Les élections de mi-mandat vont-elles mettre un coup d’arrêt à la politique menée par Donald Trump ? C’est la question qui occupe tous les commentateurs de la vie politique américaine à six mois des élections de mi-mandat, le 3 novembre 2026. A l’occasion de ces élections, c’est l’intégralité de la chambre des représentants qui sera renouvelée ainsi que 35 des 100 sénateurs qui composent la chambre haute. Historiquement, cette échéance se révèle particulièrement défavorable au parti du président en place puisqu’aucun d’entre eux n’a remporté la chambre des représentants à l’occasion d’une élection de mi-mandat depuis 2002.
Au-delà des précédents historiques, Donald Trump est en difficulté dans les sondages avec un niveau d’impopularité record qui a atteint 61 % d’opinions négatives contre 43 % en janvier 2025 selon un sondage Ipsos pour le Washington Post. L’état de l’économie américaine et les 3,3 % d’inflation en mars inquiètent particulièrement au moment où la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran a fait grimper les prix des hydrocarbures.
« Le Sénat est au cœur du pouvoir et permet notamment de valider les nominations des hauts fonctionnaires »
En 2026, conserver la chambre des représentants pourrait donc relever de la prouesse alors que le parti de Donald Trump ne possède actuellement que cinq sièges de plus que les démocrates. Un succès qui aurait cependant une portée limitée. « Prendre la chambre permettrait aux démocrates de faire bloquer des projets de loi, de peser sur le budget et de revitaliser l’opposition institutionnelle » explique Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord de la fondation Jean-Jaurès. Une majorité à la chambre des représentants permet également de voter une mise en accusation contre le président des Etats-Unis et ainsi déclencher une procédure d’impeachment devant le Sénat qui se prononce alors sur la culpabilité du mis en cause. Néanmoins, la portée d’une victoire des démocrates dépend largement des résultats au Sénat où les Républicains disposent de 53 des 100 sièges.
En effet, aux Etats-Unis, le Sénat concentre les pans les plus déterminants du pouvoir législatif. « Le Sénat est au cœur du pouvoir et permet notamment de valider les nominations des hauts fonctionnaires et des juges fédéraux qui sont un maillon essentiel du pouvoir aux Etats-Unis », souligne Ludivine Gilli. Le Sénat doit également valider les nominations des juges à la Cour Suprême, la plus haute juridiction du pays. Par ailleurs, le Sénat joue un rôle incontournable dans la procédure budgétaire où les lois de finances doivent être adoptées à une majorité qualifiée de 60 voix.
Si la prise de la Chambre des représentants semble probable, le résultat devrait être plus indécis au Sénat. En effet, sur les 35 sièges renouvelés, 22 sont actuellement occupés par les Républicains. Pour obtenir une majorité au Sénat, les Démocrates doivent donc remporter 4 nouveaux sièges. « Il est tout à fait possible pour les Républicains de gagner même si le contexte et la tendance sont très favorables aux Démocrates », tempère Ludivine Gilli.
Des risques sur la sincérité du scrutin
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump et le parti Républicain ont mobilisé d’importants moyens pour influencer les élections et leur déroulé. Alors que Donald Trump n’a jamais reconnu la victoire de Joe Biden en 2020, le président des Etats-Unis a signé un décret le 1er avril visant à limiter le recours au vote par correspondance qu’il juge – sans apporter de preuves – comme un mode de scrutin favorisant les fraudes. « Sans aucun doute les risques principaux sont ceux qui pèsent sur la sincérité du scrutin », explique Ludivine Gilli qui rappelle les menaces de Donald Trump d’envoyer l’ICE devant les bureaux de vote ou encore de mobiliser l’armée et la garde nationale via l’Insurrection Act.
« Donald Trump cherche à renforcer le rôle du pouvoir fédéral dans l’organisation des élections, alors même que cela relève constitutionnellement des États. Cette stratégie s’illustre notamment par des initiatives visant à restreindre le vote par correspondance, alors même que ce mode de vote est historiquement utilisé dans de nombreux États, y compris républicains », rapporte Maxime Chervaux, professeur agrégé à l’Institut français de géopolitique et spécialiste de la géographie électorale américaine.
Autre stratégie mobilisée directement au niveau des Etats : le redécoupage des circonscriptions ou « gerrymandering ». Une pratique presque aussi vieille que les élections aux Etats-Unis mais dont l’intensité atteint des records. Depuis 2025, plusieurs Etats Républicains se sont lancés dans des redécoupages des circonscriptions électorales afin d’invisibiliser les électeurs démocrates comme au Texas. En réponse, la Californie a répliqué en adoptant la même stratégie. Le 22 avril, la Virginie a également adopté par référendum un redécoupage des circonscriptions avant qu’il ne soit suspendu par la Cour Suprême.
Vers un recul des soutiens de Donald Trump
Ces tentatives traduisent l’affaissement de la coalition électorale qui a porté Donald Trump au pouvoir en 2024. « On observe deux dynamiques majeures au travers des élections partielles et certaines primaires récentes. Donald Trump semble avoir perdu une partie du soutien des électeurs indépendants, un segment décisif qui avait déjà contribué aux revers républicains en 2018 et en 2020 », analyse Maxime Chervaux qui insiste également sur un possible recul du vote latino en faveur de Donald Trump.
Si les Démocrates pourront profiter du rejet suscité par le milliardaire républicain, ils ont tout de même atteint des records d’impopularité à l’été 2025. Alors que les Démocrates sont divisés entre plusieurs lignes, les élections de mi-mandat pourraient faire office de juge de paix en vue de l’élection présidentielle de 2028. « Actuellement côté démocrate il n’y a pas de stratégie globale, mais il sera pertinent de regarder les primaires dans les circonscriptions indécises pour voir quelle ligne l’emporte, et ce que cette ligne produit ensuite comme résultat », note Ludivine Gilli.