C’est sur la base d’un constat sévère et préoccupant que la délégation sénatoriale aux Outre-mer a décidé de lancer ses travaux sur l’avenir des filières économiques dans les Outre-mer. En 2021, l’Agence française de développement estimait que la croissance économique des Outre-mer serait, à l’horizon 2050, « molle, déséquilibrée et insuffisante ». Pour rappel, dans chacun des territoires d’Outre-mer, le PIB par habitant reste inférieur à celui observé dans l’Hexagone. Les écarts peuvent même être d’un à quatre comme dans le cas de Mayotte.
Les 21 recommandations de ce rapport transpartisan tentent de répondre à ces difficultés et envisagent plusieurs pistes pour revitaliser l’économie des Outre-mer. « Si aucune stratégie n’est mise en œuvre, cette croissance restera atone », affirme l’une des rapporteures, Marie-Laure Phinera-Horth (RDPI), sénatrice de Guyane.
Une situation de « crise grave des filières historiques »
Dans un premier temps, le rapport dresse un bilan préoccupant des filières économiques historiques des Outre-mer. Si la filière banane reste importante en Martinique et en Guadeloupe, les sénatrices jugent néanmoins que la filière est fragilisée par la concurrence et les maladies fongiques. De la même manière, la filière canne à sucre a vu ses rendements s’effondrer sur les quinze dernières années. Selon les co-rapporteures, la filière pêche est également en difficulté et peu compétitive, reposant quasiment essentiellement sur des embarcations de petite taille.
Partant de ce constat, Annick Girardin (RDSE), sénatrice de Saint-Pierre et Miquelon, appelle à développer « une stratégie nationale à destination des économies ultramarines » pour y diversifier l’activité économique. « Cela passe d’abord par le développement économique et la création d’emplois privés pour répondre à cette situation d’essoufflement voire de crise grave des filières historiques », explique Micheline Jacques, sénatrice de Saint-Barthélemy (LR) et présidente de la délégation sénatoriale aux Outre-mer.
Les rapporteures favorables à la relance des projets de recherche d’hydrocarbures
Pour favoriser ce développement, le rapport propose d’étudier la création d’un établissement financier public dédié au financement des entreprises d’outre-mer regroupant notamment la Caisse des dépôts, l’AFD ainsi que d’autres agences de l’Etat. Avec d’autres recommandations préconisant de renforcer l’accompagnement technique, juridique et scientifique des entreprises, les sénatrices jugent essentielle la diversification des activités existantes et la création de filières tournées vers l’export.
Parmi ces filières, le rapport plaide pour une modification du code minier afin de relancer la recherche d’hydrocarbures, notamment en Guyane. Le Sénat avait d’ailleurs adopté une proposition de loi en ce sens le 29 janvier 2026 avant que l’Assemblée nationale ne rejette le texte en juin dernier.
« La seule solution, c’est de faire de la différenciation »
Pour favoriser ce développement et cette diversification économique, l’ancienne ministre des Outre-mer, Annick Girardin estime que « la seule solution, c’est de faire de la différenciation ». L’une de ces différenciations consisterait à réorienter et bonifier les instruments d’aide fiscale à l’investissement vers les filières économiques d’avenir en fonction de chaque territoire.
En plus de permettre une meilleure adaptation des dispositifs spécifiques aux Outre-mer, la différenciation doit également permettre une meilleure intégration régionale des territoires d’Outre-mer. En effet, les Outre-mer affichent des balances commerciales déficitaires et restent largement dépendantes des importations en provenance de l’Hexagone, notamment pour les biens de consommation et les produits agricoles. Sans forcément combler cette dépendance, le rapport préconise un renforcement des synergies régionales et des « bassins de coopération » afin de réduire les coûts liés à l’import. Le faible développement des relations commerciales entre le Brésil et la Guyane illustre cette difficulté alors que, en 2021, seulement 0,8 % des produits entrant en Guyane proviennent du Brésil ou du Suriname quand 82 % des produits alimentaires sont importés de la métropole.
Vers une adaptation du droit européen ?
Pour se prémunir contre ce type de situation, la délégation sénatoriale aux Outre-mer défend une adaptation du droit de l’Union européenne comme l’article 349 du TFUE le permet pour les régions ultrapériphériques. « Nous ne voulons pas tourner le dos au continent européen, tempère Micheline Jacques, mais il faut faire en sorte que l’on puisse s’approvisionner dans le bassin géographique proche. » Pour « développer une préférence ultramarine », Marie-Laure Phinera-Horth plaide pour une adaptation des règles européennes relatives au recyclage des déchets, au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ou encore à la responsabilité élargie du producteur.
« Nous avons déjà eu des avancées au niveau des matériaux de construction », explique Micheline Jacques qui rappelle que les représentations des territoires d’Outre-mer ont déjà entamé des négociations sur le sujet avec la Commission européenne avant l’adoption du cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034. Des revendications déjà formulées dans une résolution européenne adoptée par le Sénat en mai dernier.