Budget des Outre-mer 2025 : le Sénat adopte des crédits en hausse par rapport au projet de loi initial

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Sénat a adopté la mission Outre-mer du budget 2025. Pour son retour à la chambre haute, le nouveau ministre d’Etat en charge des Outre-mer, Manuel Valls a vanté un budget « revalorisé », avec un effort particulier à destination de la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie et de Mayotte.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La reprise des travaux parlementaires sur le projet de loi de finances débutait, ce mercredi au Sénat, par les crédits de la mission Outre-mer. Pour son grand retour à la chambre Haute en tant que ministre d’Etat en charge des Outre-Mer, Manuel Valls a conscience que le choix du Premier ministre, François Bayrou, « l’honore » et « l’oblige ». Dès son arrivée en poste, l’ancien Premier ministre a demandé de nouveaux arbitrages « pour donner au budget des Outre-mer un traitement tout à fait exceptionnel dans le contexte que nous connaissons », a-t-il souligné, mercredi soir, devant les sénateurs à la reprise des travaux parlementaires sur le projet de loi de finances.

Selon la procédure, les parlementaires n’ont plus la possibilité de redéposer des amendements sur cette mission, le gouvernement en a, lui, déposé une petite dizaine au début du mois à ce budget des Outre-mer « revalorisé » à « 3, 5 milliards d’euros en autorisation d’engagement et 3 milliards en crédits de paiement, soit une hausse de 11 % et 6 % par rapport au budget initial », a-t-il rappelé en vantant « un effort de près de 25 milliards d’euros » au profit des Outre-mer, « porté par tous les ministères ».

« Votre budget est meilleur que celui que votre prédécesseur avait pu nous présenter […] On le votera », avait annoncé d’emblée, le sénateur PS, Victorin Lurel, ancien ministre des Outre-mer.

Les parlementaires ont, en effet, adopté, dans leur majorité, ces nouveaux amendements du gouvernement. L’un d’eux prévoit une enveloppe de 80 millions pour reconstruire les bâtiments publics de Nouvelle-Calédonie, détruits après les émeutes de mai dernier. Il s’ajoute à un autre amendement du gouvernement déposé en novembre qui prévoit une enveloppe de 120 millions pour reconstruire les écoles.

Un autre amendement du gouvernement a été adopté. Il prévoit une aide financière de 100 millions d’euros à destination de la collectivité de Mayotte. La présidente LR de la délégation aux Outre-mer, Micheline Jacques a insisté sur le respect de l’équité entre les différentes collectivités. « Il faut aider la Nouvelle-Calédonie comme il faut aider Mayotte mais tous les territoires ultramarins sont en difficulté. On va ponctionner 400 millions sur la ligne ‘’conditions de vie Outre-mer’’. Il faudra que les autres territoires puissent l’assumer », a-t-elle mis en garde.

« Déshabiller Paul pour habiller Jacques »

Un autre amendement du gouvernement prévoyant une enveloppe de 100 millions d’euros pour reconstruire Mayotte après le passage du Cyclone Chido a également été adopté.

Le sénateur écologiste, Akli Mellouli a lui estimé qu’il ne fallait pas « déshabiller Paul pour habiller Jacques ». « En déplaçant des lignes, on ne va pas régler le problème des Outre-mer dans sa globalité. Il aurait fallu qu’on puisse redéposer des amendements sur la partie recettes », a-t-il regretté.

« Il ne s’agit pas de « déshabiller Paul pour habiller Jacques », s’est défendu Manuel Valls avant d’ajouter : « Nous avons rehaussé ces crédits. Ça nous permet de répondre à un certain nombre d’urgences. Il faudra aller encore plus loin en ce qui concerne Mayotte ». Une référence au projet de loi d’urgence pour Mayotte, un texte technique contenant des mesures visant à accélérer l’hébergement d’urgence et la reconstruction de l’île, qui sera examiné au Sénat en séance publique à partir du 3 février.

Afin de répondre à l’objectif initial de réduction des déficits publics, un amendement du gouvernement ajoute deux jours de carence dans la prise en charge des arrêts maladies des fonctionnaires et des militaires, et réduit l’indemnité journalière prise en charge par l’Etat. Ce qui correspond à une économie de 925 000 euros. De quoi agacer Victorin Lurel qui rappelle que le nouvel exécutif s’est dit prêt à abandonner l’allongement du délai de carence d’un à trois jours. La mesure du gouvernement Barnier avait mis le feu aux poudres dans la fonction publique à l’automne dernier. « On vote par anticipation quelque chose qui fait l’objet d’une discussion avec le Premier ministre. J’avoue que je suis étonné », a dénoncé le sénateur socialiste, soutenu par ses collègues écologistes et communistes.

Manuel Valls « conscient qu’il y a des sujets de fond liés à la vie chère »

En ce qui concerne, le problème de la vie chère en Outre-mer qui a fait l’objet d’un protocole d’objectif et de moyens en octobre, dans lequel l’Etat s’est engagé à réduire les frais d’approche pour 69 familles de produits, plusieurs amendements socialistes et RDPI proposaient de réduire ou de compenser le coût du fret répercuté sur les produits. Ils n’ont pas été adoptés. « Je suis conscient qu’il y a des sujets de fond liés à la vie chère […] Je suis gêné, à titre personnel, par l’idée de l’aide au fret. Je suis convaincu qu’il y a d’autres moyens qui existent. Il faut qu’on y travaille. Mais comme nous ne sommes pas prêts d’un point de vue budgétaire. Je préfère donner un avis défavorable », a justifié Manuel Valls.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Budget des Outre-mer 2025 : le Sénat adopte des crédits en hausse par rapport au projet de loi initial
6min

Parlementaire

Carte scolaire : Édouard Geffray veut « renouer avec une politique d’aménagement du territoire par et autour de l’école »

Devant le Sénat, ce jeudi 4 juin, le ministre de l’Éducation nationale a défendu une refonte profonde de la méthode d’élaboration de la carte scolaire du premier degré. Inspirée des travaux d’une mission d’information sénatoriale, l’expérimentation lancée dans 18 départements vise à substituer à une logique annuelle et comptable, une approche territoriale, concertée et pluriannuelle.

Le

Pierre-Edouard Stérin Le cadre juridique français nous a forcé à créer de la complexité
7min

Parlementaire

Audition de Pierre-Edouard Stérin : « Nous n’avons pas obtenu de réponses sur la transparence de ses financements », constate la rapporteure du Sénat

La présidente et la rapporteure de la commission d’enquête du Sénat sur les financements privés de certaines politiques publiques sont restés sur leur faim après avoir entendu Pierre-Edouard Stérin ce jeudi 4 juin. Attendue de longue date, l’audition du milliardaire ultraconservateur sur ses activités de philanthropie n’a pas vraiment permis d’éclairer les interrogations juridiques et financières des élus quant à la galaxie de structures que parraine l’homme d’affaires.

Le

Budget des Outre-mer 2025 : le Sénat adopte des crédits en hausse par rapport au projet de loi initial
4min

Parlementaire

« Affirmations mensongères », « show » : Antoinette Guhl dénonce le « lobbying de la grande distribution » qui « bat son plein »

Face aux conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les marges de la grande distribution, les enseignes multiplient les offensives médiatiques et politiques. Lors des questions au gouvernement au Sénat, mercredi 3 juin, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl a dénoncé les pressions exercées par les distributeurs et appelé le gouvernement à agir rapidement contre des pratiques qu’elle juge illégales et destructrices pour les producteurs.

Le