C’est une étude un peu différente des autres, à quelques mois de la présidentielle. Le rapport publié par le think tank Terra Nova ce mercredi, en partenariat avec Cluster 17, démonte la thèse d’un électorat français « liquide », « gazeux », indécis. Le sondage, qui a porté sur 1 506 personnes du 22 au 24 juillet 2026, étudie la structure de l’électorat français pour 2027.
L’électorat français, réparti entre cinq blocs politiques
Le premier résultat de l’étude est la répartition stable des électeurs français dans un camp politique. Ils se décomposent en cinq blocs : gauche radicale, gauche sociale-écologiste, centre, droite libérale-conservatrice et droite nationaliste. « Seuls 19 % ne présentent aucune préférence partisane suffisamment claire, pour être associés à une offre ou à un ensemble d’offres », explique dans la note Jean-Yves Dormagen, président et fondateur de Cluster 17. Parmi ces blocs, presque tous sont sondés aux alentours de 18 % de l’électorat. Un seul se détache : celui de la droite nationaliste, sondé à 27 %.
« Les deux zones de concurrence les plus importantes se situent entre RN et Reconquête, et entre LR et le centre »
L’un des résultats marquants de l’étude est la relative stabilité des blocs, en particulier du bloc de la gauche radicale et de la droite nationaliste. Le premier, associé à la France Insoumise, et le second, associé au RN et à Reconquête, sont ceux avec le noyau d’électeurs le plus fidèle et le plus important. Au sein des blocs plus « modérés », la mobilité est possible, mais seulement vers un bloc « voisin ». Et c’est le bloc de la droite nationaliste qui peut attirer le plus. « Les deux zones de concurrence les plus importantes se situent entre RN et Reconquête, et entre LR et le centre », détaille Jean-Yves Dormagen. Ce dernier explique cette proximité par l’importance, au sein de chaque bloc, de valeurs. La demande de radicalité contre celle de stabilité, d’une part, et la valorisation du cosmopolitisme contre le conservatisme de l’autre. « Les valeurs sont ce qui compte le plus, le plus déterminant », expliquait le sondeur, interviewé ce matin par nos confrères de France Info.
L’enjeu pour les candidats : faire basculer les hésitants de leur camp
Les Français, loin d’être des électeurs indécis en perte de repères, sont donc très conscients des valeurs qui leur sont chères et de quel camp politique les porte. Dans ce contexte, il reste peu de marge aux partis pour convaincre les indécis. S’ils veulent élargir leur base, ils doivent donc faire basculer les plus hésitants de leur camp vers leur offre politique. Ces résultats se rapprochent de ceux d’une enquête d’Antoine Bristielle pour la Fondation Jean Jaurès parue au mois de juin dernier. En étudiant l’électorat de gauche, le chercheur identifie quatre familles : le « noyau insoumis », un bloc stable fidèle à la France Insoumise ; la gauche en rupture avec Jean-Luc Mélenchon, relativement stable et opposée au leader de gauche ; un centre gauche ; et le bloc du vote utile à gauche, sans a priori ni lignes rouges. C’est cet électorat qui est le « pivot de la présidentielle à venir » à gauche, d’après Antoine Bristielle, et c’est vers lui que doivent se pencher les candidats à gauche.
Au premier tour, aucun bloc n’a la majorité
En mettant le modèle de Cluster 17 à l’épreuve de la présidentielle, les résultats ne sont guère différents des autres sondages récents : à gauche, c’est Raphaël Glucksmann qui prend le leadership dans la gauche sociale-écologiste ; au centre, Edouard Philippe attire davantage que Gabriel Attal ; et Bruno Retailleau peine à exister, concurrencé à sa droite par le RN et à sa gauche par Edouard Philippe. Pour autant, aucun des blocs n’obtient de majorité.
Au second tour, Marine Le Pen sort gagnante quel que soit son adversaire
En appliquant le modèle au second tour, Marine Le Pen sort gagnante dans tous les scénarios : à 61 % contre Jean-Luc Mélenchon, à 56 % contre Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann et à 52 % contre Edouard Philippe. « La polarisation rend les reports difficiles. Dans ce contexte, le vote de second tour peut devenir un vote par défaut. L’électeur dont le candidat a été éliminé doit arbitrer entre plusieurs rejets : lequel des deux finalistes lui paraît le moins éloigné ou le moins inacceptable ? », analyse Jean-Yves Dormagen.
« À ce stade, [le front républicain] n’apparaît plus comme un réflexe suffisamment puissant pour agréger les électorats opposés au Rassemblement national »
Fini le front républicain ? « À ce stade, celui-ci n’apparaît plus comme un réflexe suffisamment puissant pour agréger automatiquement les électorats opposés au Rassemblement national », répond le sondeur. Il faut néanmoins se méfier des prévisions, aussi éloignées de la date du scrutin, et alors que toutes les candidatures ne sont pas stabilisées. « Les campagnes peuvent modifier l’intensité des préférences, la crédibilité des candidatures, les anticipations de qualification, la concentration du vote et le niveau de participation », nuance Jean-Yves Dormagen. Alors que la campagne présidentielle commence à peine, cette étude nous fournit une bonne photographie, sur la ligne de départ.