« Les pousse-seringues, pacemakers et défibrillateurs peuvent se faire hacker par une puissance étrangère qui pourrait prendre le contrôle », prévient le ministre de la Santé

« La santé peut aussi être une arme », prévient Yannick Neuder, qui a dévoilé sa feuille de route devant le Sénat. Il présentera « la semaine prochaine », en Conseil des ministres, le plan sur la santé mentale. Il entend aussi mieux lutter « contre la fraude sociale ». « Favorable aux campagnes de prévention » sur l’alcool, Yannick Neuder explique pratiquer « chaque année » lui-même « le dry january ».
François Vignal

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Après un budget de la Sécurité sociale adopté avec un énorme retard, pour cause de censure du gouvernement Barnier, c’est seulement ce mercredi, deux mois après sa nomination, que le ministre de la Santé et de l’Accès aux soins, Yannick Neuder, a été auditionné devant la commission des affaires sociales du Sénat pour présenter sa feuille de route.

« J’ai bien conscience que je suis le quatrième ministre de la santé en 2024. L’objectif d’ici l’été est de prendre tous les dossiers en attente, en jachère », explique-t-il en ouverture de son audition. Et la pile sur le bureau du ministre est grande. Outre les textes sur l’interdiction des « puffs » et celui sur l’interdiction du gaz hilarant, il cite pêle-mêle la « question de la quatrième année de médecine » pour lutter contre les déserts médicaux, idée venant du Sénat, « l’accès à l’IVG dans les territoires », la question de la santé périnatale, qui a fait l’objet d’un rapport des sénatrices Annick Jacquemet (UC) et Véronique Guillotin (RDSE).

« Quatrième plan national des maladies rares, qui ajoute trois diagnostics néonataux précoces »

Le ministre évoque aussi le « quatrième plan national des maladies rares, qui ajoute trois diagnostics néonatals précoces », avec notamment la question de la détection de l’amyotrophie spinale, qui concerne environ 120 enfants par an. « Il y a urgence à dépister. […] Cela fait autant de bébés qui ne décéderont pas », prévient-il. Autre sujet : celui de « la protection des soignants », sans oublier le plan de « santé mentale, que je présenterai en Conseil des ministres la semaine prochaine ». Il devait l’être ce mercredi, mais il a été reporté en raison de l’actualité internationale.

Autre dossier sur la pile du ministre : « La lutte contre la fraude sociale, qui sera au cœur de nos préoccupations ». « C’est une manne de 13 milliards d’euros potentiels de fraude à aller chercher », soutient le ministre. Il y a encore du chemin. Dans le PLFSS 2024, on compte « 500 millions de retours de fraude ». L’objectif pour 2025 est de « 900 millions d’euros ». Yannick Neuder le reconnaît : « Il y a des marges de progression importantes ».

« La santé peut aussi, dans certaines situations, être une arme »

Le ministre entend aussi porter une « réflexion sur les questions de souveraineté sanitaire ». Car « la santé peut aussi, dans certaines situations, être une arme », prévient l’ancien député LR de l’Isère.

« Nous devons protéger nos systèmes informatiques des très nombreuses attaques que nous avons régulièrement », souligne Yannick Neuder, avant d’ajouter, dans des propos qui laissent songeur, qu’il y aura un plan de « 45 millions d’euros supplémentaires pour protéger nos systèmes informatiques des hôpitaux et centres médico sociaux. Car dans certaines attaques, on s’est retrouvés à devoir transférer les patients, car nous avions perdu le contrôle. Je ne veux faire peur à personne, mais vous savez très bien que tous nos pousse-seringues, nos pacemakers, nos défibrillateurs sont des outils qui peuvent se faire hacker », et on peut « avoir une puissance étrangère qui pourrait prendre le contrôle de tout ça ».

Yannick Neuder « plutôt favorable » à l’interdiction de la publicité sur l’alcool fort

Sur la question des méfaits de l’alcool, à l’origine de 49.000 morts par an en France, le ministre semble ne pas vouloir faire l’autruche. La défense de la filière viticole avait jusqu’ici son rond de serviette à l’Elysée, depuis Emmanuel Macron, au détriment des politiques de sensibilisation. Mais Yannick Neuder affirme qu’il ne peut « être que favorable sur des campagnes de prévention ». « J’ai fait moi-même le dry january, pas parce que je suis ministre, mais parce que je le fais chaque année », affirme celui qui est à l’origine cardiologue, répondant à une question de la sénatrice PS Marion Canalès, auteure d’une proposition de loi pour mieux réguler la publicité pour l’alcool sur les réseaux sociaux.

Il pointe « l’impact de l’alcoolisation aiguë sur les jeunes publics, facteur d’accidentologie, d’impact sur le développement cérébral, de beaucoup d’impacts cardiovasculaires », souligne-t-il, mais « il faut distinguer ça de toute mesure qui seraient mal comprises des filières œnologiques ».

Il évoque « la proposition de loi portée par la parlementaire de La Réunion, Karine Lebon, qui veut encadrer et interdire la publicité sur les alcools forts. Je l’avais cosignée, comme député, donc j’y suis plutôt favorable », soutient le ministre de la Santé, qui ajoute que le texte prévoit aussi « l’interdiction » de la publicité pour l’alcool « à proximité des lieux scolaires ».

Prolongation « d’un an » de l’expérimentation du cannabis thérapeutique

Sur le cannabis thérapeutique, dont il avait prolongé l’expérimentation in extremis, « le 31 décembre, vers 22/23 heures », soit juste après sa nomination, il entend continuer sur cette voie pour que « les patients n’aient pas de rupture de traitement. Ils sont environ 150 ».

« Je vais signer une nouvelle lettre de couverture pour prolonger encore un an l’expérimentation et permettre l’émergence d’une filière, car beaucoup d’industriels sont intéressés », relève-t-il. En revanche, il souligne son « opposition très ferme au cannabis récréatif ».

« Nous formons le même nombre de médecins qu’en 1970, mais nous sommes 15 millions de plus »

Le ministre de la Santé a aussi, en tête, des sujets davantage de « moyens terme », comme « la transition démographique, la désertification médicale ». Il compte notamment sur le décret, qu’il devrait prendre au mois de mai, « pour permettre aux 3.700 docteurs juniors », dans le cadre de la nouvelle quatrième année de médecine, de s’installer. « Ça fait une quarantaine de docteurs juniors par département, d’ici novembre 2026 ».

Concernant les médecins étrangers, au nombre de 4.000 en 2024, il souhaite « transformer le concours national en examen », via un texte de loi, qu’il espère voir « avant l’été ». « Les médecins étrangers sont indispensables au fonctionnement des hôpitaux », rappelle le ministre. Au total, avec les « 12.000 médecins » formés annuellement, « ça commence à faire du monde ».

Mais globalement, « nous manquons de soignants en France. Les lits fermés le sont par défaut de professionnels ». Il ajoute : « Nous formons le même nombre de médecins qu’en 1970, mais nous sommes 15 millions de plus, avec des comorbidités, des populations âgées. Et quelque chose qui n’a été anticipé par personne, c’est le rapport au travail. Maintenant, quand un médecin généraliste s’en va, il faut 2,3 médecins pour le remplacer ». Mettre fin aux déserts médicaux nécessitera, pour Yannick Neuder, de durer plus longtemps que ses prédécesseurs de l’année 2024.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Medecin Generaliste nouvelle grille tarifaire
6min

Santé

« Une situation grave » : l’accès aux soins demeure difficile dans beaucoup de territoires, pointe un rapport

Le nouvel état des lieux de la fondation Jean Jaurès révèle des délais d’attente encore très importants dans certains territoires pour consulter un spécialiste de santé. Une situation qui ravive les débats sur la nécessité de contraindre les médecins à s’installer dans les déserts médicaux, alors qu’une proposition de loi en ce sens arrive au Sénat en juin.

Le

« Les pousse-seringues, pacemakers et défibrillateurs peuvent se faire hacker par une puissance étrangère qui pourrait prendre le contrôle », prévient le ministre de la Santé
3min

Santé

Réseaux sociaux : « Interdire aux moins de 15 ans n’a aucune justification sur le plan cérébral », rappelle ce chercheur

La rentrée des collégiens se fera-t-elle sans TikTok ? C’était la promesse du président de la République qui espérait faire de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans l’un des derniers actes politiques de son second quinquennat. Si les risques d’exposition à des contenus violents, voire d’addiction, sont réels, la question de l’interdiction ne résout pas tout. Pire, elle ne reposerait sur aucun consensus scientifique. Comment accompagner les ados dans leurs usages, quel rôle pour les parents ? Pour en parler, Axel de Tarlé reçoit Agnès Evren, sénatrice de Paris, et Grégoire Borst, chercheur en psychologie du développement, dans l’émission Et la santé ça va ?.

Le

« Les pousse-seringues, pacemakers et défibrillateurs peuvent se faire hacker par une puissance étrangère qui pourrait prendre le contrôle », prévient le ministre de la Santé
3min

Santé

Hantavirus et fake news : « Les anti-vax ont vraiment été bercés trop près du mur », tacle le sénateur Bernard Jomier

Ce mercredi après-midi, à l’occasion de la séance de questions d’actualité au gouvernement, le sénateur Place Publique Bernard Jomier a interpellé la ministre de la Santé sur les contenus de désinformations qui inondent déjà les réseaux à propos de l’hantavirus. Il a également pointé du doigt les campagnes de dénigrement lancées par certains internautes contre la communauté scientifique.

Le