Neuf millions de fans connectés, des prix qui s’envolent en quelques clics, et une colère qui monte. L’annonce des seize concerts parisiens de Céline Dion a déclenché bien plus qu’un engouement : une controverse sur le fonctionnement même de la billetterie en ligne. C’est dans ce contexte que la sénatrice socialiste Karine Daniel a interpellé le gouvernement lors des questions d’actualité au Sénat ce mercredi 15 avril. En ligne de mire : la « tarification dynamique », ce mécanisme légal qui ajuste les prix en temps réel selon la demande, mais dont les effets suscitent une vive incompréhension.
« Beaucoup ont payé des billets trois fois le prix affiché »
« Beaucoup ont payé des billets trois fois le prix affiché », a dénoncé la sénatrice socialiste, évoquant des montants atteignant plusieurs milliers d’euros, parfois jusqu’à 12 000 euros pour une place. Une situation jugée d’autant plus problématique que les tarifs annoncés initialement étaient censés être compris entre 89,50 et 298,50 euros. Face à ces dérives, Karine Daniel a demandé des garanties sur le respect des règles encadrant ces pratiques et sur d’éventuelles sanctions. « Cet élan d’amour pour Céline Dion ne doit pas se terminer à la répression des fraudes », a-t-elle lancé.
Mais au-delà de la polémique sur les prix, la sénatrice a pointé un effet moins visible : l’impact de ces concerts sur le financement de la filière musicale. Les seize dates parisiennes pourraient générer environ 130 millions d’euros de recettes de billetterie et près de 4,5 millions d’euros de taxes. Or, le modèle du Centre national de la musique (CNM), chargé de redistribuer ces ressources, repose sur un système plafonné. Résultat ? Une partie des recettes supplémentaires, estimée à plusieurs dizaines de millions d’euros, pourrait être captée par l’État, tandis que les aides à la création seraient mécaniquement réduites. « Sans réforme, les concerts de Céline Dion affaiblissent l’aide à la création », a alerté Karine Daniel, dénonçant un système « absurde ».
Le gouvernement défend un modèle « soutenable »
En réponse, la ministre de la Culture Catherine Pégard a salué « une fierté pour la France » que Céline Dion se produise en France. Elle a insisté sur la solidité du modèle économique du CNM, qu’elle qualifie de « bras armé » des politiques publiques musicales. Elle a rappelé que l’établissement devrait disposer en 2026 de plus de 100 millions d’euros de ressources, grâce notamment à un relèvement du plafond des taxes sur la billetterie et le streaming, ainsi qu’à des subventions publiques. Mais derrière cette solidité affichée, la ministre a reconnu l’existence de tensions liées au succès même du secteur. Le dynamisme du marché des concerts, illustré par les recettes attendues des spectacles de Céline Dion, pourrait en effet conduire à dépasser les plafonds de recettes fixés par la loi de finances. Or, le fonctionnement du CNM repose en partie sur une redistribution automatique : environ 60 % des recettes de la taxe sur la billetterie sont reversées aux acteurs sous forme de droits de tirage. Ce mécanisme, s’il garantit un retour direct vers les professionnels, a aussi pour effet d’augmenter mécaniquement les dépenses de l’établissement lorsque les recettes progressent fortement. « Cela a un impact sur les équilibres financiers, tout en demeurant largement soutenable », a assuré Catherine Pégard, cherchant à rassurer sur la capacité du système à absorber ces variations. Sans répondre explicitement à la demande de déplafonnement formulée par Karine Daniel, la ministre a toutefois esquissé une ouverture. « Nous devons retravailler sur un meilleur usage de ces recettes indispensables », a-t-elle reconnu, laissant entendre qu’une évolution du dispositif pourrait être envisagée.
Une réforme attendue
« J’entends le refrain, on ne change pas dans votre bouche », martèle la sénatrice. Une réponse jugée insuffisante par Karine Daniel, qui a élargi le débat à la situation des festivals. « Un festival sur deux est aujourd’hui déficitaire », a-t-elle rappelé, évoquant des salles fermées et une filière fragilisée. En pleine ouverture du Printemps de Bourges, la sénatrice a appelé à une réforme plus ambitieuse du financement de la culture, afin de soutenir l’émergence artistique.