Depouillement votes municipales 15 mars 2026. Premier tour, Paris.
Depouillement des votes pour les elections municipales du 15 mars 2026 a la mairie du 15e arrondissement a Paris. Paris, FRANCE-15/03/2026.//FRANCOLONXAVIER_xfrancolonDepouillementVotes007/Credit:Xavier Francolon/SIPA/2603152323

Résultat du premier tour des municipales : quels sont les enseignements du scrutin ?

Percée de LFI, dilemme des alliances pour le PS et les écologistes, le RN bien placé à Marseille et Toulon, la droite résiste dans les villes moyennes, Edouard Philippe bien parti pour conserver le Havre et maintenir sa candidature à la présidentielle… On fait le point sur les enseignements du premier tour des élections municipales.
Simon Barbarit

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Si les élections municipales intéressent particulièrement les Français, la cuvée 2026 n’a pas échappé à un désamour démocratique qui s’installe dans le pays depuis plusieurs années. Les différents instituts de sondage ont établi que la participation se situait entre 56 % et 58,5 %, contre 63,55 % en 2014, dans la continuité d’une baisse observée depuis plus de 40 ans, particulièrement chez les jeunes et dans les quartiers populaires. Lors des municipales de 2020, organisées dans le contexte de la pandémie de covid-19, l’abstention avait atteint un record historique. 55,3 % des électeurs ne s’étaient pas déplacés.

Il faut remonter à 2001 pour voir des municipales se dérouler un an avant une élection présidentielle. Un contexte à prendre en compte pour des élections où les étiquettes partisanes comptent moins que pour d’autres scrutins.

Des maires RN élus dès le premier tour

Dans cette campagne nationalisée, où les thèmes de la sécurité et des finances publiques ont primé, le Rassemblement national, dont le représentant sera le favori de la prochaine présidentielle, peut, dès le premier tour, se satisfaire de bons résultats. Plusieurs de ses maires ont été élus dès le premier tour, comme Nelson Chaudon, maire de Beaucaire, à Perpignan, plus grande ville de France aux mains de Louis Aliot, le vice-président du RN, à Hénin-Beaumont Steeve Brisois a été réélu avec 78 % des voix ou David Rachline à Fréjus (51,33 %). Quelques nouvelles villes comme Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) ont aussi été remportées. A Toulon, la députée RN Laure Lavalette est en tête mais avec peu de réserves de voix. A Marseille, Franck Allisio talonne le maire proche du PS, Benoît Payan arrivé en tête. « Dans de nombreuses communes, les candidats du RN arrivent en tête du scrutin ou sont en bonne position pour l’emporter dimanche prochain », a pointé Jordan Bardella, le président du parti.

La percée LFI

Pointée du doigt dans la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, et embarrassée par les propos ambigus aux relents antisémites de Jean-Luc Mélenchon, la campagne « antifasciste » de LFI a payé dans les urnes. Jean-Luc Mélenchon s’est félicité d’une « percée historique », citant parmi les conquêtes possibles Lille, Roubaix, Limoges, Saint-Denis et Toulouse. Dans la ville rose, le député LFI François Piquemal est même parvenu à passer devant son rival socialiste François Briançon, tous deux largement derrière le maire sortant Jean-Luc Moudenc. A Lille, la candidate insoumise a créé la surprise, dans un mouchoir de poche avec le maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, héritier de Martine Aubry. Quant à Roubaix, le député LFI David Guiraud a pris une sérieuse option sur la mairie avec 45 % des voix, ce qui en ferait la plus grande ville gérée par le parti mélenchoniste. LFI est aussi en position d’arbitre dans plusieurs autres grandes villes, notamment à Paris où Sophia Chikirou, donnée autour de 12 %, a promis de se maintenir si le candidat PS, Emmanuel Grégoire ne lui propose pas une fusion « antifasciste ».

Cette progression du parti de Jean-Luc Mélenchon annonce des tractations ardues d’ici au dépôt des listes pour le second tour, mardi à 18h. A ce moment-là, les têtes de liste devront avoir décidé s’ils se maintiennent, fusionnent ou se désistent. Il faut avoir obtenu plus de 10 % des voix pour se maintenir au deuxième tour.

Tractations en vue à gauche

Dans ce rapport de force à gauche, déterminant pour la campagne présidentielle, le Parti socialiste, dont plusieurs de ses cadres souhaitent rompre définitivement avec LFI, voient leur ligne fragilisée par les bons résultats des Insoumis. Le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a répété qu’il n’y aurait « pas d’accord national » entre les deux partis. « A Paris, Marseille, Toulouse, Nantes, Rennes, Rouen, Montpellier, Nancy, Lille, Villeurbanne, Le Mans, Saint-Etienne, Amiens, Avignon, Blois, Dijon, Saint-Denis et tant d’autres, nous sommes en tête et en mesure de l’emporter au second tour », s’est félicité Olivier Faure, en saluant aussi « la victoire des 350 maires socialistes qui ont été réélus, de Saint-Denis de La Réunion à Lens ».

Le secrétaire général du PS, Pierre Jouvet, un proche d’Olivier Faure, avait affirmé qu’il y aurait « peut-être » des accords de second tour avec LFI « dans certains endroits ». Mais après que le PS a dénoncé des propos « antisémites » de Jean-Luc Mélenchon, ce cadre socialiste avait apporté une condition à d’éventuels accords locaux avec LFI : que les militants insoumis « se désolidarisent des propos de Jean-Luc Mélenchon »

Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a lui « tendu la main » aux autres listes de gauche « partout où la droite et l’extrême droite menacent ».

Plus ouverte à des alliances, l’Ecologiste Marine Tondelier a appelé à « éliminer la droite et l’extrême droite ». Ce qui pourrait arriver à Lyon, où le favori des sondages, Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre, est finalement arrivé au coude-à-coude avec le maire écologiste Grégory Doucet, ce qui augure un « match retour » serré.

Les Ecologistes, qui étaient donnés en mauvaise posture dans ses mairies après la « vague verte » de 2020, s’en tirent mieux que prévu, à Lyon mais aussi à Poitiers, où la maire sortante est en tête.

La droite en mauvaise position dans les grandes villes

Chez Les Républicains, un parti ancré dans les villes moyennes et dans les zones rurales, Bruno Retailleau a préféré voir le verre à moitié plein. « La droite est, plus que jamais, la première force politique locale ». « Dans près d’une commune sur deux de plus de 9 000 habitants, c’est un candidat Les Républicains ou une liste alliée qui arrive en tête. La droite fait mieux que résister. La droite se renforce », s’est félicité le patron de LR. Toutefois les espoirs de conquête de la droite dans les grandes villes sont minces, comme à Lyon et Paris où Rachida Dati est largement devancée par le PS Emmanuel Grégoire. Le positionnement du candidat Horizons, Pierre-Yves Bournazel et de la candidate Reconquête Sarah Knafo seront aussi déterminants.

Autre mauvaise nouvelle pour LR : le score à Nice d’Éric Ciotti (43,5 %), son ancien président qui s’est allié au RN. Il arrive largement en tête au premier tour face au sortant Christian Estrosi (30,7 %), vice-président d’Horizons, soutenu par LR. Les espoirs de la droite se portent désormais sur Besançon, ville de gauche depuis près d’un siècle, où son candidat Ludovic Fagaut arrive en tête du premier tour avec 38 % des voix, largement devant la sortante écologiste Anne Vignot.

Bruno Retailleau, qui s’est également lancé dans la course à l’Elysée il y a un mois, a d’ailleurs un message d’unité pour ses électeurs : « pas de division, pas de dispersion » pour fermer le passage à la gauche et au Rassemblement national au second tour.

Edouard Philippe peut souffler

Un autre candidat déclaré à la présidentielle, Edouard Philippe est bien positionné au Havre, lui qui a fait de sa réélection le prérequis pour poursuivre sa candidature à l’Élysée. Autre candidat potentiel pour 2027, le communiste Fabien Roussel est réélu à Saint-Amand-les-Eaux (Nord).

Enfin, du côté de Renaissance qui avait fait le choix d’une campagne a minima, faute d’implantation locale Gabriel Attal, le secrétaire général du parti s’est félicité de voir franchie « la barre des 100 maires Renaissance élus dès le premier tour », citant par exemple la réélection de Franck Riester à Coulommiers (Seine-et-Marne), Nathalie Nieson Bourg-de-Péage (Drôme) ou encore Jean-Charles Orsucci à Bonifacio (Corse-du-Sud).

Avec l’Afp

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