A l’issue d’un rendez-vous à New York avec Donald Trump, ce lundi 21 septembre, Emmanuel Macron a évoqué sa « volonté de rouvrir le détroit d’Ormuz », bloqué depuis le début du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. A la veille de l’assemblée générale des Nations unies, le président de la République a qualifié les discussions de « très constructives » espérant un consensus autour d’une proposition de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.
Un besoin d’autant plus urgent que, après le détroit d’Ormuz où transite 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures, les actions des Houthistes en mer Rouge compromettent la sécurité de passage du détroit de Bab el-Mandeb (8 à 12 % du commerce mondial d’hydrocarbures). « Plusieurs solutions ont été évoquées […] qui permettraient, sans avoir un accord global, de trouver les voies et moyens de faire passer davantage de porte-conteneurs et de tankers », a expliqué Emmanuel Macron.
« La France veut travailler avec les Américains et ses partenaires sur une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU garantissant la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz », précise une source diplomatique auprès de l’AFP. Le 17 septembre dernier, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies, Jérôme Bonnafont, rappelait déjà devant le Conseil de sécurité la volonté française de participer à « une action collective pour assurer la sécurité maritime et la liberté de navigation ».
Une proposition de résolution visant la « sécurisation » des détroits
« La solution serait alors de mettre en place une force d’interposition maritime la plus internationale possible chargée d’assurer la sécurité dans la zone », explique Sylvain Domergue, enseignant en géopolitique à Sciences Po Bordeaux et auteur de « Géopolitique des espaces maritimes » (Armand Colin, 2025). Une proposition déjà formulée par la France et le Royaume-Uni le 12 mai dernier afin d’assurer le déminage et la sécurité du détroit. Ces deux membres du Conseil de sécurité ont également annoncé être prêts à participer à des missions défensives pour protéger les infrastructures énergétiques saoudiennes, ciblées par les Houthis depuis le Yémen.
La France est ainsi prête à œuvrer à la « sécurisation » d’infrastructures énergétiques saoudiennes visées par les Houthis, dans une « approche strictement défensive », explique la source diplomatique précédemment citée. L’objectif serait alors de sécuriser la ville de Yanbu qui abrite des installations du géant pétrolier Aramco et protéger l’oléoduc Est-Ouest, voie d’exportation cruciale pour le pétrole saoudien actuellement à l’arrêt. Ces derniers jours, les Houthistes ont intensifié la pression sur l’Arabie saoudite en effectuant plusieurs frappes sur la capitale Riyad ces derniers jours.
Rétablir la liberté de navigation
« Il y a une volonté politique concrète d’aboutir à une solution au sein des Nations unies et d’éviter le développement d’un droit nouveau qui s’appuierait sur la mise en place d’un droit de péage et créerait un précédent dangereux pour le principe de liberté de navigation », analyse Sylvain Domergue. L’objectif serait alors de limiter l’envolée des prix des hydrocarbures qui oscillent depuis plusieurs semaines autour des 100 dollars le baril de Brent. Autre perspective, empêcher la mise en place par l’Iran d’un droit de péage pour traverser le détroit d’Ormuz.
Depuis cet été, l’Iran et Oman négocient pour s’accorder sur une gestion commune du détroit. Les Gardiens de la révolution annonçaient déjà le mercredi 26 août un accord sur une répartition des revenus générés par le passage du détroit.
Un succès conditionné à la reprise des négociations
Si l’initiative française vise à impliquer un maximum d’acteurs victimes de l’augmentation des prix des hydrocarbures, son succès reste conditionné à une résolution de conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. « Cette proposition de résolution ne peut pas aboutir sans le soutien des deux belligérants et donc d’accepter de lâcher du lest sur le nucléaire côté américain ou renoncer à faire payer un péage côté iranien », résume Sylvain Domergue qui souligne également l’importance d’éviter un véto de la Chine.
En amont de l’Assemblée générale, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a assuré que les Etats-Unis ne s’opposeraient pas à une rencontre avec les Iraniens. « Je ne pense pas qu’une rencontre soit prévue pour l’instant, mais nous sommes tout à fait ouverts à une telle initiative », a affirmé le secrétaire d’Etat des Etats-Unis. Dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, Donald Trump a affirmé que deux options s’offraient à lui : « conclure un accord ou détruire la République islamique d’Iran ». Si ce dernier a affirmé croire à la « conclusion d’un accord après les élections de mi-mandat », le président des Etats-Unis a également maintenu sa position assurant que « l’Iran n’aurait jamais la bombe nucléaire ».