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Universités : vers une hausse des frais d’inscription ?

Un rapport remis au gouvernement mercredi suggère plusieurs pistes pour éviter « l'appauvrissement » des universités, notamment multiplier par cinq les frais d'inscription pour les étudiants français. La hausse des frais d'inscription figurait déjà parmi les pistes d'une mission d'information du Sénat rendue publique l'année dernière et avait divisé les élus.
Simon Barbarit

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Lancées par le gouvernement en janvier, les Assises du financement des universités avaient pour objectif « de proposer des évolutions ambitieuses pour renforcer l’université française en tant qu’atout clef pour notre jeunesse et le développement des connaissances » et d’aboutir à un « diagnostic partagé » sur la situation financière des universités.

Multiplier par cinq les frais d’inscription pour les étudiants français

Dans leur rapport présenté mercredi, Jérôme Fournel, inspecteur général des finances, ex-directeur de cabinet de l’ancien Premier ministre Michel Barnier, et Gilles Roussel, président de l’Université Gustave Eiffel et ancien président de la Conférence des présidents d’université, ont formulé une proposition choc : multiplier par cinq les frais d’inscription pour les étudiants français. « Si le modèle financier des universités n’évolue pas, il ne sera plus soutenable d’ici à 2030 », alertent les rapporteurs.

Actuellement, le montant des droits en licence et en master « représente 1,9 % du coût estimé des formations dispensées », rappelle le document de 117 pages. Selon leur rapport, « une hausse modérée » des droits d’inscription « pour atteindre globalement 10 % des ressources universitaires », contre 3 % en 2025, « pourrait utilement contribuer à la soutenabilité financière des universités », « sans remettre en question l’égal accès à l’enseignement supérieur ». Un étudiant français non boursier paierait alors 900 euros l’année de licence (178 euros aujourd’hui) et 1 300 euros pour un an de master (254 euros).

Ces recettes reviendraient aux universités et « un barème progressif » exonèrerait les étudiants aux revenus les plus modestes via une « refondation du système de bourses ». Augmenter les frais d’inscription est l’un des « leviers » que préconise ce rapport pour faire face « à un risque majeur d’appauvrissement […] d’un nombre croissant d’universités, si le modèle reste en l’état ».

« Le décrochage entre le rythme d’augmentation des dépenses et la stagnation des recettes pourrait conduire à une dégradation […] jusqu’à atteindre un déficit d’environ 2 milliards d’euros en 2030 », anticipent les deux coprésidents de ces assises.

Les conclusions de ce rapport résonnent fortement avec les travaux du Sénat. En octobre 2025, une mission d’information s’était attelée à décortiquer les liens stratégiques entre l’État et les universités. Les élus s’étaient accordés sur la nécessité d’établir un cap de pilotage clair. En revanche, l’ouverture d’« une réflexion nationale » sur la régulation de l’entrée dans le premier cycle universitaire et les conditions d’un rehaussement national des droits d’inscription avaient divisé les élus et réactivé le clivage droite/gauche à la chambre haute. Sur décision « unanime » de son groupe, l’un des co-rapporteurs de la mission, David Ros (PS), avait même souhaité que son nom soit retiré du document.

« Le gouvernement est-il toujours favorable à un service public de l’éducation ? »

En début d’année, le groupe LR a usé de son droit de tirage pour lancer une commission d’enquête sur « la capacité des universités françaises à garantir l’excellence académique de l’enseignement supérieur ». Comme il est d’usage, la présidence d’une commission d’enquête est revenue à un membre d’un groupe minoritaire ou d’opposition, en l’occurrence le vice-président communiste du Sénat, Pierre Ouzoulias.

Et la proposition des Assises, que l’on pourrait retrouver dans le rapport de la commission d’enquête attendu pour septembre prochain, n’est pas du goût de l’élu. « On perd chaque année 5 % de docteurs (étudiants ayant obtenu un doctorat) et on nous présente l’augmentation des frais d’inscription comme une solution qui sauverait l’Université alors que la France est en train de décrocher du point de vue de la recherche et de l’innovation. Comme souvent, on ne comprend pas l’objectif du gouvernement. Est-il toujours favorable à un service public de l’éducation ? » Pierre Ouzoulias rappelle que les droits des diplômes nationaux sont fixés par l’État et doivent demeurer « modiques », conformément aux jurisprudences du Conseil constitutionnel et du Conseil d’État.

« Il y a une vraie hypocrisie à ne pas souhaiter aborder ce sujet »

De l’autre côté de l’hémicycle, Max Brisson (LR), vice-président de la commission d’enquête sur l’enseignement supérieur, considère que la question de la hausse des frais d’inscription « ne peut plus être taboue ». « Dans la plupart des pays européens, sauf l’Allemagne, les droits d’inscription ne sont pas éloignés du coût réel des études. Si on s’oriente vers cette voie, la réforme devra s’accompagner d’une révision du système de bourses. Il y a une vraie hypocrisie à ne pas souhaiter aborder ce sujet. Car actuellement, il y a une sélection par l’échec. Ce sont des drames humains, sans parler du coût financier ».

Parmi les autres pistes envisagées, les deux rapporteurs des Assises suggèrent de « diversifier » « encore davantage » les ressources publiques et privées des universités, de mieux valoriser leur immobilier (0,6 % des recettes actuelles), et de « développer des cursus payants » ou de nouer des partenariats avec des entreprises. La subvention pour charge de service public versée par l’État doit néanmoins rester « la ressource principale » des universités (76 % actuellement), suivre a minima l’inflation, mais une partie pourrait être conditionnée à des objectifs.

Les principales organisations étudiantes sont fermement opposées à ces propositions. Selon l’Unef, augmenter les frais est « totalement en dehors de la réalité des étudiants et de leur précarité ». Un décret publié en mai a déjà augmenté les droits d’inscription de la majorité des étudiants étrangers extracommunautaires, à partir de septembre.

Avec l’Afp

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