Frappes sur Moscou et Saint-Pétersbourg, soutien de Donald Trump, offensive russe avortée… voilà plusieurs mois que les signaux en provenance du front de la guerre en Ukraine dessinent une relative reprise en main du conflit par Kiev. D’où l’optimisme d’Étienne de Poncins, ambassadeur de France en Pologne, qui officiait en Ukraine au moment du déclenchement de la guerre : « Quatre ans de conflit, je pensais que ça irait plus vite, mais j’ai toujours pensé que l’Ukraine finirait par gagner cette guerre. Et je crois qu’aujourd’hui, elle est sur la bonne voie », assure ce lundi au micro de la matinale de Public Sénat.
Porté par une production massive de drones, Kiev opère depuis mai une campagne de frappes des principales installations de la Crimée, annexée par la Russie en 2014. « L’Ukraine, de façon très intelligente, est en train de l’isoler du reste de la Russie et de faire en sorte que la vie ne puisse plus s’y poursuivre », analyse Étienne de Poncins. Un enjeu décisif tant Moscou se sert de la presqu’île comme d’une base arrière militaire. Pour Vladimir Poutine, un recul sur ce territoire « signifierait probablement la défaite, puisque la Crimée est le principal acquis de son régime », poursuit l’ambassadeur.
« La Russie ne gagne plus aucun territoire »
« Maintenant, la question n’est plus de savoir si l’Ukraine va gagner la guerre, mais quand elle va la gagner », insiste Étienne de Poncins, qui en veut pour preuve les difficultés récentes de son adversaire sur le front : « La Russie perd chaque mois 30 000 hommes, morts ou blessés, les chiffres sont confirmés. Et elle ne gagne plus aucun territoire, y compris dans le Donbass. » La grande offensive de printemps sur cette région de l’est de l’Ukraine, promise par le régime russe, n’a finalement pas eu lieu.
« Pendant des décennies, on continuera à étudier la façon dont l’Ukraine s’est défendue sur le plan stratégique, de l’organisation de la société, de la décentralisation des forces. Tout ça est assez exceptionnel », salue Étienne de Poncins.
Reste que le soutien international à l’Ukraine demeure décisif, et que le pays semble de nouveau pouvoir compter sur la sollicitude de Donald Trump. Le Président américain s’est aligné sur la position des Européens à l’occasion du G7 d’Evian-les-Bains, épinglant l’attitude de Vladimir Poutine et donnant son feu vert à des frappes en profondeur sur le sol russe. Étienne de Poncins y voit « une très belle réussite de la diplomatie française », engagée dans un « travail extraordinaire de conviction » vis-à-vis de Donald Trump, dont l’administration a « bien compris l’intérêt de l’Occident à appuyer l’Ukraine ».
Climat tendu entre la Pologne et l’Ukraine
Les pays occidentaux se réunissent justement en fin de semaine, à Gdansk, en Pologne, à l’occasion de la conférence pour la reconstruction de l’Ukraine. « Cette conférence est très importante parce qu’elle se situe dans un contexte très difficile entre la Pologne et l’Ukraine, avec un différend mémoriel qui a pris une ampleur certaine entre les deux pays », rappelle l’ambassadeur de France en Pologne. Pour cause : le président polonais Karol Nawrocki a décidé de retirer à Volodymyr Zelensky la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc, qui lui avait été décernée en 2023. Une réponse à la décision ukrainienne de baptiser une unité militaire du nom de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), organisation nationaliste de la Seconde Guerre mondiale tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais.
« Ça a suscité une réaction en chaîne, une crispation nationaliste », explique Étienne de Poncins. Ce, dans un contexte où le soutien de la Pologne à son voisin est remis en cause par une partie de la population : « Côté polonais, il y a le sentiment qu’on n’a pas assez pris en compte le soutien apporté à l’Ukraine, qui a été effectivement considérable », souligne-t-il. Au point de voir Volodymyr Zelensky ne pas se rendre à Gdansk ? « Je crois qu’il se pose la question », juge l’ambassadeur.
Les Européens, eux, vont entamer des discussions sur leur engagement pour l’après-conflit. Car « la reconstruction de l’Ukraine incombera à l’Europe. […] Ce sera d’abord l’Europe qui va la financer », estime Étienne de Poncins, qui juge légitime de commencer dès maintenant à s’y préparer.