Ce sont des images qu’on ne voit habituellement pas en France. Une énorme tornade a tout dévasté sur son passage, lundi 24 août, dans la petite commune de Pomas, dans l’Aude, près de Carcassonne. Le bilan humain fait état pour le moment de 39 victimes, dont 17 ont été hospitalisées et deux se trouvent en urgence absolue. D’une puissance rare dans le pays, les vents extrêmement violents de cette tornade n’ont laissé aucune chance aux bâtiments. 300 des 476 maisons de ce village de 1000 habitants sont détruites.
Le sénateur PS de l’Aude, Sébastien Pla, présent sur place ce mardi, raconte un paysage de dévastation. « Il n’y a plus rien debout, toutes les toitures sont par terre, on ne peut pas circuler dans la rue, c’est indescriptible », témoigne le sénateur socialiste. Pour aider les habitants à sortir de ce « marasme », il a écrit ce matin au premier ministre pour que l’Etat leur vienne en aide financièrement. « Il serait anormal qu’un particulier ou un chef d’entreprise doive financer une partie de la reconstruction, si l’assurance a failli », pointe Sébastien Pla. Entretien.
Vous vous êtes rendu à Pomas ce mardi. Quelle est la situation sur place ?
C’est terrible, ce qu’on vit. J’étais sur place toute la matinée. C’est l’apocalypse. J’ai vu un village totalement détruit. Il n’y a plus rien debout, toutes les toitures sont par terre, on ne peut pas circuler dans la rue, c’est indescriptible. Je n’ai jamais vu ça, à part dans les pires scénarios de films américains.
Pouvez-vous décrire ce que vous avez vu ?
Des maisons, des lotissements sont totalement détruits. Il n’y a pas une toiture qui a résisté. Les rues sont jonchées de détritus. C’est comme s’il y avait eu une bombe. J’étais tétanisé de voir ça. Après l’incendie des Corbières, l’année dernière, j’étais traumatisé. Là, c’est pire. Je suis choqué.
J’ai vu un entrepreneur en travaux public qui a totalement tout perdu. Tous ses dépôts, ses bureaux, tout est explosé. Des conteneurs, qu’on met sur les bateaux, ont volé sur 200 mètres ! Des véhicules sont éventrés, des voitures enchevêtrées l’une dans l’autre, des camions sont retournés. Je ne suis pas persuadé qu’on a déjà vu ça en France.
Partout dans le village, les vitres sont explosées. Avec des morceaux de linteau tombé dessus. Il y aurait eu quelqu’un dehors, il était mort. C’est hallucinant. Mais quand on voit le peu de dégâts humain, on a eu de la chance. On est passé à côté de la catastrophe de ce côté-là.
Avez-vous vu le maire de Pomas ?
Oui, je l’ai vu ce matin à 8 heures. On a passé la matinée ensemble. Le maire est courageux. C’est un nouveau maire, Hervé Giné. Sur place, il y a l’aide de l’agglomération de Carcassonne, des communes voisines. Il y a une culture de la solidarité exceptionnelle, un élan de solidarité tel, qu’il faut même arriver à le gérer.
Qu’attendez-vous de l’Etat face à cette catastrophe ?
La question maintenant, ça va être la manière de décréter l’état de catastrophe naturelle pour les communes. Et le gros boulot porte sur la rapidité avec laquelle les experts des assurances vont expertiser la nature des dégâts.
Il faudra tout reconstruire et ce n’est pas certain que les assurances couvrent totalement les dégâts. Il faut absolument que le gouvernement soit au rendez-vous. J’ai écrit au premier ministre ce matin pour lui demander de faire le nécessaire en lançant la déclaration de catastrophe naturelle et que l’intégralité du coût de la reconstruction soit prise en charge. Il serait anormal qu’un particulier ou un chef d’entreprise doive financer une partie de la reconstruction, si l’assurance a failli. Sur les inondations, il y a des systèmes qui permettent de prendre en charge le différentiel entre le coût de la reconstruction et l’indemnisation des assurances. Il faut pouvoir reconstruire à l’identique, sans que ça coûte un centime aux habitants de Pomas.
Il faut tout reconstruire, chez les particuliers, les entreprises mais aussi les édifices publics. Le maire a tout perdu : l’école est éventrée, la toiture de la salle des fêtes a pété. Il faudra refaire tous les équipements publics. Il faut déplafonner les aides publiques pour la commune. La solidarité nationale doit permettre la prise en charge du différentiel si les compagnies d’assurance ne couvrent pas tout. On ne peut pas laisser les gens dans le marasme, sachant qu’il risque de pleuvoir d’ici la fin de la semaine. Il y a un traumatisme. J’ai vu des gens complètement abasourdis de la situation. C’est la folie, c’est comme un bombardement.
Vous faites le lien entre la tornade et le changement climatique ?
Bien sûr. C’est une évidence. Globalement, dans l’Aude, on est frappé, depuis une vingtaine d’année. On a des inondations assez régulièrement, car la Méditerranée se réchauffe anormalement, ce qui entraîne des pluies avec des épisodes cévenols. On a eu droit à deux grosses inondations, en 1998 et 2018. D’ici novembre, il y aura des inondations catastrophiques autour de la Méditerranée. Avec la chaleur, les canicules, on a des risques incendies. L’année dernière, on a eu l’un des plus gros incendies de l’histoire de France, dans les Corbières. L’été, on a aussi des orages, la culture et la viticulture prennent très cher et sont détruites. On a une amplification et un enchaînement des événements exceptionnels qui sont à mettre en corrélation avec le réchauffement climatique. Il faut arrêter de le nier, c’est une évidence. L’Aude paie un très lourd tribut au changement climatique.