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Siege du groupe France TV France televisions reunissant toutes les chaines du service public Crédit : Mario FOURMY/SIPA

Rapport Alloncle sur l’audiovisuel public : la droite sénatoriale salue une « base de discussion », la gauche dénonce une étape vers la privatisation

Charles Alloncle a publié ce mardi 5 mai son rapport issu de la très controversée commission d’enquête sur l’audiovisuel public. La majorité sénatoriale LR, qui pousse depuis plusieurs années pour une réforme, y voit la base d’un futur texte sur la rationalisation des missions du service public. À gauche, on s’inquiète des velléités de privatisation affichées par l’extrême-droite, quand bien même le rapport Alloncle n’en fait pas directement mention.
Christian Mouly

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Rarement un rapport parlementaire aura fait l’objet d’autant d’attention… et de critiques. Au terme de six mois de travaux houleux à l’Assemblée nationale, ponctués de coups de sang et d’invectives lors des auditions, le député Charles Alloncle (UDR) a rendu ce mardi 5 mai son fameux rapport sur l’audiovisuel public.

Un document qui a failli ne jamais voir le jour, validé à seulement deux voix près par les députés composant la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Son contenu – 69 propositions éventées depuis plusieurs jours dans la presse – dessine sans surprise une forte cure d’austérité et d’amincissement pour France Télévisions, Radio France et France Médias Monde.

Charles Alloncle, rapporteur de la commission, y affiche sa volonté de réduire le budget de l’ensemble de 25 %, en le passant de 4 à 3 milliards d’euros par an. Pour y parvenir, il projette plusieurs fusions : France 2 et France 5 ; France Info et France 24 ; et les stations télés France 3 régions et de radio Ici (ex-France Bleu). Exit, aussi, France 4 et France TV Slash, que le député veut tout simplement supprimer. Le rapport prône également la réduction de la diffusion de jeux télé et du sport pour une économie de 170 millions d’euros.

« On y retrouve les obsessions de l’extrême droite »

« On y retrouve tous les ingrédients et les obsessions de l’extrême droite, réagit la sénatrice socialiste Sylvie Robert (PS), à l’unisson du reste de la gauche. Ces préconisations, qu’il a faites en prenant en otage l’audiovisuel public, plaident pour une centralisation extrême et un appauvrissement éditorial, avec moins de culture et de cinéma indépendant. » Charles Alloncle veut que les dirigeants de l’audiovisuel public soient à nouveau nommés par le président de la République après avis des commissions des Affaires culturelles du Parlement. Une pratique inaugurée par Nicolas Sarkozy, puis abandonnée sous François Hollande.

La sénatrice y voit des conclusions cousues de fil blanc. « (Charles Alloncle) a d’emblée instillé le doute sur l’audiovisuel public, prétendant que c’était un repaire de gauchistes. Il a commencé ainsi et tout le rapport n’est que la confirmation de ce qu’on aurait pu attendre dès le départ », regrette-t-elle. Le rapport propose notamment d’intégrer un « engagement de neutralité et d’impartialité » dans les contrats des salariés des médias publics.

« Les recommandations méritent d’être débattues »

Le député UDR, dont le parti est allié au RN, est accusé d’avoir transformé la commission d’enquête en outil de communication politique, réduite à des capsules vidéo chocs postées par le rapporteur lui-même sur les réseaux sociaux, lui valant de sortir de l’anonymat. Ses passes d’armes musclées avec le présentateur vedette Nagui ou la présidente de France TV Delphine Ernotte ont enflammé les débats. Au point que le Président de la commission d’enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), souvent dépassé par les événements, appelle maintenant à un meilleur encadrement de l’exercice.

En dépit de ces méthodes jugées baroques, la droite sénatoriale se voit confortée dans sa volonté de réforme de l’audiovisuel public. « On peut avoir des doutes sur les insinuations ou les attaques personnelles, mais les recommandations méritent d’être débattues », pose le sénateur LR Max Brisson.

Première étape vers la privatisation ?

« C’est, en tout état de cause, une base de discussion, comme le sont les rapports que nous avons faits au Sénat dans les dernières années. […] Il y a non seulement un problème de financement, mais aussi de périmètre et d’impartialité. Ces trois thèmes sont repris dans le rapport », abonde Roger Karoutchi (LR), indifférent à la rudesse des débats imposés par Charles Alloncle : « C’est une commission d’enquête, pas un salon de thé. »

Il y a quatre ans, Roger Karoutchi et son collègue Jean-Raymond Hugonet (LR) proposaient déjà de fusionner France TV et Radio France. Avant que Rachida Dati, devenue ministre de la Culture, ne reprenne une autre proposition sénatoriale visant à bâtir une holding réunissant toutes les entités publiques. Clivant, le projet de loi a été mis sur pause par le gouvernement. « Ça fait 10 ans qu’on attend une grande loi sur l’audiovisuel. L’échec de Macron est patent sur ce sujet », déplore Max Brisson.

Réunis sur la nécessité d’une remise à plat de l’audiovisuel public, droite et extrême-droite sont toutefois divisés sur le contenu de la réforme. Car derrière les propositions du rapport Alloncle, beaucoup voient le spectre de la privatisation. Éric Ciotti, à la tête de l’UDR, Marine le Pen et Jordan Bardella l’ont explicitement appelée de leurs vœux. Le rapport vise à « préparer les esprits », a d’ailleurs accusé ce matin Jérémie Patrier-Leitus, ce que dément Charles Alloncle. « Il n’assume pas de le dire, mais il fait tout pour qu’on arrive à cette conclusion », partage Sylvie Robert.

2027 en guise de juge de paix

La privatisation, LR s’y est toujours refusé. Et ses élus ne partagent pas la méthode de Charles Alloncle, axée sur les coupes budgétaires. « Je ne suis pas pour dire à l’avance, avant même le débat : « il y a trop de chaînes, il y a trop de financement ». Qu’on débatte d’abord sur les missions du service public et, à partir de là, ça définit le périmètre et le financement », plaide Roger Karoutchi. De leur côté, Laurent Lafon (union centriste), partisan de la holding, et Max Brisson jugent « peu raisonnable » le milliard d’euro d’économies vanté par le rapport Alloncle.

« J’ai regretté la méthode, j’aurais voulu qu’on travaille d’abord sur la vision de l’audiovisuel public », pointe aussi Sylvie Robert. Tous ont désormais le regard tourné vers la présidentielle 2027, probable juge de paix pour l’avenir de l’audiovisuel public, devenu objet central de la bataille culturelle entre l’extrême-droite, la droite et la gauche.

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