« La dette consomme toutes nos marges de manouvre budgétaires », s’alarme la Cour des comptes avant les arbitrages du prochain budget
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« La dette consomme toutes nos marges de manœuvre budgétaires », s’alarme la Cour des comptes avant les arbitrages du prochain budget

Les magistrats financiers estiment que la réduction des dépenses « n’est plus une option », sous peine d’une crise de confiance des marchés et d’un emballement encore plus rapide du coût de la dette. L’objectif de déficit pour 2026, fixé à 5 %, est loin d’être garanti.
Guillaume Jacquot

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La couleur est la même que celle qui teinte la majeure partie du pays sur les cartes de vigilance canicule. « Nos messages sont particulièrement alarmants cette année. Tous les signaux sont au rouge », résume ce 25 juin Carine Camby. En pleine élaboration des textes financiers dans les ministères, la présidente de la première chambre de la Cour des comptes a dressé une série d’avertissements, issus du rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques. À l’instar d’autres communications, la nouvelle première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin a dû se déporter du dossier, puisqu’elle a pesé sur les deux dernières lois de finances.

Après une première étape « significative bien qu’insuffisante » dans l’assainissement des finances publiques en 2025, avec un déficit public ramené de 5,4 % à 5,0 % du PIB, la Cour des comptes se montre particulièrement inquiète pour les mois à venir. Le contexte de campagne présidentielle n’invitait déjà guère à l’optimisme. La guerre en Iran et le ralentissement économique sont venus assombrir le tableau. Selon la Cour des comptes, les objectifs, « déjà modestes », de l’année 2026 sont « menacés ». La prévision de croissance du gouvernement, à 0,9 %, apparaît d’ores et déjà caduque, puisque l’Insee prévoit désormais une progression de 0,7 % et le consensus des économistes 0,6 %. Cette moindre progression de l’activité pèsera sur les rentrées fiscales, si bien que la prévision des recettes apparaît aujourd’hui « fragile », selon les magistrats financiers.

« Nous n’avons plus le choix »

« Si ne parvenons pas à tenir l’objectif de déficit à 5 % a minima, cela signifie que la France est incapable de tenir un effort dans la durée », a mis en garde Carine Camby. Le message serait catastrophique à l’égard des créanciers du pays, alors que le coût de la dette a déjà sensiblement augmenté. La réduction du déficit n’a pas empêché la dette de poursuivre sa folle ascension. Le stock de dette a terminé l’année à 3 460 milliards d’euros.

Ainsi, pour cette année, les réductions de dépenses participeront à hauteur de 7 milliards d’euros dans la baisse du déficit, et les hausses de la fiscalité pour 14 milliards d’euros théoriquement. Mais ces efforts « compenseront à peine la hausse de près de 12 milliards d’euros de la charge de la dette », s’inquiète la Cour des comptes. « Le constat est sans appel, avec une charge de la dette qui consomme toutes nos marges de manœuvre budgétaire, nous n’avons plus le choix », avertit Carine Camby.

Le renouvellement des titres de dette arrivés à échéance, à des taux beaucoup plus élevés, pèse chaque année davantage sur le budget national. L’an dernier, un bon du Trésor à 10 ans était émis en moyenne avec un taux d’intérêt de 3,35 %, là où le taux était nul en 2021. Ces derniers jours, le même bon à 10 ans se négociait avec un taux de 3,6 %.

La charge de la dette, c’est-à-dire le coût annuel des intérêts, augmentera de 12 milliards d’euros en 2026, pour atteindre 77 milliards d’euros. Elle explique la moitié de notre déficit public. Selon la Cour des comptes, la charge de la dette rapportée au PIB aura ainsi doublé en 2020 et 2026.

« Nous risquons d’être littéralement étouffés sous le poids des intérêts à payer »

La suite n’est pas plus rassurante, car le Plan budgétaire et structurel à moyen terme (PSMT), cette trajectoire des finances publiques dans laquelle la France documente ses engagements financiers à ses partenaires européens, ne prévoit pas de diminution de la dépense primaire, c’est-à-dire intérêts de la dette exclus. Cette absence d’efforts déboucherait sur une « augmentation insoutenable de la charge de la dette », a averti Carine Camby. L’effet sur la dépense « n’est donc pas une option mais une nécessité impérieuse ». L’an dernier, rappelons que l’essentiel de l’ajustement a reposé sur la hausse des prélèvements obligatoires.

Par ailleurs, l’objectif de retour à un déficit de 3 % du PIB d’ici 2029 – seuil à partir duquel la dette commence à se stabiliser – n’est pas la dernière étape. Loin de là. « Pour infléchir durablement notre endettement, il faudra arriver à dégager un excédent primaire », rappelle la présidente de la première chambre. Sans quoi, « nous risquons d’être littéralement étouffés sous le poids des intérêts à payer. »

La Cour des comptes a d’ailleurs fait quelques scénarios. Dans l’hypothèse de la poursuite de ses engagements financiers vis-à-vis de la zone euro, avec l’hypothèse d’une cible d’un excédent primaire de 1,8 point de PIB et d’une croissance annuelle de 1 %, il faudrait 20 années pour simplement pour ramener le niveau de la dette à celui qui était le sien en 2019. Bref, le message de la Cour des comptes en ce début d’été brûlant sur les finances publiques est on ne peut clair : « Il est urgent de redéfinir une trajectoire de finances publiques pluriannuelle, fondée sur des objectifs et des mesures crédibles ».

La Cour a d’ailleurs étudié les trajectoires d’ajustement de certains de nos partenaires européens. Elle souligne qu’une « consolidation anticipée et maîtrisée vaut beaucoup mieux qu’un ajustement brutal et imposé par les marchés ». Elle appelle aussi à choisir avec soin le dosage entre effort en dépenses et en recettes, afin de limiter l’impact sur la croissance et de maîtriser l’acceptabilité sociale. « Il faut éviter le piège dans lequel est tombée l’Italie, qui a une croissance structurellement atone », plaide Carine Camby.

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