Nouvelle étape judiciaire dans l’affaire Patrick Bruel. Le parquet de Nanterre a annoncé mercredi 10 juin avoir requis l’ouverture d’une information judiciaire contre le chanteur et acteur pour des faits présumés de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel. Il demande également sa mise en examen ainsi que son placement en détention provisoire.
L’artiste, âgé de 67 ans, doit être présenté à trois juges d’instruction après avoir passé 48 heures en garde à vue. Les faits retenus par le parquet concernent neuf femmes et se seraient déroulés entre 2000 et 2019.
Neuf victimes au cœur de la procédure
Selon le ministère public, quatre des neuf victimes ont déposé plainte avec constitution de partie civile, notamment pour des faits qui avaient auparavant fait l’objet d’un classement sans suite.
Le parquet estime désormais que les éléments réunis justifient l’ouverture d’une information judiciaire. Les juges d’instruction devront déterminer s’il existe des charges suffisantes pour poursuivre les investigations dans le cadre d’une mise en examen.
Lundi, les avocats de Patrick Bruel, Mes Céline Lasek, Fanny Colin et Christophe Ingrain, avaient indiqué que leur client s’était tenu à la disposition de la justice depuis plusieurs semaines afin de pouvoir répondre aux accusations devant les autorités compétentes.
Treize autres dossiers joints à l’information judiciaire
Au-delà des neuf victimes visées par les réquisitions du parquet, les procédures concernant treize autres femmes ont été jointes au dossier. Ces dernières dénoncent des faits de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles ou harcèlement sexuel qui auraient été commis entre 1992 et 2008.
À ce stade, ces faits apparaissent prescrits. Toutefois, leur jonction à l’information judiciaire doit permettre aux magistrats de vérifier définitivement la question de la prescription et d’appréhender l’ensemble des accusations formulées contre l’artiste.
Cette décision est saluée par plusieurs conseils de plaignantes, qui y voient la reconnaissance du caractère potentiellement systémique des faits dénoncés.
Les avocates des plaignantes saluent un tournant
Me Myriam Guedj-Benayoun, qui représente notamment deux femmes accusant Patrick Bruel de violences sexuelles en Belgique en 2010 et dans le Vaucluse en 2015, a estimé que les victimes allaient enfin pouvoir faire entendre leur voix dans le cadre d’une procédure judiciaire approfondie.
De son côté, Me Jade Dousselin a évoqué une « première victoire judiciaire » pour les femmes qui ont décidé de saisir la justice. L’avocate a notamment rendu hommage à Daniela Elstner, dont le témoignage a contribué à relancer l’affaire.
Révélée par Mediapart en mars dernier, cette dernière accuse Patrick Bruel de l’avoir agressée sexuellement et d’avoir tenté de la violer lors du Festival du film français d’Acapulco, au Mexique, en novembre 1997. Âgée de 26 ans à l’époque, elle travaillait alors comme assistante pour Unifrance.
Pour Me Iris Biehler, qui défend deux autres plaignantes, les réquisitions du parquet constituent « un signal fort » démontrant que la justice a pris la mesure de la gravité et du nombre des accusations portées contre le chanteur.
Trois nouvelles plaintes annoncées
L’affaire a connu un nouveau développement au cours de la garde à vue de l’artiste. Trois nouvelles plaintes pour viol ou tentative de viol ont en effet été annoncées par les avocates de plusieurs accusatrices.
L’une des nouvelles plaignantes affirme avoir subi une tentative de viol en 2000 alors qu’elle était âgée de 19 ans. Les deux autres femmes souhaitent désormais être entendues par un juge d’instruction dans le cadre des accusations qu’elles portent contre le chanteur.
Ces nouvelles démarches pourraient conduire les magistrats à élargir encore le champ de leurs investigations.
Des critiques sur la lenteur de la procédure
Certaines avocates regrettent toutefois le temps nécessaire pour parvenir à cette étape judiciaire. Me Carine Durrieu Diebolt, qui représente l’une des plaignantes, s’est interrogée publiquement sur le nombre de témoignages qu’il a fallu réunir avant que des poursuites soient envisagées.
Elle a également salué le courage des femmes qui ont accepté de témoigner malgré la notoriété de l’artiste, estimant que leur mobilisation collective a permis à l’affaire d’avancer.
Des réactions politiques ont également émergé. Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a jugé les réquisitions du parquet significatives tout en regrettant qu’il ait fallu plusieurs dizaines de témoignages pour que le chanteur soit entendu par les enquêteurs.
Une tournée annulée
Depuis les révélations publiées au printemps, Patrick Bruel fait face à une multiplication des accusations. L’artiste conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés et continue de clamer son innocence.
Sous la pression de cette affaire judiciaire, il a annoncé l’annulation de la majeure partie de sa prochaine tournée, qui devait débuter à la mi-juin à Paris avant de se poursuivre dans plusieurs festivals.
La décision des juges d’instruction sur sa mise en examen et les éventuelles mesures de sûreté pourrait désormais marquer un tournant majeur dans cette affaire, qui reste soumise au principe fondamental de la présomption d’innocence.
(Avec AFP)