Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
Credit : Chang Martin

Présidentielle : Sarah Knafo, une campagne peut en cacher une autre

À quelques mois de la présidentielle de 2027, Sarah Knafo s’impose comme l’un des visages les plus en vue de Reconquête !. Omniprésente dans les médias, en librairie le 2 septembre avec « Le Casse du siècle », l’eurodéputée de 33 ans assure pourtant qu’Éric Zemmour reste le « candidat naturel » du parti. Une complémentarité revendiquée entre les deux, mais qui nourrit inévitablement une question, derrière la campagne de Éric Zemmour, Sarah Knafo prépare-t-elle aussi la sienne ?
Emma Bador-Fritche

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La rentrée politique de Sarah Knafo ressemble presque à une séquence de campagne. Ce mardi 1er septembre, l’eurodéputée de Reconquête ! enchaîne les rendez-vous. Invitée sur RTL le matin, attendue sur CNews le soir, elle doit ensuite rejoindre à Paris dans la soirée de lancement de son nouveau livre, « Le Casse du siècle », publié chez Fayard, la maison d’édition du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Dans les semaines qui viennent, elle sillonnera encore la France pour une tournée de dédicaces. Une exposition qui contraste avec le discours officiel. À Reconquête !, Éric Zemmour reste « le candidat naturel » pour 2027. Sarah Knafo le répète elle-même. Le 10 mai, dans le Journal du Dimanche, elle assurait : « Je souhaite qu’Éric Zemmour soit notre candidat. » Ce lundi, sur RTL, elle tenait encore la même ligne.

Pourtant, en quelques mois, l’eurodéputée de 33 ans a changé de dimension. En 2022, elle évoluait encore largement dans l’ombre d’Éric Zemmour, alors candidat à l’Élysée, qui avait recueilli 7,07 % des voix au premier tour. Elle est désormais l’un des visages les plus exposés de parti. À la différence du président du parti, elle n’est pas issue du paysage audiovisuel, mais elle y a progressivement conquis sa place, multipliant les plateaux et les prises de parole, notamment depuis les municipales de 2026. À Paris, son score de 10,40 % au premier tour, avant le retrait de sa liste en faveur de Rachida Dati, a encore renforcé sa stature.

Cette montée en puissance n’échappe pas aux cadres du mouvement. Avant même les municipales, certains envisageaient déjà Sarah Knafo comme une possible candidate pour 2027. L’hypothèse a depuis été écartée publiquement, mais elle n’a jamais totalement disparu. Et face au silence d’Éric Zemmour, qui semble reproduire le scénario de 2021 en entretenant le doute sur sa participation à la prochaine présidentielle, les regards se tournent vers elle.

« Le Casse du siècle », bien plus qu’un livre ?

« Ce n’est pas un programme présidentiel », tempère un cadre de Reconquête !. Une précision qui en dit peut-être autant sur le livre que son contenu. Sur le papier, « Le Casse du siècle » est consacré à l’argent public. L’autrice présente l’ouvrage comme une « enquête » pour comprendre « où passe la richesse française » et dénonce « le tour de magie effrayant » par lequel disparaîtrait, selon elle, « en permanence le fruit de nos efforts ». Son remède est chiffré, elle présente 15 mesures censées permettre, selon ses calculs, de réaliser 130 milliards d’euros d’économies chaque année, tout en défendant parallèlement des baisses d’impôts et une nouvelle méthode de gouvernement.

Difficile, dès lors, de considérer cette « enquête » comme un simple livre politique parmi d’autres. Tiré à plus de 100 000 exemplaires, l’ouvrage sera accompagné d’une tournée de dédicaces dans plusieurs villes françaises. La ficelle n’est pas nouvelle. Dans la Ve République, le livre politique a souvent servi de marchepied à une candidature. Nicolas Sarkozy avec « Témoignage » en 2006, Emmanuel Macron avec « Révolution » en 2016 ont utilisé l’exercice pour installer une vision et tester une capacité à incarner autre chose qu’un simple courant politique. En cette année présidentielle, ils sont nombreux à emprunter la même voie : François Hollande avec « Unir », ou encore Bruno Retailleau avec « Réhabiliter la politique », dont la parution s’inscrit, elle aussi, dans cette stratégie de précampagne.

Chez Reconquête !, certains responsables se refusent pourtant à lire « Le Casse du siècle » comme les prémices d’une candidature présidentielle. « Jordan Bardella sort bien un bouquin alors qu’il n’est pas candidat à la connaissance », balaye en ironisant un membre du parti. Une façon, aussi, de relativiser les ambitions présidentielles que nombreux commencent à prêter à l’eurodéputée.

Une complémentarité soigneusement construite ?

Chez Reconquête !, le tandem du couple est présenté comme une répartition des rôles plutôt que comme une concurrence. Éric Zemmour reste sur les thèmes qui ont forgé son identité politique : immigration, identité, sécurité et questions régaliennes tandis que Sarah Knafo s’est imposée sur l’économie, la fiscalité et les finances publiques. « Elle est identifiée sur des sujets économiques, lui sur des sujets régaliens, tels que l’immigration », résume un ancien cadre de Reconquête!.

Une organisation qui peut aussi servir les ambitions présidentielles du mouvement. Encore moins connue du grand public que l’ancien éditorialiste, malgré sa percée et sa montée en visibilité pendant les élections municipales à Paris, Sarah Knafo dispose d’une marge importante pour accroître sa notoriété. « Elle doit gagner encore en visibilité, elle est moins connue que Zemmour », estime le même ancien cadre. Sa présence croissante dans les médias pourrait ainsi en faire un relais précieux pendant la campagne. « Ça peut faire un super porte-parole de campagne », juge-t-il. « Ce n’est pas perdant pour lui. » Surtout, son positionnement permet d’élargir le discours de Reconquête. En 2022, Zemmour avait largement occupé le terrain de l’immigration, de l’identité et du « grand remplacement », tandis que les questions économiques étaient restées davantage en retrait. « Ils se répartissent les choses », résume l’ancien cadre, qui y voit un moyen pour le mouvement de renforcer sa visibilité et de conquérir de nouveaux électeurs.

« Le Z » toujours en pole position

Pour l’heure, cette stratégie s’inscrit dans un scénario où Éric Zemmour reste le candidat privilégié. Le président de Reconquête ! entretient le suspense sur ses intentions, comme en 2021, mais plusieurs responsables du mouvement le voient toujours se lancer dans la course. « Je peux me tromper, mais je suis davantage assuré par la candidature d’Éric Zemmour que je ne l’étais par celle de Jordan Bardella », glisse un membre du parti. Un ancien cadre se montre tout aussi confiant : « Éric Zemmour est très motivé à l’idée d’aller à l’élection présidentielle. »

Reste que Reconquête ! a besoin d’élargir son audience. Créé dans le sillage de la candidature de Zemmour fin 2021, le parti avait connu une forte exposition médiatique lors de la présidentielle de 2022, avant de perdre de son élan. Les départs de plusieurs cadres, dont Marion Maréchal après les européennes de 2024, ont accentué ses difficultés. Face à un Rassemblement national beaucoup mieux implanté, l’eurodéputée peut offrir au mouvement une porte d’entrée différente, moins directement associée aux marqueurs identitaires de son fondateur.

Mais ce qui constitue aujourd’hui un atout pour Éric Zemmour peut aussi devenir, à terme, un risque. En multipliant les prises de parole, en développant une ligne économique identifiable et en parcourant le pays pour défendre son livre, Sarah Knafo accumule les attributs d’une personnalité politique autonome. Jusqu’à nourrir une question qu’elle s’efforce pourtant d’écarter, pourrait-elle, un jour, porter elle-même une candidature ? « Je ne sais pas ce qu’elle a en tête », reconnaît un membre du mouvement.

Une incertitude qui laisse à l’ancien candidat une certaine liberté. Tant que sa candidature n’est pas officialisée, il peut laisser les autres prétendants occuper le terrain et s’exposer aux premières batailles de la campagne. « Il a peu à gagner à se déclarer trop tôt », estime un cadre du parti. Dans cette configuration, Sarah Knafo peut donc apparaître comme l’un des leviers de sa stratégie, elle occupe l’espace, élargit le discours et prépare le terrain, tandis que lui conserve le temps de choisir le moment de son entrée officielle dans la course. « Une candidature, ça se soigne, on fait quelque chose de solennel », balayait-il encore fin juin sur franceinfo.

Port-Marly, premier test grandeur nature

Les 12 et 13 septembre, à Port-Marly (Yvelines), Éric Zemmour et Sarah Knafo afficheront à nouveau un visage uni lors des journées d’été de Reconquête. Tous deux doivent clôturer ce rendez-vous de rentrée, pensé comme une première étape vers 2027. Ce sera leur premier grand événement commun depuis le meeting du Dôme de Paris, pendant la campagne des municipales de mars 2026.

Le rendez-vous permettra surtout de mesurer l’équilibre du tandem. « Je pense que ça sera Z », tranche le membre du parti interrogé. Mais en politique, les déclarations du jour ne valent pas toujours engagements pour demain. À force de faire campagne pour son compagnon, Sarah Knafo pourrait finir par construire sa propre campagne. Et à force de lui laisser de la place, Éric Zemmour pourrait avoir contribué à faire émerger celle qui, demain, pourrait lui succéder.

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