Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
Crédit : Gabrielle CEZARD/SIPA

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.
François Vignal

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L’ambiance s’échauffe dans la dernière ligne droite des sénatoriales. Les Bouches-du-Rhône deviennent le théâtre d’un accès de tension, au sein même de la majorité sénatoriale. Mercredi, c’est l’annonce du soutien de Bruno Retailleau, président des LR et candidat à la présidentielle, à la liste de Valérie Boyer, qui a mis le feu aux poudres.

La candidature de Valérie Boyer « est légitime et nécessaire pour représenter LR au Sénat », soutient Bruno Retailleau

Titré clairement « mon soutien à la candidature de Valérie Boyer », le communiqué salue « une élue engagée, déterminée et pleinement investie ». « C’est une femme courageuse et loyale sur qui on peut compter pour défendre les maires, les élus comme les Français. Elle porte au Sénat avec constance et conviction les valeurs de notre famille politique. Sa candidature est légitime et nécessaire pour représenter LR au Sénat », poursuit Bruno Retailleau.

Pour comprendre, il faut remonter un peu le fil. Depuis plusieurs mois déjà, rien n’aura été simple dans ce département, qui compte 8 sénateurs, dont 2 LR et une centriste. Pour se donner le maximum de chances face au RN, la droite et le centre sont partis unis, aux côtés du patron de la région PACA, Renaud Muselier. S’il est aujourd’hui Renaissance, c’est un ancien LR, bien connu à droite.

Confusion

Ce dernier aurait pu prétendre mener la liste. Mais c’est finalement la sénatrice UDI sortante, Brigitte Devésa, qui a obtenu la première place, suivie de Renaud Muselier – alternance homme/femme oblige – puis de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer. Refus catégorique de la sénatrice sortante, qui décide finalement en juillet de se lancer de son côté et de partir avec sa propre liste.

L’été et la campagne se passent, jusqu’à ce que Bruno Retailleau annonce cette semaine dans un communiqué, révélé par La Provence, soutenir celle qui est proche de sa ligne de droite dure sur les questions régaliennes. Non sans susciter une certaine confusion et un léger problème. Car la liste Devésa/Muselier a reçu l’investiture officielle du parti Les Républicains, présidé par un certain Bruno Retailleau…

« Un coup de poignard »

Face à cet imbroglio pour le moins cocasse, le sang des centristes n’a fait qu’un tour. Ce vendredi, en fin de matinée, le groupe Union centriste, présidé par Hervé Marseille, lâche sur X un message laconique mais sans équivoque : « Brigitte Devésa conduit une liste d’union de la droite et du centre dans les Bouches-du-Rhône, soutenue par la majorité sénatoriale. La prise de position de Bruno Retailleau est un coup de poignard. Quand on est chef de parti et candidat à l’Elysée, on respecte les engagements. On rassemble, on ne divise pas ». Signé, Hervé Marseille. De quoi mettre à mal les relations au sein de la majorité sénatoriale, composée par les groupes LR et UC…

Contacté par publicsenat.fr, on sent le sénateur UDI des Hauts-de-Seine remonté. Il rappelle à qui veut l’entendre qu’« il y a un accord autour de la liste conduite par Brigitte Devésa, avec Renaud Muselier et les LR. Ce choix a été entériné par la majorité sénatoriale, par la commission nationale d’investiture (CNI) de LR et Brigitte Devésa bénéficie d’une lettre de Gérard Larcher, qui la soutient, cosigné par Arnaud Darnaud, président du groupe LR, et moi-même », souligne Hervé Marseille. « Quand je vois que le président des LR prend une décision à titre personnel, ça contrevient à tous les accords. Ça constitue un manquement aux engagements qui ont été pris », dénonce le président de l’UDI.

Il rappelle au passage qu’« on a changé l’ordre de la liste pour faire plaisir à Valérie Boyer, mais dont l’ego souffre de ne pas être tête de liste ». Il ajoute : « Si elle est encouragée dans sa dissidence, très bien, mais cette situation n’est pas à la hauteur ».

« Gérard Larcher va y aller »

Pointant encore une « décision désobligeante » et « dommageable », il regrette d’autant plus la situation au regard du contexte politique du territoire, où le RN gagne du terrain. « Dans la frange méditerranéenne, c’est suffisamment compliqué pour qu’on n’ajoute pas de la division à la difficulté », pointe le président du groupe centriste.

Mais l’histoire n’est pas terminée. « Gérard Larcher va y aller. Le Président du Sénat devrait aller la semaine prochaine pour soutenir la liste », soutient Hervé Marseille, au risque de renvoyer l’image de tensions entre le président de la Haute assemblée et Bruno Retailleau, dont les divergences sur l’idée de primaire pour 2027 ont déjà marqué ces derniers mois.

« Il n’y a pas plus LR que moi dans les Bouches-du-Rhône », soutient Valérie Boyer

De son côté, Valérie Boyer ne peut qu’apprécier. Pour la sénatrice LR, il n’y a rien de surprenant dans le communiqué du président des LR. « Bruno Retailleau m’a toujours soutenu », affirme la sénatrice, qui souligne sa légitimité : « Sur ma liste, il y a des grands témoins, comme Guy Tessier. J’ai 7 LR, 2 Nouvelle énergie et un divers-droite. Moi-même, je suis LR. Il n’y a pas plus LR que moi dans les Bouches-du-Rhône, et je suis la seule qui n’a pas tourné sa veste ».

D’après la sénatrice, c’est un communiqué de la fédération LR des Bouches-du-Rhône, dirigée par Ludovic Perney, l’un des vice-présidents de Renaud Muselier à la région, qui a été l’élément déclencheur. « Ce communiqué, sorti mardi 8 septembre, dit que « la droite la plus bête du monde n’est pas une fatalité », et m’accuse d’être une dissidente. Mais je ne suis pas une dissidente », rétorque Valérie Boyer, qui a alors appelé Bruno Retailleau pour remettre les pendules à l’heure.

« Il n’était pas possible que la droite s’efface derrière des macronistes »

Valérie Boyer répète aujourd’hui que la troisième place n’était pas acceptable pour elle. « J’étais assez surprise de me retrouver derrière des personnes qui nous ont moqués, trahi », « dans les Bouches-du-Rhône, il n’était pas possible que la droite s’efface derrière des macronistes. Ça n’a jamais été mes convictions ».

Un discours que ne peut qu’apprécier Bruno Retailleau, qui cherche à tout prix à se démarquer du macronisme dans la campagne présidentielle. Est-ce alors le candidat Retailleau qui dément le président Retailleau ? Car ce soutien de Valérie Boyer, qui vient contredire un accord entre formations, c’est au fond la présidentielle qui s’invite dans les sénatoriales. Une explication qui inspire ce commentaire à Hervé Marseille : « Je veux bien qu’il faille se détacher à tout prix de ce qu’il appelle les macronistes, mais c’était moins évident quand il était au gouvernement… »

« Que tout le monde se calme »

La situation apporte un peu plus d’incertitude dans ce scrutin, où la droite part clairement divisée. Dans les Bouches-du-Rhône, on compte deux autres dissidences LR, avec Hervé Granier, le maire de Gardanne, et le sortant Stéphane Le Rudulier. De quoi peut-être faire le jeu du RN, qui vise a minima un siège, mais espère en prendre deux. Conseil d’un responsable LR expérimenté, fatigué de ces tensions : « Que tout le monde se calme. La surexcitation, ça agace les élus et les Français ».

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