C’est l’un des rares budgets qui échappent à la cure de redressement. Alors que la mobilisation lycéenne se durcit dans plusieurs villes, avec de nombreuses scènes de violences urbaines aux abords des établissements, le gouvernement prévoit pour 2027 une hausse sensible des crédits de l’Education nationale. Jeudi 1er octobre, l’exécutif a présenté son projet de loi de finances et son projet de loi de financement de la Sécurité sociale, visant à contenir le déficit sous la barre des 5%. La copie de Bercy intègre un effort global de 43 milliards d’euros, réévalué à 54 milliards si l’on prend en compte des dispositifs déjà mis en place et qui vont être appelés à monter en puissance l’année prochaine.
Seuls quatre ministères échappent au serrage de ceinture : la Justice, l’Intérieur, la Recherche, et l’Education nationale donc, avec une augmentation de 1,1 milliard d’euros de ses crédits par rapport à la loi de finances initiale pour 2026. Au total, la mission « Enseignement scolaire », qui demeure le premier budget de l’Etat, est dotée de 65,53 milliards d’euros en 2027, contre 64,43 milliards cette année. Pour sa part, l’Enseignement supérieur va connaître une légère hausse de 500 millions d’euros, pour un budget global de 31,8 milliards d’euros.
« Le gouvernement ne fait pas d’économies sur la jeunesse », s’est félicité le ministre Edouard Geffray dans un entretien à l’Agence France-Presse (AFP).
Cette hausse vise essentiellement à prendre en charge la réforme de la formation initiale des personnels enseignants, indique Bercy, avec le déplacement des concours de recrutement de la fin du master à la fin de la licence. Ce sont 82% des crédits budgétaires de l’Education qui sont absorbés par les personnels enseignants du premier (32%) et du second degré (50%).
Recrutements et suppressions de postes
Pour 2027, le ministère prévoit le recrutement de 3 303 agents supplémentaires, c’est moins qu’en 2026, qui a vu l’arrivée de 5 940 agents. Dans le même temps,1 588 postes d’enseignants titulaires vont être supprimés, dont 1 250 dans l’enseignement public. Ces coupes tiennent compte de la baisse de la démographie scolaire, conséquence du déclin de la natalité. Néanmoins, le ministère insiste sur le fait qu’elles sont moins importantes que prévu, l’objectif étant de profiter de la baisse du nombre d’élèves pour renforcer l’encadrement. « Si on appliquait une stricte proportionnalité, nous devrions supprimer 9 600 postes », a fait valoir le ministre.
Selon un pointage de l’OCDE, dans l’édition 2026 de son rapport « Regards sur l’éducation » – et qui s’appuie sur des chiffres de 2024 -, 2 900 postes d’enseignants dans le premier et le second degré n’étaient pas pourvus en France au moment de la rentrée scolaire, soit moins de 1% des effectifs.
Par ailleurs, l’Education nationale prévoit le recrutement de 1 300 accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et 900 personnels dédiés à la protection des enfants. Il s’agit, entre autres, de postes d’assistantes sociales, d’infirmières, de psychologues, ou encore de conseillers principaux d’éducation. Cette annonce intervient en plein scandale sur les violences sexuelles dans le périscolaire même si, comme l’a rappelé Édouard Geffray lors de son audition au Sénat, l’accueil des enfants en dehors des heures de cours est du ressort de la collectivité.
Précarité étudiante
Premier rétropédalage sur ce budget : jeudi soir, le ministre a fait savoir qu’il renonçait finalement à faire payer aux étudiants non boursiers 178 euros de frais d’inscription en BTS et 270 euros en classe préparatoire, comme prévu dans la mouture présentée quelques heures plus tôt. Sans doute faut-il y voir un signal adressé à la grogne des lycéens, l’exécutif craignant d’être débordé par le mouvement. La mesure avait également déclenché l’ire de la gauche et de la CGT.
Mais au-delà du portefeuille de l’Education nationale, certaines mesures, qui dépendent d’autres administrations, risquent d’impacter directement le niveau de vie des lycéens et des étudiants. Au premier rang desquels le gel pour 2027 du niveau des allocations familiales. Le même sort est réservé aux aides au logement (APL), qui profitent à de nombreux étudiants, et qui ne seront pas revalorisées l’année prochaine. En outre, au-delà d’un certain seuil de revenus, les foyers les plus aisés devront choisir : soit le bénéfice des APL pour leur enfant étudiant, soit celui de la demi-part fiscale supplémentaire.
Notons que le dossier de presse de présentation de ce budget met en avant des mesures générales de lutte contre la précarité étudiante, mais il s’agit pour l’essentiel du maintien de dispositifs déjà en place depuis plusieurs années pour certains : une enveloppe complémentaire de 93 millions d’euros pour poursuivre le financement du repas étudiant à 1 euro, qui a été généralisé en mai dernier, et 33 millions consacrés au financement d’une Carte d’aide à la restauration étudiante (Care) dans les territoires dépourvus de restaurant universitaire, dispositif lancé en 2025. 15 millions d’euros sont également consacrés au plan « Santé Psy Étudiant », qui permet de bénéficier de douze séances gratuites par an avec un psychologue partenaire.
Rénovations des écoles
Au cœur des revendications des lycéens et des étudiants sur la dégradation des conditions d’enseignement : la vétusté des bâtiments. Depuis les grandes lois de décentralisation des années 1980, la gestion du bâti scolaire est aux mains des collectivités, qui assurent leur construction et leur entretien : l’échelon communal pour les écoles, le département pour les collèges et la région pour les lycées. Or, le projet de loi de finances entend faire supporter aux collectivités un effort de 5,5 milliards d’euros, soit près d’un milliard de plus qu’en 2026, ce qui pourrait se faire lourdement ressentir sur leurs capacités d’investissement, et donc la rénovation des bâtiments.
Les territoires peuvent toutefois bénéficier d’un accompagnement de la part de l’Etat, notamment lorsqu’il s’agit d’apporter un soutien technique à des communes qui n’ont pas l’ingénierie nécessaire pour conduire des travaux d’envergure. Par exemple, le fonds vert doit être porté en 2027 à 1 milliard d’euros, contre 800 millions cette année. Il permet de financer des projets d’adaptation au changement climatique, en premier lieu desquels la rénovation des bâtiments publics.
Citons également le fonds de compensation pour la TVA (FCTVA), par lequel l’Etat rembourse aux collectivités une partie de la TVA payée sur leurs investissements. Bercy prévoit de le faire évoluer ce mécanisme, afin qu’il soit « davantage orienté vers les priorités environnementales. »