La France n’en a toujours pas fini avec l’inflation des prix de l’énergie, l’un des carburants de ces deux derniers samedis de mobilisation sociale. Les cours du pétrole la semaine dernière ont bien reflété les craintes des opérateurs de marché, dans un moment où les Houthis continuent leurs attaques en direction de l’Arabie saoudite depuis le Yémen, et que les craintes s’installent sur une éventuelle escalade militaire entre les Etats-Unis et l’Iran. Le prix du baril de Brent – le pétrole de la mer du Nord – a atteint les 115 dollars, pour la première fois depuis mai.
Auditionnée par la commission des affaires économiques du Sénat ce 27 octobre, la ministre déléguée chargée de l’énergie, Maud Bregeon, s’est exprimée sur la libération à venir d’une partie des stocks stratégiques de carburants français. L’initiative s’inscrit dans le cadre d’une décision coordonnée au niveau du G7 au début du mois, dans le but de faire baisser les prix à la pompe. La France va mettre sur le marché 10 millions de barils. Étalées sur trois mois, de novembre à janvier, les ventes doivent permettre de faire baisser le prix au litre de 12 à 18 centimes, selon le gouvernement. Les carburants des particuliers ne sont pas les seuls concernés, puisque le gazole non routier, utilisé par exemple par l’agriculture ou le bâtiment, bénéficiera du même mouvement. Les stocks seront vendus à leur prix d’acquisition, c’est-à-dire « un prix près de 4 fois inférieur au prix de marché », a précisé la ministre.
Le gouvernement promet des baisses de prix à la suite de la libération des stocks stratégiques
Un décret paru le 24 octobre au Journal officiel a fixé les conditions de cette revente. Maud Bregeon a souligné que les textes réglementaires pris par le gouvernement fixaient « l’obligation de répercuter l’avantage lié à ces barils bradés jusqu’aux consommateurs ». « On a signé un décret qui encadrera la vente de ces stocks en imposant que l’intégralité de l’avantage soit répercutée jusqu’au client final », a-t-elle insisté. La baisse devra figurer sur les factures, ainsi qu’en bout de chaîne, dans les stations. Le gouvernement précise qu’il publiera chaque semaine les volumes libérés ainsi que l’impact sur le prix final. « Si un acteur ne joue pas le jeu, nous conservons si nécessaire la possibilité d’encadrer les marges », a-t-elle prévenu.
Questionnée par la présidente de la commission Dominique Estrosi Sassone (LR) sur l’état de nos stocks, la ministre a assuré que ces derniers étaient « pleins ». « Nous ne remettons pas en cause notre sécurité d’approvisionnement malgré la libération d’une partie de ces stocks. La tension n’est actuellement pas sur le risque de manquer de produits en France, mais sur les prix à la pompe. » La quantité que l’exécutif prévoit de libérer correspond à environ 10 % de nos réserves stratégiques.
L’ensemble des aides engagées depuis le début de la crise atteint « près de 1,5 milliard d’euros »
C’est d’ailleurs ce mardi que s’ouvrent les nouvelles demandes pour l’aide aux grands rouleurs de 100 euros pour la période d’octobre à décembre. Le plafond de revenus a été relevé. 5,5 millions de personnes sont désormais concernées, contre 3 millions auparavant. Les bénéficiaires de la précédente aide recevront un nouveau versement automatiquement. Maud Bregeon a, une fois de plus, défendu la nécessité d’en rester à des aides ciblées. « C’est ce qui nous permet d’être aux côtés de ceux qui en ont le plus besoin, tout en étant respectueux des finances publiques dans un contexte budgétaire qu’on ne peut pas complètement ignorer. » L’ensemble des aides, tous secteurs confondus, engagées depuis le début de la crise, atteint « près de 1,5 milliard d’euros », a-t-elle précisé.
Interrogée sur les marges de manœuvre pour les mois à venir, si la crise venait à se prolonger, la ministre ne s’est pas avancée sur ce qu’il en serait en janvier. « Concernant 2027, nous ne disposons évidemment pas d’une boule de cristal, ni sur les besoins qui seraient nécessaires, ni sur le budget qui sera voté dans les jours et les semaines à venir. »
Maud Bregeon s’est voulue rassurante sur l’approvisionnement et l’état des réserves de gaz, qui avaient fait l’objet de préoccupations sur le continent ces derniers mois. « Les infrastructures européennes sont globalement dimensionnées pour faire face à la demande, y compris en cas d’hiver rigoureux. De plus, nos niveaux de stock de gaz naturel sont plus élevés que la majorité de nos voisins, ce qui nous permet d’aborder sereinement l’hiver en matière d’approvisionnement », a-t-elle exposé aux sénateurs.
« Il n’est pas prévu de revaloriser le chèque énergie »
La saison de chauffe commence en tout cas par une mauvaise nouvelle pour les ménages. Le prix du gaz naturel européen a continué sa hausse, se hissant à plus de 90 euros le mégawattheure, son plus haut niveau depuis décembre 2022, le premier hiver qui a suivi l’invasion russe en Ukraine. Pour les six millions de foyers concernés, le prix de repère de vente augmentera de 6,6 % au 1er novembre.
La discussion dans la salle de la commission des affaires économiques s’est donc naturellement portée sur le chèque énergie, cette aide d’État aux foyers modestes pour les dépenses de chauffage. Le rapporteur Daniel Gremillet (LR) a pointé du doigt la baisse du nombre de bénéficiaires, malgré des évolutions techniques ayant permis de détecter davantage de foyers éligibles en 2025, des mesures qui sont appelées à se poursuivre dans le projet de budget en cours d’examen. « Malgré ces évolutions, 800 000 personnes ne percevront plus automatiquement cette aide par rapport à 2024 », a-t-il soulevé. Actuellement, 4,8 millions de personnes en bénéficient. La ministre de l’Energie a rappelé que « tout Français qui ne serait pas dans cette base de versement automatique pourrait demander » sur la plateforme « l’obtention de ce chèque », s’il rentre dans les critères.
Le socialiste Jean-Claude Tissot et Daniel Gremillet se sont aussi étonnés du montant du chèque. Lors de sa création en 2018, il était de 150 euros. L’an dernier, il avait une valeur faciale de 153 euros. L’inflation a grignoté son pouvoir d’achat. « En euros constants, l’aide devrait s’élever à 180 euros en 2027 », a calculé Daniel Gremillet. « À date, il n’est pas prévu de revaloriser, notamment au niveau de l’inflation, le chèque énergie », a répondu leur interlocutrice.
« Hors de question de forcer EDF à vendre son électricité à prix fixe »
Les échanges ont aussi été l’occasion pour les parlementaires d’aborder la question du bras de fer entre le gouvernement et la commission européenne, au sujet du financement du programme de relance du nucléaire français. En guise de contrepartie au soutien financier de l’État aux nouveaux réacteurs, Bruxelles réclame davantage d’interconnexions avec les voisins de la France, ou encore des garanties pour qu’une partie de la production d’EDF soit vendue à des acteurs tiers. La Lettre s’est fait le relais de ces négociations sous haute tension.
Daniel Gremillet redoute le retour de l’Arenh (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique), ce dispositif qui poussait jusqu’en décembre 2025 EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix fixe et avantageux. Guislain Cambier (Union centriste et indépendants), de son côté, a exposé le prix d’une interconnexion accrue avec nos partenaires. « L’importation de davantage d’énergie intermittente pourrait conduire à accroître la modulation de notre parc nucléaire », a-t-il soulevé.
La ministre a fait part de lignes rouges fermes. « Je vais être extrêmement claire, il n’y a aucun retour de l’Arenh de prévu et la France n’acceptera aucun retour de l’Arenh. Il est hors de question de forcer EDF à vendre son électricité à prix fixe. » Elle a ajouté qu’il n’y aurait « pas de mise en place d’interconnexions forcées ». Un accord doit intervenir avant la fin de l’année.