La France devra réaliser 126 milliards d’euros d’effort budgétaire d’ici la fin du prochain quinquennat, pour stopper la progression de la dette
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La France devra réaliser 126 milliards d’euros d’effort budgétaire d’ici la fin du prochain quinquennat, pour stopper la progression de la dette

Un rapport de quatre économistes indépendants, missionnés par Matignon, alerte sur la pente naturelle des dépenses publiques, et documente l’effort à réaliser au cours du prochain quinquennat.
Guillaume Jacquot

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Une contribution de plus dans la littérature sur les finances publiques et leur évolution. Si les grands messages de ce nouveau rapport ne sont pas inédits, ils devraient toutefois planter le décor des futurs débats budgétaires, qui s’annoncent plus que jamais difficiles. Le ministère des Comptes publics souligne aussi que le casting derrière ce panorama, confié à des spécialistes d’obédiences différentes, servira de point d’appui « objectif » dans les débats à venir.

Convoquée par le Premier ministre en mai, une mission de quatre économistes « sur la transparence des finances publiques » à l’horizon 2027-2030 a rendu ses conclusions ce 15 juillet. Les travaux, menés par Jean-Luc Tavernier (ancien directeur général de l’Insee), Xavier Jaravel (président du Conseil d’analyse économique), Xavier Ragot (OFCE) et Natacha Valla (Institut Montaigne), illustrent comment les dépenses évolueraient à moyen terme, en l’absence de modifications en loi de finances ou de financement de la Sécurité sociale : en bref, si aucune décision n’était prise. Un scénario pas si improbable, au vu du contexte politique particulier en cette veille de présidentielle. Ces chiffres peuvent aussi se lire d’une autre façon : ils montrent que des efforts à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d’euros sont nécessaires pour éviter seulement une dégradation d’un déficit déjà intenable en l’état (5,1 % en 2025).

« A la veille d’échéances cruciales, son constat doit servir de base au débat public, pour rétablir nos finances publiques et donner à notre pays toutes les capacités d’investir dans l’avenir », réagit David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.

Le déficit pourrait s’approcher de 6 % du PIB en 2027, à politique inchangée

Dans le vocabulaire des finances publiques, on parle d’évolution tendancielle des dépenses. Celles-ci augmentent spontanément, sous l’effet du vieillissement de la population, d’engagements comme la loi de programmation militaire, ou encore de la hausse des taux d’intérêt sur la dette. À cadre budgétaire inchangé, le déficit pourrait, selon ce rapport de 37 pages, s’aggraver dangereusement, et se creuser à 5,9 % du PIB dès 2027, soit 0,9 point de plus que l’objectif fixé par les textes budgétaires pour 2026. À politique inchangée toujours, le déficit pourrait atteindre 7 % en 2030, un niveau plus grave encore que le déficit atteint en 2021 (6,5 %), lors de la deuxième année de pandémie.

La charge des intérêts de la dette pourrait, elle, progresser de 46 milliards d’euros entre 2026 et 2030, pour atteindre 124 milliards d’euros, un rythme quasiment cinq fois plus rapide que la progression de la croissance économique. Sur la même période, les économistes notent que quatre autres postes de dépense pourraient aussi croître de façon rapide : la contribution dédiée à l’Union européenne (+ 10 milliards d’euros), les dépenses de défense (+ 19 milliards), les retraites (+ 47 milliards) et la santé (+ 40 milliards).

Corollaire de cette accumulation de budgets en déficit, l’endettement public continuerait de gonfler à un rythme effrayant. Le ratio de dette rapporté à la richesse produite pourrait passer de 118 points du PIB en 2026 à 130 points en 2030. Une trajectoire jugée « explosive » dans l’entourage du ministre des Comptes publics. « L’inaction en matière de finances publiques n’est pas la stabilité », explique-t-on à Bercy.

Interroger la « pertinence » des mécanismes de revalorisation automatique de prestations

Les quatre économistes recommandent de stabiliser le poids de la dette publique « au plus tard avant la fin du prochain quinquennat ». La mission a calculé l’ampleur de l’effort nécessaire pour simplement stopper toute progression de la dette. L’ajustement cumulé d’ici 2032 représente 126 milliards d’euros. Sur l’échelle d’un quinquennat, cela représente un effort d’environ 25 milliards d’euros chaque année, un niveau comparable à l’amélioration du solde budgétaire pendant l’année 2025 (23 milliards d’euros).

Or, le rétablissement des comptes publics est tout sauf un long fleuve tranquille, comme l’ont montré les crises internationales successives depuis 2020 (covid, guerre en Ukraine, guerre en Iran). Le quatuor d’économistes souligne qu’il serait « préférable » de conserver des marges de manœuvre supplémentaires, pour pouvoir tenir compte d’une dégradation de la conjoncture ou d’un affaiblissement de la croissance. Dans ces conditions, l’effort à réaliser se chiffrerait alors à 160 milliards d’euros.

Pour y parvenir, la mission souligne que « tous les leviers budgétaires devront être mobilisés » : maîtrise des dépenses publiques, mobilisation des recettes « malgré des marges limitées » (comprendre un taux de prélèvements obligatoires record) et le renforcement du potentiel de croissance. Les experts appellent toutefois à donner la priorité à la maîtrise des dépenses, « notamment les dépenses sociales ». La mission plaide pour des « réformes ciblées plutôt que des réductions budgétaires uniformes ». Elle invite aussi à interroger la « pertinence » des mécanismes d’indexation automatique, une démarche jugée « incontournable ». En janvier 2024, à titre d’exemple, la revalorisation automatique des pensions sur l’inflation (5,3 %) avait alourdi les dépenses sociales de 15 milliards d’euros.

En pleine construction du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le rapport invite également à poursuivre l’an prochain les efforts « engagés depuis 2025 ». « Il n’est plus possible d’attendre pour baisser le déficit. Un ajustement plus tardif serait plus douloureux. Il pourrait conduire à des choix plus subis que choisis », prévient le ministère des Comptes publics, à moins de trois mois de la présentation des textes financiers.

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