifiant cette élection de la plus importante depuis le début de la Ve République.